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Témoignages de membres de la délégation de FDH

De retour du Forum Social Mondial de Nairobi (20 au 25 janvier), deux membres de la délégation FDH répondent à quelques questions. Interview croisée de Jessica Nardone et de Luc Michelon.

Comment avez-vous préparé le travail de la délégation FDH au FSM de Nairobi?
Nous avons travaillé en amont avec les partenaires du Brésil (MST), d’Indonésie (KPA), d’Inde (Ekta), du Sénégal (UGPM) et la Confédération paysanne autour de l‘accès à la terre,
et de la Campagne « désarmer pour combattre la pauvreté ». Nous avons enfin travaillé plus spécifiquement avec les militants.

Sur la thématique de l’immigration.
Pour ce qui est de l’accès à la terre nous nous sommes centrés sur les différentes formes de mobilisation comme par exemple : Janadesh, la marche des sans terre en Inde, ou les modes de concertation avec les organisations paysannes au Sénégal.
Nous avons mené un travail de réflexion et participé aux différents ateliers.
Le travail s’est fait en interne et en particulier avec Ndiakhate Fall du Sénégal, pays phare en la matière. La question est venue du GEC Afrique et a été traitée en plusieurs étapes. Cela fait bientôt un an qu’on s’interroge sur le sujet. La question ne se pose pas seulement dans le sens Sud/Nord, mais aussi Sud/Sud. Notre objectif lors du FSM était aussi de rencontrer un maximum de partenaires du Sud afin de recueillir le plus d’informations possibles et nous projeter dans de futures mobilisations.

Quels liens existent-ils entre votre participation au FSM et votre engagement militant ?
Disons qu’il y a une certaine continuité notamment sur la question de l’immigration. Cette plongée libre au cœur d’une dynamique mondiale, a été bénéfique pour chacun d’entre nous. Il est rassurant de voir que nous ne sommes pas seuls, et que les participants se sont imprégnés de ce thème pour proposer des alternatives.
En fait c’est la première fois que le FSM se tient en Afrique, c’est très symbolique et a permis aux acteurs socio-économiques africains de dire : « nous aussi on fait des choses même s’ils elles ne sont pas encore reconnues ».

Le FSM a souvent été perçu comme un lieu d’expression, d’opposition pourtant il se revendique aussi comme un lieu d’échanges et de débats pour devenir force de propositions. Comment avez-vous vécu cette dualité ?
Des critiques ont été formulées notamment sur la politique agricole commune (PAC), et sur les accords de partenariats économiques (APE) qui ont fait l’objet d’une vraie dénonciation de la part des organisations du Sud, mais aussi du Nord à travers une dynamique commune. Des campagnes d’actions dénoncent massivement la politique migratoire de l’UE, ces politiques de restriction. Mais en regard de ces critiques des propositions ont été faites comme par exemple le report des négociations sur les APE.

Peut-on dire que la délégation FDH a été force de propositions ? Si oui, lesquelles et sur quels thèmes ?
En fait nous nous sommes nourris des débats que nous avons organisés et auxquels nous avons participés. Et nous avons été surpris par l’impact de la Campagne :« Désarmer pour combattre la pauvreté ».
Ce qui est novateur c’est désarmer pour combattre la pauvreté et pas seulement désarmer pour désarmer avec des propositions concrètes.
Nous nous sommes rendus compte que les trois thématiques étaient liées. Que les revendications paysannes sur l’accès à la terre avaient un lien avec la question migratoire, tout comme la Campagne désarmer pour combattre la pauvreté.

En quoi notre participation au FSM nous a-t-elle permis d’élargir nos alliances et d’approfondir des contacts avec des ONG et d’autres représentants de la société civile (syndicats, responsables politiques, mouvements ruraux et urbains…) ?
Nous ne savons pas encore comment tout cela va se concrétiser, mais ce qui est sûr c’est que nous avons pris des contacts avec des ONG.
Mais ce qui nous a le plus surpris c’est que les partenaires entre eux étaient très demandeurs de mise en commun d’expériences. Le MST a par exemple invité l’UGMP à son congrès annuel. Iwan, de KPA en Indonésie va se faire l’écho des luttes menées au Brésil, comme de Janadesh en Inde.
Avant même de pouvoir y faire des propositions, le FSM est un lieu de rencontres.

Parlons maintenant des activités menées par FDH lors du FSM et notamment au sein de l’atelier accès à la terre.
Le fait d’avoir organisé l’atelier accès à la terre a été très instructif dans la mesure ou il regroupait une centaine de personnes venues d’horizons différents : des keynians, par exemple de la Keynia land alliance (KLA), et des ressortissants d’Amérique du sud, d’Afrique de l’Ouest et d’Asie.
Nous avons été sensibles à la nouvelle approche, plus mondialiste de la Confédération paysanne sur la PAC, l’analyse de son vécu, et les dérives possibles de certaines mesures. En fait nous nous sommes rendus compte que nos problématiques étaient communes.
Et que l’une des questions posées était aussi : comment impliquer le public urbain sur les questions d’accès à la terre ? Partageant, cette préoccupation le MST utilise le principe de la souveraineté alimentaire dans la mesure ou il touche les modes de vie au quotidien. Un travail sur la question de l’immigration devrait se poursuivre en interne.


