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L'Actualité de Frères des Hommes

 

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FEMMES ET DEVELOPPEMENT
ACTIVITES ECONOMIQUES ET EXERCICE DE LA CITOYENNETE

S’émanciper par l’activité économique et prendre conscience de ses droits et de ses devoirs de citoyenne, dans un contexte de guerre larvée, tel est le défi relevé par les femmes ivoiriennes membres de la Fédération pour le Développement du Secteur Informel (FEDESI), partenaire de FDH depuis 1994, année de sa création. Ignace Guessehi, actuel directeur, témoigne de ce chemin semé d’embûches.

« La place des femmes est très importante et dynamique au sein de la FEDESI. Sur les 12 000 membres que nous comptons, au moins 80% sont des femmes. Sur les sept membres qui composent notre conseil d’administration, trois sont des femmes. Elles occupent donc des postes clé et à responsabilités. Elles sont Vice-présidente et trésorière.
Parmi les quatre prochains animateurs que nous allons recruter, nous prévoyons deux postes pour des femmes.

Autre exemple, le travail initié autour de la Journée de la Paix est piloté par une femme. Elle est présidente du comité d’organisation. Elle est chargée de toute l’organisation et de superviser toutes les commissions (accueil, hébergement, logistique, restauration). Elle participe aussi aux actions de sensibilisation des populations sur cette question très délicate.
En Côte d’Ivoire, les femmes ont longtemps été négligées. On ne tenait pas compte de leurs points de vue. Mais, avec l’émancipation des femmes chaque femme veut se hisser, dominer son être pour être au même niveau que l’homme.
Dans les rencontres de la FEDESI, elles font des propositions concrètes. CE sont elles qui ont dénoncé la prédominance des hommes à la direction de l’organisation ! Aujourd’hui, les femmes ont rejoint notre conseil d’administration. Lors de notre Fête de la Paix, elles ont proposé que l’alphabétisation soit systématiquement intégrée dans le travail de la FEDESI auprès de ses membres. Elles ont dit, « nous les femmes qui sommes analphabètes à 90%, nous devons avoir les capacités de gérer nos propres affaires ». Ce programme a donc été pris en compte.

Les femmes ont pu s’imposer au sein de la FEDESI et plus largement, parce qu’elles sont crédibles. La très grande majorité des prêts qui leur sont octroyés, sont remboursés. Cela leur a donné une autonomie dans leur foyer et elles prennent leurs responsabilités pour pouvoir mener d’autres actions au sein de leurs familles. Par exemple, elles participent aux frais de scolarité des enfants, à la nourriture. Parmi elles, il y en a dont les maris ne travaillent plus. Elles doivent donc tout assumer. Grâce à leurs activités commerciales, elles gagnent en autonomie et choisissent leurs dépenses sans s’en remettre en permanence aux décisions prises par les maris.

Au début, nous ne contactions que les femmes. Une fois un groupe formé, nous leur dispensions des formations et nous leur octroyons des prêts. Nous allons évoluer vers une meilleure implication des hommes. Nous ferons venir les maris lors de l’octroie des prêts afin de faire de ce microcrédit, un prêt au foyer, basé sur une coresponsabilité. Cela ne veut pas dire que le mari le gèrera mais il devra donner son engagement moral pour le remboursement. Nous voudrions faire cela dans nos prochaines actions.

En effet, avant, les femmes étaient considérées comme des femmes au foyer. Elle faisait le ménage et s’occupait des enfants. Maintenant, avec le microcrédit, on leur a donné les moyens pour exercer des activités économiques qu’elles souhaitent. Cela leur a permis de quitter ce noyau et ce contexte. Elles sont libres d’exercer un métier. Avant elles étaient enfermées à la maison après avoir pris leur ballot pour aller aux champs et labourer. Elles rentraient le soir pour dormir et le lendemain elles reprenaient la même activité. Aujourd’hui, elles vont toujours aux champs mais elles ont aussi leurs activités économiques. Elles organisent et gèrent leur temps en concertation avec leurs maris. Ils savent combien le revenu qu’elles rapportent est utile pour subvenir aux besoins vitaux de la famille.

Sortir de chez elles n’a pas été simple au début. Constituer un groupe avec des femmes qui n’ont pas les mêmes religions, coutumes… avec en plus la pression des maris qui nous regardaient comme si nous arrachions ces femmes à leurs foyers ! Nous devions donc leur expliquer le bien fondé de ce que nous voulions faire. Nous devions leur expliquer combien se regrouper est aussi un moyen de s’entraider tant sur le plan social, qu’économique. Aucun homme n’a pu refuser même si au fond, certains étaient loin d’être contents ! Certains nous attendaient au tournant !
Cela dit, quand un premier groupe a accepté de se constituer et que cela marche, cela déclenche leur accord ! C’est ainsi que nous sommes parvenus à créer le réseau. Un premier groupe qui accepte et réussi cela aide ceux qui sont réticents à évoluer. Cela débloque la situation. Quand une femme est malade et que ses collègues du marché s’inquiètent de sa santé, passent la voir chez elle pour lui souhaiter une bonne guérison ou lui apporter des remèdes traditionnels, cela lui fait du bien. Etre solidaire ce n’est pas seulement faire un don c’est aussi manifester de la chaleur humaine, favoriser les contacts humains, la compréhension de l’autre !

