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  Le Forum Social Mondial 2006

Le FSM à Bamako, Mali - 19 au 23 janvier 2006

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Témoignages de nos    partenaires

   - Falilou Diagne - UGPM       (Sénégal)

   - Ignace Guessehi
      FEDESI (Côte d'Ivoire)

Le FSM à Bamako
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Interview de Falilou Diagne, président de l’UGPM

L’UGPM – Union des Groupements Paysans de Méckhé – est une organisation constituée de groupements paysans présents dans quatre communes (Méckhé et environs) de la région de Thiès au Sénégal. Elle totalise environ 5000 membres engagés dans la promotion et la défense de l’agriculture paysanne.

A l’occasion du FSM de Bamako, Falilou Diagne, président de l’UGPM, a participé aux débats et aux échanges notamment ceux axés sur les luttes paysannes à la Bibliothèque Nationale. C’était sa première participation à un FSM. Altermondes l’a rencontré.

Altermondes : C’est votre première participation au FSM ; quelles sont vos impressions sur cet événement ?

Falilou Diagne : Nous sommes en fin de FSM et je dois dire que je suis ravi d’avoir pu y prendre part. Je pense que c’est une réussite ; j’ai pu échanger avec beaucoup d’autres organisations, notamment paysannes ou intervenant dans le développement ; en ce sens, le forum a répondu à beaucoup de mes attentes car en plus des contacts pris, j’ai eu l’occasion, dans le cadre de divers ateliers sur la réforme agraire, la sécurisation foncière et le développement, les OGM etc., de faire part de notre propre expérience à l’UGPM en matière de lutte contre la pauvreté et ses manifestations tant économiques que sociales. Une chose que j’ai également noté était la mobilisation forte à la fois de la société civile malienne mais également des pouvoirs publics car des personnes des administrations publiques étaient présentes, ce qui est important même dans le cadre d’un rassemblement promu au premier plan par la société civile.

AM : Qu’est-ce que la participation au FSM vous a apporté, personnellement et en relation avec votre actions au sein de l’UGPM ?

FD : J’ai assisté à divers ateliers sur des thèmes variés qui touchent aux questions de la promotion et de la défense de l’agriculture paysanne. J’ai regretté que la dispersion des sites soit un frein à une participation plus diversifiée en terme de thématiques. Mais l’essentiel est que j’ai pu échanger des expériences avec d’autres sur les sujets de plus d’importance pour l’UGPM : la question foncière, la place de l’agriculture paysanne et la promotion de l’exploitation familiale via les actions en faveur de la diversification des productions, de la commercialisation, etc. J’ai pu aussi prendre la mesure des revendications concernant tout ce qui touche à la question de la commercialisation au niveau international des produits agricoles, revendications qui me confirment dans l’idée que cette forme d’intégration commerciale mondialisée n’est pas opportune pour nos agricultures. Ces dernières doivent en effet relever le défi du renforcement de leurs potentialités à des fins de production et de consommation locales, notamment pour ce qui concerne les céréales, mais pas uniquement comme l’a rappelé José Bové, porte parole de Via Campesina, qui a fait part également des préoccupations liées à la question de l’importation en Afrique de poulets congelés.
Pour ce qui est de la place des cultures de rente dans nos agricultures, j’ai pu assister à de nombreux échanges sur la question du coton, qui m’ont permis de voir quelles sont les similitudes avec la situation que nous connaissons au Sénégal concernant « notre » culture de rente, l’arachide : difficultés d’écoulement, prix non rémunérateurs, privatisation de la filière, etc. La question des semences m’a également beaucoup intéressé et j’ai pris conscience de la nécessité d’une véritable coalition africaine sur la problématique des OGM qui sont une menace importante dans un contexte où notre enjeu principal reste de pouvoir produire de quoi nous nourrir en utilisant des techniques choisies et non subies, surtout si ces techniques sont sources de problèmes supplémentaires c’est le cas des OGM, non duplicables. C’est pourquoi nous sommes de tout cœur avec la coalition pour la protection du patrimoine génétique africain, et mondial, ainsi qu’avec le mouvement des faucheurs volontaires français.

AM : Comment envisagez-vous de partager ce que vous avez vécu dans le cadre du FSM et quelle suite voyez-vous à ce processus ?

FD : L’UGPM compte 5000 membres et donc pour restituer ce que j’ai eu l’occasion de vivre, d’entendre et d’échanger, cela va passer par divers canaux, notamment les membres du Bureau de l’UGPM, les animateurs des diverses commissions et le Conseil Général, et ce afin que le maximum d’informations et de réflexions puissent être mutualisées.
Je pense que nous allons également essayer de poursuivre les échanges avec certains acteurs que j’ai vus et que, pour certains, nous avions déjà eu l’occasion de rencontrer, comme au niveau du Mali l’AOPP et l’office du Niger notamment, tandis que d’autres sont pour nous de nouvelles connaissances. De fait, sur les suites à donner à la dynamique d’ensemble du FSM, je pense que les plate-formes nationales de la société civile, par exemple le CONGAD au Sénégal, auront un rôle important à jouer, notamment dans le cadre du développement des collaborations entre plates-formes nationales des pays de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique Centrale, à l’initiative notamment de Coordination Sud.

AM : C’était le premier FSM en Afrique ; quelles réflexions cette première suscite-t-elle en vous ? En quoi cette rencontre peut-elle avoir une influence pour le continent ?

FD : Une première pour l’Afrique et pour moi aussi ! Je pense que la tenue d’un événement comme celui-là en Afrique est très importante et je suis content de ce que le FSM 2007 se tienne à Nairobi car il faut réitérer cette initiative, notamment parce que je pense que les populations ne sont pas encore suffisamment informées de l’existence de cet espace. On a bien vu ici au Mali que malgré la mobilisation importante, notamment des organisations paysannes, la population n’était pas très présente. Il faut donc essayer pour le prochain forum de sensibiliser plus les populations à la base et ce dans tous les pays du continent ; au Sénégal, par exemple, nous pourrions essayer d’organiser une rencontre dans chaque région pour informer les populations sur ce qui se joue dans les FSM, d’autant plus que beaucoup de thèmes abordés dans ce cadre sont particulièrement pertinents par rapport à la situation que vit le continent africain, par exemple dans le domaine de la souveraineté alimentaire. Cette sensibilisation doit être menée partout et pas seulement dans le pays organisateur, même si je garde à l’esprit l’image de la population qui, lors de la marche d’ouverture, était spectatrice du défilé au bord de la route alors que nous marchions pour la défense de causes qui sont les siennes. Le grand défi reste donc de rendre les luttes plus massives et plus visibles.

Propos recueillis par Laurence CONSTANTINI

 
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