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  Le Forum Social Mondial 2006

Le FSM à Bamako, Mali - 19 au 23 janvier 2006

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Témoignages de nos    partenaires

   - Falilou Diagne - UGPM       (Sénégal)

   - Ignace Guessehi
      FEDESI (Côte d'Ivoire)

Le FSM à Bamako
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Interview d’Ignace Guessehi, directeur de la FEDESI

FDH : C’est votre première participation au FSM ; quelles sont vos impressions sur cet événement ?

Ignace Guessehi : En septembre 2005, lors de la réunion avec les partenaires africains organisée dans le cadre du 40e anniversaire de Frères des Hommes, nous avions abordé la question du FSM ; mon impression était que le FSM était une affaire d’intellectuels engagés dans des débats de haut niveau, et je me demandais ce que cela donnait, si nous y avions notre place… mais à mon arrivée ici, ce qui m’a frappé c’est que j’ai découvert dans un petit coin d’Afrique le monde qui s’est transposé ici ; c’est ça qui m’a frappé d’abord, le rassemblement de tous ces gens de nombreux pays, et puis j’ai été frappé par le fait que même en se rencontrant pour la première fois, c’était comme si on se connaissait déjà. Ca m’a beaucoup enrichi, ces échanges avec d’autres, sur le plan des contacts humains, des expériences de chacun, et ce grâce à la facilité de relation avec des gens très accessibles, même dès mon arrivée à l’hôtel !
Et puis il y a eu la marche d’ouverture et là, participer à cette marche avec tous ces slogans que tu voies, que tu le veuilles ou non, et qui frappent les consciences… déjà ça, ça peut aboutir sur des changements, parce qu’on prend conscience de la liberté d’expression d’autres gens dans d’autres pays, alors on se dit que nous aussi on peut faire cela parce que ça existe déjà ailleurs et donc ça peut motiver, être un exemple pour notre engagement en tant que société civile.

FDH : Outre cet aspect que vous venez de décrire, qu’est-ce que la participation au FSM vous a apporté, personnellement et en relation avec votre action au sein de la FEDESI ?

IG : Quand je suis arrivé, je me suis d’abord concentré sur les activités, les ateliers en lien avec les questions de conflits et de paix. En effet, la FEDESI situe son action dans la dynamique de réconciliation en Côte d’Ivoire ; donc avoir participé à ces échanges va m’aider à renforcer les arguments que nous avons dans le cadre de la mission de sensibilisation de la Caravane de la Paix. J’ai aussi participé à un atelier sur la prolifération des armes légères qui est également un gros problème notamment avec la succession de conflits ces dernières années en Sierra Leone, au Libéria et en Côte d'Ivoire ; on parle de cessez-le-feu mais dans les villages c’est l’insécurité totale avec les coupeurs de route et autres brigands, qui ont un pouvoir immense ; même si ces gens ne sont pas forcément nombreux, même s’ils ne sont que deux, ils peuvent tout, justement parce qu’ils sont armés. C’est donc un problème majeur et cet atelier m’a intéressé pour voir ce qu’on peut faire, quelle influence on peut avoir dans nos régions conflictuelles pour aborder cette question.
J’ai participé à des activités sur ces questions de paix et de conflit pendant deux jours puis après je me suis dit : « bien sûr, je suis dans ce contexte de recherche de la paix en Côte d’Ivoire mais il faut aussi que je m’oriente vers d’autres thèmes pour avoir plus de bagages » et c’est là que j’ai participé notamment à un séminaire intitulé « Diplomatie non gouvernementale » où j’ai appris que des plates-formes africaines de l’Afrique de l’Ouest et du Centre étaient réunies en réseau, et je me suis dit que la Côte d’Ivoire avait sa place dans une telle initiative. J’ai pu ainsi rencontrer la présidente de ce réseau (NDLR : qui est également présidente du CONGAD, plate-forme des ONG sénégalaises), échanger avec elle et bien prendre connaissance des modalités de fonctionnement de ce réseau.
J’ai pu aussi assister à certaines activités sur la question des migrations ; j’ai constaté que cette problématique était débattue essentiellement sous un angle Nord/ Sud ; cela m’intéresse, mais je suis également sensible à sa dimension Sud/ Sud qui se pose fortement dans le contexte ivoirien. J’ai pu rencontrer ainsi des personnes du FORIM qui sont très intéressées à nouer des liens avec un pays comme la Côte d’Ivoire qui est une mosaïque de peuples tout comme eux même réunissent des associations dont les membres sont originaires de différents pays africains.

