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Les Pêcheurs, à la proue des nouveaux mouvements sociaux
Après avoir obtenu du gouvernement pakistanais qu’il demande aux Rangers (la milice frontalière pakistanaise) d’arrêter leurs exactions envers les pêcheurs, toujours en lutte pour abolir le système des contrats en vigueur qui pénalise les petits pêcheurs et favorise les grands propriétaires, PFF est aujourd’hui au premier plan d’une lutte syndicale qui s’internationalise. En effet, à contre courant de cette véritable guerre froide opposant l’Inde et le Pakistan, les pêcheurs des deux pays se sont unis pour que les exactions auxquelles se livrent les douanes cessent. Car des frontières maritimes n’ont pas été clairement établies entre les deux nations. Or, la mer d’Arabie que partagent ces deux pays possède des zones extrêmement poissonneuses et tombant malheureusement à cheval sur ces frontières. Ce qui permet aux douaniers de s’emparer des navires de pêche sous des prétextes fallacieux tels que ceux d’espionnage ou autres « atteintes à l’intégrité de l’Etat ». Considérés comme des prisonniers de guerres, ces pêcheurs sont jetés en prison, et servent de monnaie d’échange entre les deux pays. Leurs familles sont alors livrées à elles-mêmes, sans aucune ressource. Depuis sa fondation en 1998, le Pakistan Fisherfolk Forum collabore avec ses homologues indiens pour obtenir la libération de ces « prisonniers de guerre frontalière ». Plus de 1000 pêcheurs pakistanais ont donc été libérés par les autorités indiennes et 300 pêcheurs indiens du côté pakistanais. Malheureusement, depuis le 11 septembre 2001 et la guerre déclarée au terrorisme, les libérations se raréfient et les arrestations se multiplient. Et ce malgré les protestations de nombreuses ONG.
Malgré tout, PFF s’organise et son influence dans la société pakistanaise ne cesse de grandir. En plus de ses luttes contre les arrestations de pêcheurs à la frontière, l’organisation s’efforce de reformer le système de pêche en vigueur comme dans la province de Sindh. Les droits de pêche étant vendus aux enchères, ce sont évidemment les gros propriétaires qui peuvent se les procurer et les petits pêcheurs sont obligés de leur vendre le fruit de leur travail. Une situation intolérable qui a vu se mobiliser en mai dernier, plus de 20.000 personnes à Karachi, et ce, à l’appel de PFF. Cette manifestation, qui ne fut pas au goût de tous, vit même l’interpellation de son président, Mohammed Ali Shah. Un communiqué de l’organisation suivit immédiatement expliquant que « L’arrestation de Mohammed Ali Shah est une gifle au visage du gouvernement si éclairé et modéré de ce pays. L’arrestation a créé davantage de vigueur au sein d’un PFF déjà très animé alors que l’organisme annonçait la mise en place d’une campagne musclée pour protester contre l’arrestation de ses dirigeants et le système de contrats de pêche dans la province de Sindh, en organisant des manifestations protestataires mardi devant les clubs de presse de tous les sièges de districts de la province de Sindh, y compris le Karachi Press Club ».
L’émergence de ces grands mouvements, tels le Pakistan Fisherfolk Forum, ne doit rien au hasard. L’Homme, poussé par les circonstances, a dû s’adapter. Au Pakistan, c’est la nature, agressée par l’industrialisation sauvage du pays, qui poussa de nombreux agriculteurs à se reconvertir dans la pêche. Dans la province de Sindh, ce sont 1,2 million d’acres de terre ferme dans les districts de Thatta et de Badin qui sont inondées de manière constante. Les sols fertiles sont appauvris de façon continue, l’eau douce se fait quant à elle de plus en plus rare. Et au large, le rejet de déchet de poisson par les navires de pêche industriels provoque la prolifération d’algues et l’appauvrissement du limon originel. La région est donc en voie de désertification, et c’est ainsi poussé par l’urgence, par de telles situations, que PFF s’est créé. Aujourd’hui, celui-ci est l’un des syndicats les plus influents et les plus soutenu du Pakistan, tant par la classe politique locale que par les ONG présentes. Les mois et les années qui vont suivrent seront décisifs pour le PFF et les mouvements syndicaux pakistanais. Il n’appartient qu’au reste du monde de les soutenir. |