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« Eduquer à la citoyenneté »

par Frei Betto, écrivain, auteur avec Paulo Freire et Ricardo Kotscho de “Cette école appelée la vie”, entre autres ouvrages.



Eduquer à la citoyenneté

Frei Betto *
ALAI AMLATINA, 29/09/2006, São Paulo

Citoyenneté rime avec démocratie. Si on ne se souvient pas du nom du politique pour lequel on a voté lors des dernières élections et encore moins ce qu’il a fait (ou défait), comment allons-nous participer aux décisions nationales ? C’est pourquoi notre démocratie continue d’être purement représentative. On donne un bon emploi à un politique, sans se rendre compte que cela a un impact direct sur le prix du pain, les frais de scolarité, la qualité de la vie, le prix du loyer et la possibilité de prendre quelques vacances.

Etre citoyen c’est entrer dans un nœud de relations. C’est déclencher un processus socioéconomique ayant des effets sur la qualité de vie de la population. C’est très simple : Quand on demande une facture on évite l’économie souterraine et cela augmente la recette fiscale qui, en fin de compte, permet au gouvernement d’investir dans un équipement et des services essentiels à une vie meilleure : routes, hôpitaux, écoles, assurances… Quand on refuse de donner un pot de vin à un agent public, on contribue à moraliser l’appareil policier. Quand on manifeste contre la violence et la pornographie télévisuelles, en exigeant que la société contrôle le contenu de la télévision et que l’on arrête de consommer des produits promus par des entreprises anti-éthiques (à ne pas confondre avec la censure pratiquée par les responsables des émissions), le processus démocratique s’élargit.

La citoyenneté suppose donc une conscience de la responsabilité civique. C’est comme la parabole de l’enfant qui, sur la plage, remettait à la mer un poisson parmi d’autres que la marée avait recrachés sur le sable. Quelqu’un lui dit alors : « à quoi cela t’avance t’il de faire cela ? Tu ne pourras pas tous les sauver.” L’enfant répondit “Je le sais. Mais celui là - il lui montra un petit poisson qui dansait dans sa main- il sera sauf. Et il le remit à l’eau.

Rien n’est plus anti-citoyen que cette logique “la pluie ne sert à rien sur le mouillé”. Bien au contraire, cela vaut la peine d’agir. Ayez donc recours à la défense du consommateur, écrivez aux journaux et aux autorités, donnez un exemple de la conscience citoyenne. Les politiques corrompus veulent que nous leur donnions un chèque en blanc pour continuer à traiter la chose publique comme une affaire privée. Et cela nous le faisons à chaque fois que nous tordons la bouche à la politique avec une mine boudeuse.

La citoyenneté rime également avec solidarité. Chacun dans son quant à soi et Dieu avec personne ! C’est ce que propose la philosophie néolibérale. Sans prendre conscience que nous sommes tous le résultat d’une la loterie biologique. Aucun de nous n’a choisi sa famille et la classe sociale dans laquelle il est né. Il est injuste que 6 brésiliens sur 10 soient nés entre misère et pauvreté (et il naît 3 millions de personnes par an dans ce pays). Avoir été ainsi tiré au sort, cela n’implique-t-il pas une dette sociale ?

La solidarité se pratique en participant aux mouvements sociaux – églises, mouvements populaires, syndicats, partis, ONG, administrations dédiées à l’intérêt général .... « Une hirondelle ne fait pas le printemps ». Mais, comme dit la chanson, si le rêve d’un individu est un rêve, celui de plusieurs individus est une réalité authentique.

Si vous préférez “laisser tout, tel quel pour voir ce que cela devient », il ne faut pas vous étonner quand on vous met un pistolet sur la tempe ou que l’on exige plus de travail pour un salaire plus bas. Au final, vous obtiendrez la même chose que tous ceux qui ne se rendent pas compte du fait que la citoyenneté et la démocratie sont toujours une conquête collective qui dépend de l’engagement courageux de chacun d’entre nous.

Il est nécessaire d’intensifier l’éducation à citoyenneté. L’idée selon laquelle les bénévoles sont des personnes qui n’ont pas besoin d’un travail rémunéré parce qu’ils disposent de rentes, est erronée. La majorité de ceux que je connais sont pauvres ou font aller et, en plus de leur travail professionnel, ils consacrent du temps à des aides sociales ou à des mouvements sociaux. Reparti sur tout le territoire, il existe un immense réseau de maisons d’enfants trouvés, d’écoles informelles pour les enfants handicapés, des hôpitaux, des ateliers d’art, des coopératives, etc. qui repose sur la participation d’hommes et de femmes, heureux en rendant d’autres personnes heureuses.