Des échos de la Campagne
désarmer pour combattre la pauvreté


par Jean-Pierre Dardaud,
président de FDH France.

« Autant dire que la présentation de la Campagne : « Désarmer pour combattre la pauvreté » a été très bien perçue.

En effet si les guerres sont dénoncées à travers les conflits irakiens, ou israëlo/palestiniens pour ne prendre que deux exemples, la question de la réduction des budgets militaires, de la vente d’armes et en un mot de la démilitarisation des sociétés n’est pas vraiment traitée. Si elle était effective elle permettrait des investissements humains et financiers pour combattre la misère dont souffre un grand nombre de populations.

Nous sommes les seuls à faire le lien avec les problématiques du FSM, désarmer pour combattre la pauvreté, construire la paix. Et ce lien là n’est pas un lien théorique, c’est un lien vécu comme par exemple en Côtes d’Ivoire ou dans la région des Grands lacs. Un lien direct existe entre les conflits et l’aggravation des conditions de vie des populations locales. Les réactions ont été très positives au FSM, et des jeunes africains sont venus nous dire leur intérêt. Lors des conclusions du FSM, et dans le cadre de la présentation d’actions concrètes la Campagne a été enregistrée comme mémoire active ».

   

La Campagne « Désarmer… » a-t-elle recueilli une attention particulière ou des échos spécifiques de la part d’autres mouvements ou organisations ?
Pour l’heure le slogan : « trois rupees, trois euros », la contribution mensuelle au financement de la Campagne permet à chacun d’y prendre part. Le fait qu’un citoyen du Sud, comme un indien par exemple puisse s’y investir, s’avère très positif.

Avez-vous retenu une ou deux idées novatrices exprimées lors des ateliers sur la question de l’immigration auxquels vous avez participé ? En quoi cela a-t-il nourri votre analyse de la question ?
Nous avons été confortés dans l’idée que l’immigration n’est pas simplement Sud/Nord. Une Ong allemande a témoigné d’une immigration Nord/Nord à l’époque de la chute du mur de Berlin. Dans un contexte différent des représentants du Sahel, du Bénin et du Mali ont témoigné des immigrations Sud/Sud. C’est « l’éternelle » théorie du centre et des périphéries. Les gros centres urbains affichent complet et les campagnes se désertifient.

On a gardé comme fil conducteur que la migration est un droit, qu’elle doit le rester. Et qu’il faut défendre le droit de la liberté de circulation. La migration doit être choisie par les gens eux-mêmes.
De fait nous avons été renvoyés aux liens entre développement et migration et à la pratique de l’externalisation des frontières. Le débat sur la question s’internationalise.
La migration keyniane est différente des migrations de l’Afrique de l’Ouest. Il y a aussi des réseaux asiatiques, comme celui des indonésiennes qui partent chercher du travail en Malaisie ou dans les pays arabes du golfe.
Une grosse majorité des participants du Forum a dénoncé les aspects répressifs des politiques migratoires de l’UE.
UE qui repousse ses frontières aux pays du Magrheb où elle y fait sous-traiter la question du droit d’asile. Des pays qui ne sont pas spécialement garant des libertés publiques.
Le chantage est permanent de la part de l’UE vis-à-vis du Maroc : nous vous aidons financièrement à condition que vous meniez une politique active de contrôle des flux migratoires en surveillant vos côtes. Les visites de nos politiques l’été dernier en Afrique entraient en résonance avec ce langage. Des accords de réadmission des migrants ont été signés avec le Sénégal qui accepte de récupérer tous les expulsés, et pas seulement ses ressortissants.

Qu’avez-vous pensé de l’organisation de ce FSM en général (exclusion de la population kenyane …) et quelle image gardez-vous de ce grand rassemblement ?
On n’échappe pas à la question de l’argent. Ce genre de manifestation coûte chère, et les cinq euros exigés comme droit d’entrée des populations locales n’ont pas permis leur participation massive. Droits d’entrée fixés à quatre-vingt euros pour les européens, et à vingt pour les ressortissants du Sud.
Mais comme le laisse entendre la délégation du CRID, il y a une réelle volonté de rendre compte de ce qui a été dit et de faire aboutir les propositions les plus pertinentes. Comme par exemple que le prochain FSM soit plus médiatisé, plus éclaté géographiquement dans son principe, tout autour de la planète. L’idée étant d’impliquer davantage les populations locales et surtout les jeunes.

Propos recueillis par Daniel Chaput
Février 2007

 
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