FDH : Comment envisagez-vous de partager ce que vous avez vécu dans le cadre du FSM et quelle suite voyez-vous à ce processus ?

IG : Je suis condamné à faire la restitution !!! (rires) Bien sûr c’était la première fois que quelqu’un de la FEDESI participait mais je pense que si l’an prochain j’ai encore la chance d’assister au FSM, nous viendrons à deux et puis nous emmènerons du matériel, des banderoles, des prospectus, etc. pour rendre plus visibles la FEDESI et nos actions.
Donc tout ce que j’ai vu, entendu, fait, je vais le restituer au siège et puis aller sur le terrain auprès de toutes les structures de la FEDESI, notamment les groupements de base , pour faire circuler les informations ; il faut vraiment que tout cela puisse atteindre les populations ; lorsque les groupements organisent des réunions autour de leurs activités économiques de production ou de commerce, ils incluent aussi des éléments relatifs à la réconciliation et à la promotion de la paix, d’où l’importance pour eux aussi de savoir ce que j’ai fait pendant une semaine au Mali, surtout qu’ils savent que je suis parti ! (rires)
Par ailleurs, au vu de tout ce que j’ai échangé dans les ateliers sur tous les thèmes liés aux questions de la paix et des conflits, je pense que je vais essayer d’organiser un petit atelier de réflexion à la FEDESI, en interne, avec peut-être quelques personnes ressources externes, pour creuser ces questions afin de voir quelles stratégies la FEDESI doit adopter ; car aujourd’hui on ne peut plus rester seulement dans le domaine du développement parce que s’il n’y a pas la paix, il n’y a pas de développement, donc nous préférons avoir les arguments nécessaires pour convaincre la population de défendre vraiment ses droits mais aussi de connaître les précautions à prendre quand ce genre de situation se produit.

FDH : C’était le premier FSM en Afrique ; quelles réflexion cette première suscite-t-elle en vous ? En quoi cette rencontre peut-elle avoir une influence pour le continent ?

IG : L’information sur le FSM est très faible en Afrique. On ne connaît pas cela. Même au niveau des habitants de Bamako, on voit bien que l’on n’a pas assez expliqué ce dont il s’agissait parce que pendant la marche d’ouverture, des gens regardaient sans participer ; ils applaudissaient, mais comme s’il s’agissait d’une fête pour quelqu’un d’autre… même si on a quand même senti chez certains que c’était quelque chose qui les concernait et qui permettait un rassemblement mondial. Donc avec ce FSM en Afrique, cela nous montre que le monde est un, parce que quand ça se passe à Porto Alegre, moi en Côte d’Ivoire, je regarde les gens à la télé et je me dis que ça peut arriver chez nous et effectivement ça arrive chez nous, on l’a vécu… ça veut dire que toutes ces réflexions et ces idées que nous avons développées, ça peut aboutir, parce que ce ne sont plus des choses confidentielles mais on a eu une opportunité d’ouverture pour dire ce qu’on pense. On discutait dans un autre cadre de la question de la sécurité pour les personnes de la société civile qui s’engagent dans des luttes dans lesquelles elles s’opposent aux gouvernants ou aux puissants et qui de ce fait prennent des risques ; mais on voit que notre sécurité réside aussi dans notre motivation, et justement participer à un tel rassemblement, ça motive ! et puis cela rassure parce que même si on sait qu’il y a un risque, on prend conscience aussi que en faisant connaître son engagement aux autres, on n’est plus seul mais c’est le monde qui est avec nous.

Propos recueillis par Laurence CONSTANTINI

 
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