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LIBERATION Afysa Tchangani, Nigérien, analyse les progrès
de la mobilisation citoyenne : Par Christian LOSSON Journaliste activiste, philosophe de formation, Afysa Tchangani, nigérien est l'un des participants du Forum social mondial de Nairobi. «En 2003, j'ai lancé le premier forum social du Niger : on était 500. En novembre 2006, trois fois plus. Mais se rassembler, débattre, contester, dans mon pays, c'est encore associé à de l'activité politique déviante. J'ai failli être emprisonné plusieurs fois au seul motif d'avoir comme mot d'ordre : "Un Etat social est possible" ou "Un Niger sans pauvreté, c'est imaginable", voire : "Sans politique libérale, la famine ne serait pas une fatalité." Le gouvernement assimile ces initiatives à une activité contre le régime... Vu des pays du Nord, vous dites toujours que l'on ne propose pas d'alternative. Mais dire non, refuser ce que l'on nous impose sans dialogue, c'est déjà capital dans un pays qui a une conception bien à lui de la démocratie... S'opposer, c'est le premier pas pour tenter de changer la donne et renouveler la façon de gouverner. C'est un préalable. Désormais, ce n'est plus une petite élite qui incarne la société civile citoyenne. Dans tous les domaines, éducation, santé, agriculture, eau, etc., de plus en plus de citoyens de base sont impliqués et demandent des comptes. Les syndicats perdent de leur influence. Trop corporatistes, trop relais du pouvoir. A la place, des réseaux issus du secteur privé se mobilisent contre la hausse des prix des produits de première nécessité, pour le droit à être soigné ou contre les privatisations. L'autonomie, c'est dans le secteur informel qu'elle naît. On vient au Forum social mondial pour cultiver cette bulle d'oxygène, pas par habitude ni par facilité. On vient pour mettre en place, ensemble, des plates-formes de lutte et de propositions. Avec le temps, on s'émancipe aussi de la tutelle un peu encombrante des ONG du Nord. D'habitude, on intégrait des ateliers, des chantiers définis par nos "partenaires". Là, on a créé notre propre agenda. On vient parler migration, souveraineté alimentaire, commerce, chômage des jeunes et on retransmet les tables rondes au Niger, via une radio qu'on a montée pour l'occasion.»
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