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  Le Forum Social Mondial 2006

Frères des Hommes aux FSM 2006

Les impressions à chaud de Rosa Miriam Ribeiro,
responsable du secteur Amérique latine et Caraïbes de FDH

Quelle a été ton impression générale de ce FSM ?
C’était un peu comme prévu ! Du fait de la déconcentration du FSM en 3 lieux cette année (Caracas, Bamako et Karachi), on attendait tous, les partenaires y compris, un FSM dominé par une dimension plus régionale que mondiale. Toutefois, il y a eu des délégations étrangères en dehors des latino-américaines comme celle, par exemple des Etats Unis qui était beaucoup plus importante que lors des Forums précédents. Il y a eu également beaucoup d’européens et d’asiatiques, dans une moindre mesure certes, mais ils étaient présents quand même !

Si tu devais en garder une image qui t’a marquée, laquelle serait elle ?
Cela serait les réflexions qui ont été beaucoup plus approfondies dans les séminaires et les ateliers que dans les éditions précédentes du FSM.

Justement, toi qui a participé à de nombreux FSM, quelle évolution as-tu notée dans le processus unique de cette démarche ?
Nous n’étions plus dans la phase de lancement de thèmes mais plutôt dans des réflexions qui sont allées beaucoup plus loin notamment sur les implications politiques et sociales de l'action citoyenne, sur les spécificités des pays et des régions, et sur le rôle joué par les sociétés civiles. Il y a eu beaucoup de discussions entre les organisations sociales et les partis politiques particulièrement de gauche, compte tenu de la situation politique actuelle de l’Amérique latine. On a vu aussi apparaître de nouveaux thèmes comme la question militaire qui est traitée sous l’angle sécurité nationale plutôt que sous l’angle beaucoup plus courant de la dénonciation de l’implantation de bases militaires. C’est une évolution propre au Forum.

C’est à dire ?
Le FSM est un processus qui a 6 ans d’existence et de travail. Il y a un accompagnement des problématiques plus pointu. Les préparations préalables sont meilleures, grâce à des évènements nationaux et thématiques préalablement organisés.

Ce processus a donc commencé à être capitalisé et systématisé, ce qui permet d’avancer dans les réflexions.

Même pour certains thèmes fréquemment traités, il y a eu des aspects novateurs. Par exemple, sur le thème de l’économie solidaire et populaire, la participation d’acteurs sociaux latino-américains du monde populaire a été relativement forte. La manière d’aborder le thème a donc été également axée sur les échanges d’expériences qui sont nombreuses et importantes, y compris au Vénézuéla.

La question de l’eau a également été creusée, des actions internationales ont été concertées. Au Vénézuéla elle est traitée de manière originale par, ce que l’on appelle, les « tables locales de l’eau ». En effet, l’eau est gérée par les communautés elles-mêmes. C’est une expérience innovante et vraiment intéressante.

Le Venezuela est devenu un pays emblématique de la résistance en Amérique latine, en quoi cela a t’il joué sur l’organisation, le déroulement, la mobilisation sur place et le profil des participants ?...

Sur le profil des participants, je ne pense pas que cela ait joué un rôle. Par contre, quelque soit le pays où le FSM se déroule, on attend une présence massive des nationaux.

Dans ce domaine, pour Caracas, il y a eu une préparation en amont et les organisateurs ont veillé à ce que le FSM ne soit pas « noyé » par les vénézuéliens. Certains membres de la Délégation du Centre de Recherche et d’Informations sur le Développement (CRID) ont trouvé cela négatif, moi pas. En effet, le fait que cela se passe dans ce pays, était déjà interprété par certains comme une politisation ou une « bolivarisation » du FSM ! Une distance a donc été marquée. Hugo Chavez a fait un discours comme Lula l’avait fait au Brésil, mais comme quelque chose de parallèle au Forum. Cette question de la participation de représentants de gouvernements et de partis politiques est un enjeu majeur pour un FSM qui a été créé par et pour la société civile. C’est vrai que l'organisation même du Forum dépend beaucoup des apports des institutions publiques,la société civile est pauvre ! Ces apports sont possibles lorsque le FSM se déroule dans un pays où le gouvernement est sensible à la démarche du FSM, tel que celui de Chavez. Il a apporté un soutien important au niveau de la logistique, comme la mise à disposition de locaux, la gratuité du métro, des accords avec des hôtels… Ce dernier point est très important parce que la population vénézuélienne est très divisée, très polarisée vis à vis du pouvoir en place.

La classe moyenne qui est plus aisée et vit dans le centre ville, là où nous étions est très « antichaviste » ! Ces gens étaient même parfois agressifs dans la rue. Ils nous invectivaient en nous appelant avec dédain « les communistes ». Certains nous disaient « va t’en » .

Leur « argument » était qu’Hugo Chavez a donné « leur argent pour financer ce Forum ».

Ils prétendaient que le Forum était complètement payé par les vénézuéliens, ce qui, comme nous le savons est faux.

Quels partenaires étaient présents sur place ? Quels ont été leurs réactions, commentaires… ?
Frères des Hommes avait invité COPEFIS du Mexique, CIOEC national de Bolivie, et CENCA du Pérou. Luis Galvez du Pérou qui avait déjà participé à deux FSM a bien épaulé l'orientation et l'accompagnement des autres partenaires qui y participaient pour la première fois. Il a fait un bon travail d’articulation avec et entre les partenaires, nos invités directs et d'autres qui étaient sur place. Ainsi, on a pu être en contact avec notre partenaire brésilien FASE national qui est lié à l’Atelier Permanent, le Pet du Chili, l’Association des économistes Amis de Cuba, le Mouvement des Sans Terre du Brésil, et l’association Artisans du Monde qui était déléguée par le Mouvement pour l’Economie Solidaire.

Il est important de souligner que nos partenaires ont aussi des intérêts propres en dehors de ceux sur lesquels nous travaillons ensemble. Ils ont donc besoin de disposer de moments spécifiques. On les invite mais ils ne sont pas pieds et poings liés ! cela leur permet d’optimiser leur participation.

Nous nous sommes réunis le premier jour pour faire un point général. On a étudié ensemble les programmes pour voir qui participe à quoi, en prenant en compte les intérêts divers de chacun. Qui va suivre quel thème ? Puis on faisait le point entre nous dès que possible. Le point final a été réalisé dans le cadre du bilan du CRID.

Comment les représentants des autorités françaises sur place (ambassadeur…) ont ils accompagné votre participation ?
La délégation du CRID était relativement importante. Nous étions environ une cinquantaine de français membres d’associations diverses.. La relation avec l’ambassade a été plutôt froide, comparativement aux années précédentes au Brésil, où on avait l’habitude de relations plus chaleureuses. Par exemple, l’ambassadeur qui n’était pas en poste à Porto Alegre se déplaçait spécialement, il y avait une convivialité, des échanges formels et informels, ouverts à tout le monde…

Propos recueillis par Sabine Benjamin
Paris – 14 février 06

 
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