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  Le Forum Social Mondial 2006

Le FSM à Caracas, Venezuela - 24 au 29 janvier 2006

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Forum Social Mondial à Caracas : ambiances

Parce qu’il était « polycentrique », le Forum social mondial aura eu cette année un visage plus « régional » que « mondial », et ce n’est pas pour rien qu’en même temps que le FSM, volet Caracas, se tenait le II Forum social des Amériques. Très « latino » donc ce FSM, et forcément aussi, très teinté du contexte de notre amphitryon, le Venezuela.

A commencer – et peut-être par contraste avec Bamako – par le « faste » mis à disposition des participants, grâce notamment à un soutien important du gouvernement vénézuélien : infrastructures neuves pour les stands et les séminaires en plein air, métro et bus gratuits, le luxueux hôtel Hilton Caracas – nationalisé, soulignons-le - transformé en « QG » du mouvement altermondialiste, le temps d’un forum…

A contrario de ce qu’était parvenu à faire le FSM de Porto Alegre en 2005, les 2200 activités programmées – soit une moyenne de 440 activités par jour, cela nous laisse songeur… –, articulées autour de six axes thématiques, étaient dispersées sur dix sites à travers la ville… Dans une capitale comme Caracas, dont l’expression « chaos urbain » est une définition assez proche de la réalité, traverser la ville plusieurs fois par jour, même « aux frais de la princesse », relevait de l’exploit… surtout quand en arrivant sur place, vous appreniez que l’activité prévue était reportée, déplacée voire annulée !

Pour très impliqué que l’on ait été dans les activités du FSM, impossible de faire l’impasse sur le pays qui nous accueillait : en centre-ville surtout, autour du fameux « QG », les trottoirs étaient envahis de vendeurs ambulants nous proposant des objets plus insolites les uns que les autres à l’effigie du président Chávez : montres, badges, pins, t-shirts, affiches, et même un Chavez version « poupée Barbie », et qui parle s’il vous plaît !! Et oui, cela peut surprendre le visiteur européen. Ou plus loin, un « Forum de la démocratie révolutionnaire », sur l’une des artères centrales de la ville – qui sera finalement réouverte à la circulation au bout de deux jours pour cause d’énervement des automobilistes – mettant en avant les politiques sociales du gouvernement… Ou encore une base militaire en activité (l’aéroport de La Carlota) choisie pour être l’un des « territoires » du Forum, avec sa valse d’hélicos interrompant (ou pas) les séminaires, et les soldats en uniformes jouant le rôle « d’agents d’accueil »… Ou encore les discours-fleuves (improvisés) du président Chavez – un maître en la matière !- lors de deux rencontres avec les mouvements sociaux.

On peut regretter cela dit l’absence de la population vénézuélienne au sein du Forum, pari qui, après l’expérience positive de Mumbai en 2004, avait été en partie relevé l’an dernier à Porto Alegre. Peu d’information avait circulé parmi les « caraqueños » (habitants de Caracas) pour expliquer ce qu’était le FSM, assimilé par certains comme étant un événement « chaviste », ce qu’il n’était évidemment pas. Dans cette société polarisée à l’extrême, le simple fait d’arborer le badge du Forum nous valait les qualificatifs de « chavistes », « castristes », « communistes » dans les quartiers de la classe moyenne blanche, caractérisée comme étant « anti-chaviste », d’opposition. Dans les quartiers plus « populaires », même autour du Forum, il semblait y avoir comme une frontière invisible, séparant la population des participants, comme s’il s’agissait réellement d’un autre monde dans lequel ils n’auraient pas leur place.

Pour rencontrer cette population absente, et essayer de comprendre cette société vénézuélienne en pleine évolution et le fameux « processus bolivarien » – car pour nombre d’entre nous, l’intérêt d’aller à Caracas se trouvait aussi là - , c’était bien « en dehors » du Forum qu’il fallait être : à une manifestation de représentants indigènes et d’écologistes contre l’exploitation de mines de charbon dans l’ouest du pays, ou encore auprès d’ex-employés de l’entreprise pétrolière nationalisée PDVSA, manifestant pacifiquement pendant plusieurs jours et plusieurs nuits devant le palais présidentiel pour leur réintégration dans l’entreprise : dans les deux cas, aucune hostilité envers Chavez, bien au contraire, mais une prise de conscience semblait-t-il de l’importance de la pression populaire pour faire avancer les choses dans un système pris dans les contradictions, de pouvoir notamment.

Si j’avais un moment fort à partager avec les lecteurs d’Altermondes, ce serait ce qui s’est passé un matin dans l’auditorium (rempli à craquer) du Teatro Teresa Carreño, lors d’un séminaire sur la dette, auquel participait Victor Nzuzi, paysan congolais, membre du réseau CADTM* : Victor a parlé de l’impact de la dette en Afrique, bien entendu, mais, après des manifestations non voilées de racisme dont il avait été victime quelques heures auparavant en ville, il a aussi évoqué la nécessité urgente, si l’on veut construire cet « autre monde », de changer les mentalités et les comportements… La salle s’en est émue, la salle s’est levée et l’a applaudi pendant de longues minutes. Grâce à la télévision de proximité « Vive TV », le discours de Victor a pu aller jusque dans les barrios (les quartiers pauvres de la périphérie), où nous nous sommes rendus plus tard : nombreux étaient ceux des habitants qui reconnaissaient Victor et lui demandaient d’excuser le comportement de leurs compatriotes, dont ils avaient honte… S’engageaient alors des échanges sur le Congo et sur le Venezuela, riches en questions, intérêts mutuels, envie de mieux se connaître …

Finalement, et pour beaucoup d’entre nous, les meilleurs souvenirs et réflexions que nous ramènerons « du Forum », ce seront ces rencontres avec la population vénézuélienne, faites « en-dehors du Forum ». Au delà des théories, ce sont aussi ces moments, faits d’échanges et de chaleur humaine, qui nous font entrevoir cet « autre monde possible ».

Isabelle DOS REIS pour Altermondes, revue dont FDH est co-éditrice

 
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