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Interview d’Ignace Guessehi, directeur de la FEDESI FDH : C’est votre première participation au FSM ; quelles sont vos impressions sur cet événement ? Ignace Guessehi : En septembre 2005, lors
de la réunion avec les partenaires africains organisée dans
le cadre du 40e anniversaire de Frères des Hommes, nous avions
abordé la question du FSM ; mon impression était que le
FSM était une affaire d’intellectuels engagés dans
des débats de haut niveau, et je me demandais ce que cela donnait,
si nous y avions notre place… mais à mon arrivée ici,
ce qui m’a frappé c’est que j’ai découvert
dans un petit coin d’Afrique le monde qui s’est transposé
ici ; c’est ça qui m’a frappé d’abord,
le rassemblement de tous ces gens de nombreux pays, et puis j’ai
été frappé par le fait que même en se rencontrant
pour la première fois, c’était comme si on se connaissait
déjà. Ca m’a beaucoup enrichi, ces échanges
avec d’autres, sur le plan des contacts humains, des expériences
de chacun, et ce grâce à la facilité de relation avec
des gens très accessibles, même dès mon arrivée
à l’hôtel ! FDH : Outre cet aspect que vous venez de décrire, qu’est-ce que la participation au FSM vous a apporté, personnellement et en relation avec votre action au sein de la FEDESI ? IG : Quand je suis arrivé, je me
suis d’abord concentré sur les activités, les ateliers
en lien avec les questions de conflits et de paix. En effet, la FEDESI
situe son action dans la dynamique de réconciliation en Côte
d’Ivoire ; donc avoir participé à ces échanges
va m’aider à renforcer les arguments que nous avons dans
le cadre de la mission de sensibilisation de la Caravane de la Paix. J’ai
aussi participé à un atelier sur la prolifération
des armes légères qui est également un gros problème
notamment avec la succession de conflits ces dernières années
en Sierra Leone, au Libéria et en Côte d'Ivoire ; on parle
de cessez-le-feu mais dans les villages c’est l’insécurité
totale avec les coupeurs de route et autres brigands, qui ont un pouvoir
immense ; même si ces gens ne sont pas forcément nombreux,
même s’ils ne sont que deux, ils peuvent tout, justement parce
qu’ils sont armés. C’est donc un problème majeur
et cet atelier m’a intéressé pour voir ce qu’on
peut faire, quelle influence on peut avoir dans nos régions conflictuelles
pour aborder cette question. FDH : Comment envisagez-vous de partager ce que vous avez vécu dans le cadre du FSM et quelle suite voyez-vous à ce processus ? IG : Je suis condamné à
faire la restitution !!! (rires) Bien sûr c’était la
première fois que quelqu’un de la FEDESI participait mais
je pense que si l’an prochain j’ai encore la chance d’assister
au FSM, nous viendrons à deux et puis nous emmènerons du
matériel, des banderoles, des prospectus, etc. pour rendre plus
visibles la FEDESI et nos actions. FDH : C’était le premier FSM en Afrique ; quelles réflexion cette première suscite-t-elle en vous ? En quoi cette rencontre peut-elle avoir une influence pour le continent ? IG : L’information sur le FSM est très faible en Afrique. On ne connaît pas cela. Même au niveau des habitants de Bamako, on voit bien que l’on n’a pas assez expliqué ce dont il s’agissait parce que pendant la marche d’ouverture, des gens regardaient sans participer ; ils applaudissaient, mais comme s’il s’agissait d’une fête pour quelqu’un d’autre… même si on a quand même senti chez certains que c’était quelque chose qui les concernait et qui permettait un rassemblement mondial. Donc avec ce FSM en Afrique, cela nous montre que le monde est un, parce que quand ça se passe à Porto Alegre, moi en Côte d’Ivoire, je regarde les gens à la télé et je me dis que ça peut arriver chez nous et effectivement ça arrive chez nous, on l’a vécu… ça veut dire que toutes ces réflexions et ces idées que nous avons développées, ça peut aboutir, parce que ce ne sont plus des choses confidentielles mais on a eu une opportunité d’ouverture pour dire ce qu’on pense. On discutait dans un autre cadre de la question de la sécurité pour les personnes de la société civile qui s’engagent dans des luttes dans lesquelles elles s’opposent aux gouvernants ou aux puissants et qui de ce fait prennent des risques ; mais on voit que notre sécurité réside aussi dans notre motivation, et justement participer à un tel rassemblement, ça motive ! et puis cela rassure parce que même si on sait qu’il y a un risque, on prend conscience aussi que en faisant connaître son engagement aux autres, on n’est plus seul mais c’est le monde qui est avec nous. Propos recueillis par Laurence CONSTANTINI |
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