SOMMAIRE

FRONTIERES VISIBLES & FRONTIERES CACHEES
Les Pêcheurs, à la proue des nouveaux mouvements sociaux

MOBILISATIONS SOLIDAIRES & CITOYENNES
ONG pakistanaises sur le front du séisme

PAKISTANAISES, PAS SOUMISES !
Levons le voile sur les femmes pakistanaises

CULTURES & SOLIDARITES
Quand le FSM engendre une dynamique culturelle

COUP D’ŒIL SUR LE FSM DE KARACHI
Report du FSM de Karachi


PAKISTANAISES, PAS SOUMISES !

Levons le voile sur les femmes pakistanaises


Victimes de crimes d’honneur, bafouées et violentées par leur mari, père ou frère, emprisonnées injustement, exclues de la vie politique, … telle est l’image généralement véhiculée sur le statut des femmes au Pakistan.

Une description négative, certes réaliste, mais restrictive, car il existe un autre visage, souvent méconnu, des femmes dans la société pakistanaise : celui d’organisations qui luttent au quotidien pour la reconnaissance et l’application des droits des femmes. Leur rôle est plus que jamais capital, comme nous avons pu le vérifier encore récemment, suite au séisme du 8 octobre dernier qui a violemment touché le Cachemire et zones alentours, où un nombre important d’associations de femmes s’est montré très actif dans l’organisation de programmes de secours et d’assistance aux victimes.

Une mobilisation due uniquement à l’ampleur de la catastrophe, penserez-vous … Erreur, car en réalité, les associations qui luttent en faveur des droits des femmes sont très actives depuis la fin des années 1970, début des années 1980.


Résistance pour leurs droits

Face à la dictature du Général Zia ul-Haq (1977-88) et à son instrumentalisation de l’islam, elles s’organisent dans les villes et forment des groupes pour protéger leurs droits contre la discrimination du programme d’islamisation. Ainsi, divers groupes féministes jouent un rôle avant-gardiste en s’opposant au fondamentalisme et à l’intégrisme. A titre d’exemple, la “Pakistan Women Lawyers Association” (Association des Femmes Avocates Pakistanaises) de la région du Punjab combat les conditions discriminatoires de la loi Hadood relative au viol, à l’adultère et autres délits spécifiquement répréhensibles par la Loi Musulmane entrée en vigueur en 1979.

De son côté, le “Women's Action Forum” (Forum d’Action des femmes), plate-forme d’organisations de femmes et d’individus créée en 1981, sert de catalyseur pour d’autres groupes indépendants, encouragés à s’engager dans des actions politiques pour la protection du statut juridique des femmes. Il a notamment soulevé la polémique sur les diverses interprétations de la Loi Musulmane et son rôle dans un état moderne, et a attiré l’attention sur la manière dont les femmes pouvaient être impliquées plus activement dans la politique. En outre, ses membres ont conduit d’importantes manifestations publiques contre la promulgation de la “Law of Evidence” qui accorde un poids juridique inégal aux témoignages des hommes et des femmes.


Acteurs du développement social

Les années 1980 sont ainsi marquées par l’apparition d’un nouvel activisme politique et le lancement de nombreux projets de développement social par des femmes. Divers groupes parmi lesquels le Women's Action Forum, le Joint Action Committee for People’s rights, la Pakistan Women Lawyers Association, la AGHS legal Aid Cell, la Fondation Aurat, ASR, Shirkat Gah, Simorgh, Rozan, Tehrik e-Niswan, soutiennent à travers le Pakistan des projets à l’échelle locale d’éducation, de développement, de plaidoirie orientés sur l’émancipation des femmes.

En parallèle, ils restent impliqués dans des activités d’aide juridique aux femmes pour combattre la ségrégation des genres appliquée par les universités, l’inégalité des salaires, la violence domestique, le mariage forcé, et promouvoir le droit à la participation dans les évènements sportifs mixtes, etc.; mais ils travaillent également à rendre public et à condamner les incidents de plus en plus fréquents à l’égard des femmes.


Vers une évolution du mouvement de lutte pour le droit des femmes

De nouvelles organisations progressistes qui travaillent avec les ouvriers telles que l’association PILER, ont mis en place le Forum des Femmes Travailleurs (à Lahore et Karachi); de la même façon, la Fondation de Développement SUNGI, basée dans la province de la frontière nord ouest (NWFP), a fait des droits des femmes un axe central dans son action, et plus récemment, le mouvement social du Forum Pakistanais des Pêcheurs - PFF qui a rencontré un immense succès, a montré l’exemple en incluant une femme à tous les niveaux dans sa bataille pour les droits.

Au cours des années, le mouvement pour les droits des femmes a évolué. Alors qu’il réagissait à la législation du gouvernement, il se concentre désormais sur trois objectifs principaux : garantir la représentation politique des femmes au Parlement National et dans les représentations au niveau local (elles ont notamment obtenu de l’Etat la création de la “Commission Nationale sur le statut des Femmes”) ; travailler à la conscientisation des femmes, en particulier sur les droits à la procréation ; et s’opposer à la suppression des droits des femmes.

Alors oui, les femmes sont victimes d’abjections fréquentes au Pakistan. Mais on n’a pas le droit de se limiter à cette seule description, car au delà de cette image se cache une toute autre réalité : celle de femmes de toutes origines, actives et volontaires qui se battent au quotidien pour que leurs droits soient respectés et que leur statut moral, juridique et politique évolue au sein de la société pakistanaise !


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