En Côte d’Ivoire, nous vivons depuis 2002, dans un contexte de guerre larvée et nous sommes actuellement dans une période électorale. La FEDESI fait donc de la sensibilisation préventive car nous voulons que nos membres prennent garde aux manipulations. Nous leur disons qu’elles sont citoyennes et doivent exercer leur plein droit de faire leur choix. Par leur vote, elles sont seules responsables devant l’urne ! Leur vote doit être l’expression de leur volonté. Il n’est pas question qu’elles se fassent acheter. Si on vous donne de l’argent en contrepartie d’un vote, le lendemain on sait que l’on n’a pas exprimé son propre choix. Nous leur expliquons qu’elles ont le droit de vote et doivent l’exercer. Elles doivent revendiquer leurs droits et ne plus se considérer comme des personnes marginalisées. Parce que femmes pauvres, elles n’auraient pas droit à la parole ! Toute femme, toute personne humaine a droit à la parole. Nous travaillons sur la question de la responsabilité en tant que citoyenne. La FEDESI les forme pour prendre la parole devant les autorités afin que leurs points de vue soient pris en compte. Elles ont une responsabilité en tant que femme, acteur social et économique, et… en tant que mère !

En effet, dans le foyer ivoirien les femmes ont une très grande responsabilité. Par exemple, si le père et la mère ont des dialectes différents, celui qui prime à la maison, c’est celui de la mère. La tentative de coup d’état de 2002 et les années de guerre larvée qui ont suivies représentent une situation inédite pour tous les ivoiriens. Les femmes n’ont su comment gérer cette situation. On ne savait pas ce que c’était la guerre. Des jeunes enfants ont été poussé à prendre les armes contre untel et untel. Au sein de la FEDESI, nous avons estimé qu’il était de notre devoir de faire de la prévention. En effet, par le passé en Côte d’Ivoire, il y avait certes des guerres mais, entre tribus. Ces guerres étaient menées par les Chefs de tribus avec cinq ou dix guerriers qui allaient affronter un autre camp. Toute la société n’était pas touchée, pas les populations. C’était une sorte de huit clos. Dans les guerres actuelles, se sont les populations qui sont les premières victimes. La femme qui vit avec son fils devait lui dire l’importance, la gravité de la guerre et de la violence. Dans un contexte aussi sérieux où chaque acte peut avoir des conséquences, la FEDESI se devait de soutenir ses membres dans l’éducation de leurs enfants, dans le but d’entretenir la cohésion sociale. Nous avons organisé des réunions pour que nos membres soient moins vulnérables face à tous ces évènements déconcertants. Qu’ils soient moins pris de court et démunis. Grâce à l’explication, la libération de la parole et les débats, on peut dénouer des situations et désamorcer la violence, l’incompréhension et l’absence d’évolution des êtres.

Il y a de multiples façons d’accéder à une capacité de réflexion. Pour les adultes cela passe par l’expérience, pour les enfants et les jeunes, l’éducation a un rôle crucial à jouer. Au sein de la FEDESI, on attache une importance particulière à l’accès à l’éducation pour les enfants et surtout pour les filles qui sont plus discriminées.

Au départ, lorsque nous nous rendions dans les familles, les filles n’avaient pas la permission d’aller à l’école. Elles devaient se marier. Aller à l’école était donc superflu ! La finalité de l’existence des filles était le mariage. Aller à l’école s’était perdre son temps ! Aujourd’hui parmi nos membres, même les mères qui ne savent ni lire, ni écrire voient d’autres femmes qui ont des responsabilités, qui prennent la parole en public et qui discutent avec des hommes et les autorités. Elles incitent donc leurs filles à aller à l’école. Ceci est une vraie révolution ! Elles refusent toute opposition à la scolarisation de leurs filles aillent. Elles ont appris à argumenter sur le bien fondé de cette scolarisation grâce à des exemples concrets, telle dame… est infirmière, docteur, ministre. Les gains qu’elles retirent de leurs activités économiques leur permettent d’assumer une partie des coûts et ceci est un atout et un argument important.
Les hommes n’ont plus le droit de s’opposer à la scolarisation des filles. Ceci illustre un vrai changement dans l’entourage des femmes. Un autre argument de poids c’est qu’un(e) enfant qui a été à l’école, cela signifie aussi que lorsque qu’il/elle travaillera, il/elle pourra aider l’ensemble de la famille.

Cette évolution de l’entourage des femmes s’est faite plus facilement en milieu urbain. Deux ménages voisins s’observent. Si la fille de ton voisin va à l’école, cela est un signal, une piste d’évolution. En revanche, dans les villages c’est plus compliqué. Les femmes qui étaient au foyer et sortaient juste pour aller aux champs n’avaient pas d’autres modèles. Lorsqu’elles sont sorties, quelles sont allées vendre leur production au marché, qu’elles ont rencontré d’autres femmes, elles ont eu une autre vision de la vie. Cela s’est fait pas à pas. La question de la scolarisation de leurs filles a fini par venir petit à petit. Avant sa fille l’accompagnait aux champs. Aujourd’hui, elle l’aide toujours mais elle l’incite aussi à aller à l’école. Le contexte initial a considérablement changé !

Au niveau national, il existe une association de leaders de femmes au niveau national. Cette association a pour objectif de proposer des candidates à tous les postes électifs du pays, même à la présidentielle. Le débat sur les femmes n’est pas mené par les hommes mais il abordé et mené par les femmes ! Elles ont des associations spécifiques par catégorie professionnelle. Par exemple, il existe l’association de secrétaires de direction, l’association des femmes médecins, celle des sages-femmes. Il y a toute une série d’associations. Dans leurs réunions, elles revendiquent leurs droits au niveau professionnel comme politique. Au sein de la société civile il y a des femmes présidentes d’associations, membres de conseils d’administration d’ONG…

En Côte d’Ivoire, quand on parle du combat des femmes, c’est de celui de l’égalité dans la reconnaissance de leur rôle social, économique et politique dont on parle ! C’est aussi celui de l’accès à la connaissance et à la défense de leurs droits de citoyennes. »

Propos recueillis par Sabine Benjamin
Paris - le 22/02/07

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