La difficulté pour trouver des bénévoles est plus grande dans la classe sociale élevée qui objectivement dispose de temps et de ressources pour aider les plus pauvres. C’est comme si l’éducation à l’égoïsme prévalait sur l’éducation à l’altruisme, dans le seul but de préserver le patrimoine. Tout au plus, sur la demande de la première dame, on organise un thé pour collecter des fonds.

Mais surtout, pas de contact avec les pauvres “ces gens sales qui ne savent que quémander”, comme je l’ai entendu de la bouche d’un cadre exécutif.
Il y a des exceptions, certes, généralement ce sont des personnes qui ont vécu un traumatisme – maladie, séparation, mort d‘un enfant… - et qui ont découvert que la solidarité est le meilleur remède aux angoisses individuelles. Comme l’a enseigné Charles de Foucauld, les passe-temps sont un luxe pour celui qui est préoccupé par les problèmes des autres. L’amour du prochain basé sur une motivation éthique et spirituelle est la meilleure thérapie.

Je me souviens de ma joie enfantine alors que je distribuais dans un hôpital pédiatrique, les jouets et les vêtements qui débordaient de mon armoire. Aujourd’hui, beaucoup d’écoles ont des accords avec des associations villageoises et des mouvements populaires, qui forment leurs élèves à des services à la population la plus pauvre, tels que l’alphabétisation, le théâtre, l’apprentissage de compétences professionnelles. Une d’entre elles organise chaque fin d’année une immersion d’élèves dans la Vallée Jequitinhonha (MG), où pendant un mois, ils apportent leur aide en matière de santé et d’éducation. Ainsi, celui qui y va, revient plein de nouvelles leçons apprises. Les programmes “écoles sœurs» (lié au programme Faim Zéro) et « jeune volontaire. Ecole solidaire” fonctionnent dans cette même logique.

Beaucoup se plaignent que le monde va mal, que le gouvernement est incompétent, que les politiques sont opportunistes. Mais, qu’est ce que je fais pour améliorer les choses ? Rien n’est plus ridicule que la personne qui reste assise, s’érigeant en juge de tout et de tous. Au minimum, c’est un médiocre.

A Sao Paolo, il y avait un travesti, Brenda Lee, que j’ai baptisé Cléopâtre dans mon roman “Alucinado son de tuba”, qui, avant de mourir assassiné s’est occupé à soigner ses compagnons contaminés par le sida. Il n’a pas attendu que les pouvoirs publics le fasse. Il a transformé la pension où il vivait en hôpital de campagne. Il fut le premier à obtenir auprès de la Justice, une approbation publique de son initiative.

Le dilemme est d’éduquer à la citoyenneté ou se laisser « éduquer » à la consommation qui rime avec égoïsme.

Traduction de l’espagnol de Sabine Benjamin

* Frei Betto est écrivain, auteur avec Paulo Freire et Ricardo Kotscho de “Cette école appelée la vie”, entre autres ouvrages.

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Educar para la ciudadanía

Agencia Latinoamericana de Informacion – ALAI (http://alainet.org)
Frei Betto

ALAI AMLATINA, 29/09/2006, São Paulo.- Ciudadanía rima con democracia. Si no se acuerda del nombre del político a quien votó en las últimas elecciones, y mucho menos lo que hizo (o deshizo), ¿cómo va participar en las decisiones nacionales? Por eso nuestra democracia sigue siendo meramente representativa. Se le da un buen empleo a un político. Sin darse cuenta de que son resultados directos de la política el precio del pan, la mensualidad de la escuela, la calidad de vida, el precio del
alquiler y la posibilidad de unas vacaciones.

Ser ciudadano es entrar en un nudo de relaciones. Desencadenar un proceso socioeconómico con efectos en la calidad de vida de la población. Es sencillo: cuando se pide una factura se evita la economía subte rránea y aumenta la recaudación fiscal que, al final de cuentas, permite al gobierno invertir en equipamiento y servicios esenciales para una vida mejor: carreteras, hospitales, escuelas, seguros... Cuando se le niega la propina a un agente se contribuye a moralizar el aparato
policial. Cuando se protesta contra la violencia y la pornografía televisivas, exigiendo que la sociedad controle el contenido de la televisión y deje de consumir productos de los patrocinadores antiéticos (no se confunda con la censura, practicada por los dueños de las emisoras), se ensancha el proceso democrático.

Ciudadanía supone pues conciencia de responsabilidad cívica. Es como la parábola del niño que, en la playa, devolvía al mar uno tras otro los pececitos que la marea había arrojado a la arena. Alguien le dijo: “¿Qué adelantas con eso? No vas a poder salvarlos a todos”. A lo que el niño respondió: “Ya lo sé. Pero éste -y le mostró un pececito que bailaba en su mano- estará a salvo”. Y lo devolvió al agua.

