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Les travailleurs libérés de l’esclavage
Plus de dix ans pour que le travail forcé
soit réellement illégal D’après une enquête de l’Association pakistanaise pour la protection des droits de l’enfance (SPARC - www.sparcpk.org) conduite en collaboration avec l’Organisation Internationale du Travail (OIT), le nombre de travailleurs « liés » dans le secteur des fours à briques (4 000 fours au Pakistan) pourrait s’élever à un million de personnes. Quant à l’organisation PILER (www.piler.org.pk), très reconnue pour les rapports et enquêtes qu’elle a produits et diffusés sur la question des travailleurs « liés », elle a identifié les principaux secteurs où le travail forcé fait des ravages, à savoir la construction, l’agriculture, le tissage de tapis, la tannerie, les fours à briques, le travail domestique, le travail dans les carrières ou encore la mendicité. PILER a également effectué un important travail au niveau national en permettant la mise en relation de très nombreux acteurs qui travaillent autour de cette problématique. Une détermination des acteurs locaux qui se retrouve fréquemment confrontée à la passivité du gouvernement : les procédures de mise en application des décisions gouvernementales sont souvent longues et les hommes politiques ne s’appliquent guère à les faire respecter. Il aura fallu attendre plus de dix ans et l’intervention d'Omar Asghar Khan, grand défenseur des droits des travailleurs, des femmes, des paysans (il est notamment le fondateur de la fondation SUNGI - www.sungi.org), devenu ministre fédéral, pour que le gouvernement prenne réellement en considération la décision de 1989 de la Cour suprême sur l’illégalité du travail forcé. En 2001, une politique nationale sur le travail « lié » est finalement formulée et un plan d'action est mis en place, qui exige de chaque province qu’elle constitue des comités de vigilance. Les associations sur le front juridique Ainsi en février dernier Ghulam Hussain, président de l’organisation Green Development qui travaille pour l’abolition du travail « lié » dans plusieurs zones de la province du Sindh, a déclaré au journal pakistanais Daily Times que sur le 1,2 million d’ouvriers « liés » dénombrés dans la province, 50 000 personnes avaient été libérées grâce aux efforts menés dans le secteur social. Kamran Ahmad, président de Mehergarh (http://mehergarh.com) , autre association qui se bat contre le travail forcé, est convaincu du bien-fondé de son action : « Nous croyons que les gens ont le courage et la détermination de faire face à leurs problèmes. S’ils sont soutenus et que leurs démarches judiciaires sont facilitées, ils peuvent finalement trouver des solutions innovantes et justes à leurs problèmes. » Le combat s’annonce encore très long et laborieux face
à l’ampleur de ce fléau qui touche le Pakistan mais
également bien d’autres pays comme notamment l’Inde.
De plus, le manque de volonté et d’enthousiasme de certains
propriétaires ou hommes politiques limite l’évolution
rapide de la situation de ces travailleurs « liés »
et plus largement le changement des mentalités. Néanmoins,
grâce à la pression de ces associations et d’infatigables
militants pour les droits des travailleurs, plusieurs milliers de familles
ont été libérées durant les quinze dernières
années. Autant de vies sauvées de l’esclavage moderne,
de la pauvreté et de l’endettement à vie. Comité de rédaction : Frères
des Hommes |