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MOBILISATIONS
SOLIDAIRES & CITOYENNES
Le FSM à
Karachi, un vent d’ouverture
Déterminés ! C’est sans doute l’adjectif qui
qualifie le mieux les acteurs de la société civile pakistanaise,
qui se battent depuis des mois pour maintenir le Forum Social Mondial
(FSM) de Karachi du 24 au 29 mars 2006. Quel plus bel exemple pour illustrer
la forte mobilisation citoyenne que connaît le Pakistan ! Qu’ils
soient défenseurs des droits des femmes, des minorités,
des travailleurs, des pêcheurs, des enfants, etc., tous ont travaillé
conjointement pour que cette rencontre soit un événement
à porté mondiale. Le tremblement de terre qui a durement
frappé le Cachemire et les régions alentours le 8 octobre
dernier aurait pu les obliger à l’annuler : les bénévoles
et associations membres du comité d’organisation se sont
mobilisés dans les actions de secours et une grande partie des
engagements financiers a été versée pour le soutien
aux victimes. Mais ils n’ont pas renoncé. La catastrophe
les a contraints de reporter le FSM de 2 mois, mais elle n’a pas
empêché ces hommes et femmes pakistanais de rassembler leurs
efforts pour relever le défi de ce forum polycentrique et de prolonger
et amplifier les combats entrepris lors des forums de Bamako et Caracas.
Etre au FSM pour agir avec les Pakistanais
De son retour de mission au Pakistan, Jean-Pierre Dardaud, président
de l’association Frères des Hommes, en est convaincu : «
Le FSM de Karachi est le rendez-vous incontournable. Soutenir, comprendre
et agir, tels sont les enjeux fondamentaux qu’offre ce forum. Il
permettra tout d’abord de manifester une présence solidaire
auprès d’acteurs du continent asiatique engagés dans
la construction d’un autre monde sur des bases non violentes, laïques
et démocratiques.» Une solidarité vitale dans un contexte
régional où l’abus de pouvoir des sphères religieuse,
militaire ou gouvernementale est omniprésent et où le non
respect des droits et l’exclusion des femmes, des minorités,
des travailleurs, etc., sont quotidiens.
Ainsi, comme l’a rappelé Mohammed Ali Shah, leader de l’organisation
Pakistan Fisherfolk Forum, lors de sa visite à Paris en février
dernier, le Pakistan a connu depuis sa création en 1947 des régimes
militaires successifs qui n’ont pas laissé de place à
la démocratie. La tenue de cet événement à
Karachi offre ainsi l’opportunité inédite d’un
espace ouvert où chacun, qu’il soit asiatique, africain,
américain ou européen pourra s’exprimer librement.
Le groupe des femmes du FSM en est convaincu : cette rencontre n’empêchera
certes pas la terre de trembler, mais elle permettra incontestablement
de construire un monde plus juste !
Le refus de la violence au cœur des tensions
internationales
L’image du Pakistan souvent véhiculée dans la presse
internationale est très réductrice et cette rencontre à
Karachi est l’occasion de découvrir l’autre visage
de ce pays particulièrement complexe. Ce FSM nous offre en effet
la possibilité de mesurer la vitalité de ces acteurs de
la société civile pakistanaise et de constater la portée
universelle des débats et combats qu’ils mènent quotidiennement
dans cette région du monde. L’adhésion à la
non-violence des mouvements d’émancipation sociale en est
un exemple. Ainsi, J.P. Dardaud a été très impressionné
de voir comment les participants de la rencontre nationale des «
travailleurs liés » à Hyderabad ont tous applaudi
le juge Ghaus Mohammed alors qu’il les encourageait à continuer
de croire en la justice et à ne pas faire appel à la violence.
Enfin, sur le plan géostratégique, la tenue du FSM dans
cette région du monde représente un enjeu vital. Cette zone
est sans conteste le centre névralgique des tensions internationales,
comme en attestent les altercations récentes entre l’Iran
et l’Agence internationale de l’énergie atomique. Une
course aux armements nucléaires causée en partie par les
critères d’accession à la puissance fixés par
les pays occidentaux engendre un impact négatif sur le développement
socio-économique mais aussi démocratique de ces pays : les
budgets de santé, d’éducation, d’emploi, etc.,
sont quasi inexistants et l’espace d’expression ne cesse de
se réduire. Le Pakistan et son voisin, l’Inde (pour ne citer
qu’eux) n’échappent pas à cette militarisation
à tout prix, phénomène qui contamine également
la société pakistanaise. C’est pour cette raison,
explique Mohammed Ali Shah, que pour tous les acteurs de la société
civile du pays, ce FSM représente un espoir énorme de voir
les choses changer.
Un combat qui est le nôtre
Parce qu’un autre monde est possible, les citoyens pakistanais ont
choisi de défier les politiques fondamentalistes et la militarisation
en reprenant le flambeau allumé par leurs amis brésiliens,
indiens, maliens et vénézuéliens. Depuis plusieurs
mois maintenant, une immense campagne de sensibilisation et de mobilisation
autour du FSM de Karachi s’est mise en place dans l’ensemble
du pays. De Karachi à Islamabad, les organisateurs du Forum social
mondial sont partout : qu’il s’agisse de réunions d’agriculteurs,
de pêcheurs, de travailleurs, de syndicalistes, de jeunes, de femmes,
etc., ils prennent la parole pour inviter les gens à participer
à cet événement mondial. Accompagnons-les dans ce
combat qui est aussi le nôtre !
Comité de rédaction : Frères des Hommes
Source : Frères des Hommes.
Extrait de cet article paru dans la revue « Altermondes
» n°5 de Mars – Mai 2006
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