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SOMMAIRE

FRONTIERES VISIBLES & FRONTIERES CACHEES
Vers une paix des élites au Cachemire

MOBILISATIONS SOLIDAIRES & CITOYENNES
Regain d’espoir pour les pêcheurs

PAKISTANAISES, PAS SOUMISES !
Des femmes hautes en couleur

CULTURES & SOLIDARITES
Karachi, jolie leçon contre les idées reçues !

COUP D’ŒIL SUR LE FSM DE KARACHI
Karachi, un forum atypique


MOBILISATIONS SOLIDAIRES & CITOYENNES

Regain d’espoir pour les pêcheurs

Le Forum social mondial de Karachi a été l’occasion pour le Pakistan Fisherfolk Forum et son leader Mohammed Ali Shah d’organiser dans la journée du samedi 25 mars, le congrès international des pêcheurs dans le petit port de pêche d’Ibrahim Hyderi. Des milliers de pêcheurs, quelque 10 000 selon le journal pakistanais Dawn, hommes et femmes, venus de tous les coins du Pakistan se sont réunis sous une immense tente pour participer à cette impressionnante manifestation.

Signe de l’internationalisation des revendications, cette grande fête des pêcheurs a aussi rassemblé de nombreux délégués étrangers parmi lesquels deux membres de la délégation française : Gus Massiah, président du CRID et Jean-Pierre Dardaud, président de Frères des Hommes ; mais aussi la Brésilienne Moema Miranda, membre du comité international et coordonatrice au sein de l’organisation Ibase ; l’Indienne Anita Rampal, professeur au département éducation de l’université de Delhi ; des représentants d’Oxfam UK ainsi que de nombreux intervenants de PFF.

Etaient également présents des représentants de l’organisation internationale des pêcheurs. L’un deux, Thomas Kocherry, secrétaire général du World Forum of Fisher People, grand réseau international de pêcheurs, a donné le ton en déclarant : « la mer est notre mère et elle a été privée de ses ressources en poissons. La surexploitation des ressources halieutiques, la pollution marine et les formes de commercialisation du secteur ont causé la dévastation des ressources en pêche. »

Principalement victimes de la surpêche dévastatrice des grands bateaux industriels locaux et étrangers, mais aussi des systèmes féodaux de contrats des droits de pêche qui privilégient les riches propriétaires et les contractants, les petits pêcheurs des mers et des rivières des régions les plus affectées par les pénuries ont perdu leur gagne pain. Cette opportunité de partager leurs difficultés et d’échanger avec de nombreux délégués étrangers aura insufflé à ces communautés de pêcheurs un regain d’espoir.


Frères des Hommes


« Le FSM, un ballon d’oxygène »
Extrait du témoignage d’Alexis FOSSI,
chargé de programme auprès de l’organisation Pakistan Fisherfolk Forum

« Dans un contexte politique relativement tendu et compliqué, l’organisation d’un événement tel que le FSM a représenté une occasion unique pour le PFF et plus largement pour la société civile pakistanaise. Cet événement était attendu comme un ballon d’oxygène. Il était pour tous ces gens une opportunité de s’ouvrir au reste du monde et de montrer qu’au Pakistan, il n’y a pas seulement des dictateurs, des militaires et des mullahs, mais aussi une société civile dynamique capable d’organiser un événement d’une telle envergure.

Ce forum a porté un espoir et une mobilisation incroyables. Les Pakistanais ont su développer des trésors d’organisation et surmonter de nombreux obstacles : le tremblement de terre d’octobre dernier qui a mobilisé toutes les énergies humaines et financières, le désintérêt des organisations internationales, le manque de mobilisation et de soutien de la part de l’état fédéral, ou encore les tensions au sein même du comité organisateur où plusieurs membres ont été longtemps favorables à un nouveau report du FSM.

Grâce à leur courage et leur ténacité, ils ont pu maintenir la tenue du FSM et mobiliser autour de la rencontre, mais surtout, ils ont su créer un rapprochement au niveau national entre organisations de tous bords. C’était la première fois qu’ils travaillaient ensemble, mais pour réussir ce challenge, ils n’ont pas eu d’autres choix que de mettre de côté leurs différends et de se battre ensemble. Résultat, ils ont gagné le pari et de façon plus qu’honorable !

Pour les Pakistanais, les principaux enjeux résidaient surtout dans les questions de paix nationale et régionale. Le favoritisme appliqué par le gouvernement d’Islamabad envers la province du Panjab, et ce au détriment des trois autres provinces, a longuement été débattu. Les Pakistanais veulent que leurs richesses, comme le gaz au Baloutchistan ou l’agriculture au Sind, ne servent pas uniquement au développement de la province du Panjab, mais qu’il y ait un vrai partage entre les provinces et que leurs conditions de vie s’améliorent. Cette rencontre a aussi été l’occasion pour eux de se rapprocher de l’Inde et d’avoir des contacts avec le Népal. A ce titre, l’exemple des Dalits a été très marquant : certains Dalits indiens ne savaient même pas qu’il existait des Dalits au Pakistan … et inversement !

Les petits pêcheurs du port d’Ibrahim Hyderi gardent un souvenir unique de ce FSM et ils ne sont pas près d’oublier leur participation à cet événement international qui aura su allier festivités et revendications. Pendant quelques jours, ils se sont retrouvés au milieu d’un îlot de démocratie et de paix où ils ont su apprivoiser leurs voisins de la sous-région qu’ils avaient pour la plupart toujours considérés comme leurs ennemis, et ont pu débattre librement avec eux. Ce FSM aura permis au PFF de se prendre de nombreux contacts et de faire connaître sa lutte tant au niveau de l’Asie que du reste du monde.

Cette rencontre aura été un premier pas, mais le plus dur reste à venir. Cette dimension sous-régionale doit continuer d’être prise en compte par les acteurs des sociétés civiles pakistanaise, indienne, népalaise, sri-lankaise, etc. Ces pays ont beaucoup de connaissances et de compétences qu’ils doivent mettre en commun pour renforcer leurs actions. S’ils arrivent à créer des réseaux d’échanges et de partenariats puissants, ils finiront par faire pression sur les gouvernements et pourront les contraindre de stopper les dépenses nucléaires ou d’armes au profit des besoins sociaux des populations. »


« Pêcheurs pakistanais et philippins : tous dans le même bateau ! »
Extrait du témoignage de Bong MASAGCA, organisation philippine PDRN*

« Le Pakistan Fisherfolk Forum (PFF) a montré le bon exemple au reste du monde : il rassemble les plus importants groupes de pêcheurs pour avancer dans leur lutte contre la pêche illégale, la dégradation de l’environnement et la limitation de leurs droits essentiels et les politiques internationales qui affectent leur vie quotidienne. […]. Il joue également un rôle important dans le processus de consolidation du secteur de la pêche qui se caractérise par ces leaders de référence et par une structure, des priorités et des intérêts à la fois divergents et conflictuels. […] Une expérience qui peut être dupliquée dans d’autres pays, tel que le secteur de la pêche aux Philippines. »

* Lire la suite du témoignage sur le site internet de Frères des Hommes


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