Nada más anticiudadano que esa lógica de que no vale la pena llover sobre mojado. Sí vale. Experimente el recurrir a la defensa del consumidor, escribir a los periódicos y a las autoridades, dar ejemplo de conciencia de ciudadanía. Los políticos corruptos quieren que les demos un cheque en blanco para continuar tratando la cosa pública como negocio privado. Y eso hacemos siempre que arrugamos el hocico ante la política con cara enojada.

Ciudadanía rima también con solidaridad. Cada uno en lo suyo y Dios con nadie es lo que propone la filosofía neoliberal. Sin conciencia de que todos somos resultados de la lotería biológica. Ninguno de nosotros escogió la familia y la clase social en que nació. Es injusto que de cada 10 brasileños 6 hayan nacido entre la miseria y la pobreza (y nacen al año casi tres millones de gentes en este país). Haber sido sorteado ¿no implica una deuda social?

La solidaridad se practica participando en los movimientos sociales –iglesias, movimientos populares, sindicatos, partidos, ONGs, administraciones políticas volcadas a los intereses de la mayoría... Una golondrina no hace verano. Como dice la canción: el sueño de uno es sueño, el de muchos auténtica realidad.

Si prefiere “dejarlo todo como está para ver cómo queda”, no se asuste cuando le pongan una pistola en la cara o le exijan que trabaje más por menos salario. Al fin, usted obtendrá lo mismo que todos cuantos no se dan cuenta de que ciudadanía y democracia son siempre una conquista colectiva que depende del valeroso empeño de cada uno de nosotros.

Es necesario intensificar la educación para la ciudadanía. Es equivocada la idea de que los voluntarios son personas que no necesitan un trabajo remunerado porque disponen de rentas. La mayoría de los que conozco son personas pobres o que van tirando y que, además de su trabajo profesional, dedican tiempo a obras asistenciales o a movimientos sociales. Repartida por el país, hay una inmensa red de casas cuna, asilos, escuelas informales para niños deficientes, hospitales, talleres de arte y de artesanía, cooperativas, etc. que cuentan con la participación de hombres y mujeres que se sienten allí felices haciendo
felices a otros.

La dificultad para encontrar voluntarios es mayor en la clase alta, que objetivamente dispone de tiempo y de recursos para ayudar a los más pobres. Es como si la educación para el egoísmo, en función de preservar el patrimonio, prevaleciese sobre la educación para el altruismo. Cuando mucho, un té para recaudar fondos a pedido de la primera dama. Pero nada de contacto con los pobres, “esa gente sucia que sólo sabe pedir”..., como oí de boca de un ejecutivo.

Hay excepciones, claro, generalmente personas que pasaron por algún trauma -enfermedad, separación, muerte de un hijo...- y que descubrieron que la solidaridad es el mejor remedio para las angustias individuales.
Como enseñaba Carlos de Foucauld, los pasatiempos son un lujo para el que no se preocupa con el problema de los demás. El amor al prójimo es la mejor terapia, basada en una motivación ética o espiritual.

Recuerdo mi alegría infantil al repartir en un hospital pediátrico juguetes y ropas que sobraban en mi armario. Hoy muchas escuelas tienen acuerdos con asociaciones de pobladores y movimientos populares, educando a sus alumnos en servicios a la población más pobre, tales como alfabetización, teatro, aprendizaje de habilidades profesionales. Una de ellas promueve, cada fin de año, una excursión de los alumnos al Valle del Jequitinhonha (MG), donde pasan un mes prestando ayuda en salud y en educación. En esos casos quien va a enseñar regresa lleno de nuevas lecciones aprendidas. En esa misma línea actúan también los programas “Escuelas Hermanas”, vinculado al programa Hambre Cero, y el “Joven Voluntario. Escuela Solidaria”.

Muchos se quejan de que el mundo va mal, que el gobierno es incompetente, que los políticos son oportunistas; pero ¿qué hago yo para mejorar las cosas? Nada más ridículo que la persona que se queda sentada, erigiéndose en juez de todo y de todos. Es, al menos, un mediocre.

Había en São Paulo un travesti, Brenda Lee, a quien bauticé como Cleopatra en mi novela “Alucinado son de tuba”, que antes de morir asesinado se ocupó de cuidar a sus compañeros contagiados de vih/sida. No esperó a que el poder público lo hiciera. Transformó la pensión donde vivía en hospital de campaña. Fue el primero en obtener, en la Justicia, pública aprobación para su iniciativa.

El dilema es educar para la ciudadanía o dejarse “educar” por el consumismo, que rima con egoísmo.

Traduction en espagnol de J.L.Burguet

* Frei Betto es escritor, autor, junto con Paulo Freire y Ricardo Kotscho, de “Esa escuela llamada vida”, entre otros libros.

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