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Témoignage d’un bénévole de FDH sur notre projet à Cuba

 

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sur notre projet à Cuba

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Urbaniste de profession et bénévole au sein de l’équipe de Nantes, Alain Laplanche est un ancien président de Frères des Hommes.

Suite à ta première visite à Cuba, quelle analyse fais-tu du travail réalisé dans le cadre du projet soutenu par FDH ?
Alain Laplanche : Je suis effectivement allé à Cuba en 2001, au moment où le projet était en cours de finalisation de montage. Je me souviens que les négociations étaient assez difficiles et complexes. En effet, ce travail en partenariat entre ONG et institutions publiques cubaines, était très novateur à Cuba. Finalement c’est une ONG, le Centre International de Recherches Interculturelles (CIERIC) qui en a été le chef de file. Du jamais vu sur l’île !

Ce que j’ai pu constater lors de ma mission de terrain de décembre dernier, soit 5 ans après, c’est que, non seulement la collaboration entre les quatre institutions a très bien fonctionné, mais que cela a été très fécond dans les 4 domaines d’intervention du projet. J’ai pu observer des avancées significatives tant au niveau du renforcement institutionnel du Parc, que de sa reforestation, que de la participation populaire aux activités socioculturelles, que de la réhabilitation de l’habitat .

Pourrais-tu donner des exemples concrets de cette évolution positive ?
AL : En matière de réhabilitation de logements par exemple, nous intervenons au sud-ouest du Parc, dans le quartier de El Husillo, ou plus précisément dans la zone del Ojo de Agua qui compte 89 logements en grande partie très précaires. Ce sont des constructions en bois, parfois attaquées par les termites, avec des toits parfois non étanches et le quartier n'a pas d'assainissement d'où la prolifération de moustiques à certaines saisons.

Nos partenaires ont mené une action expérimentale, en terme d’implication de la population, pour mener une auto-réhabilitation du quartier. Dans un premier temps, une association d’habitants « Les voisins » s’est créée. L'Assemblée des voisins a élu 7 personnes pour assurer la liaison avec les professionnels et les institutions. 23 familles bénéficieront ainsi d'une maison neuve. De plus, une maison communautaire et un dispensaire seront également construits.

Lors d’ateliers, les habitants ont participé à la réalisation du plan d'aménagement du quartier et au plan des maisons à construire. Les habitants ont réalisé les éléments préfabriqués en béton en raison de l'absence d'autres matériaux à La Havane. Ils étaient rémunérés pour faire ce travail, certains étaient chômeurs, d'autres étaient détachés de leur emploi pour y participer. Le coût d'une maison de 60 m² est faible, environ 14.000 €.

Actuellement 80% des éléments préfabriqués ont été réalisés. La construction des maisons va commencer en janvier 2006 et devrait se terminer en juillet. Bien entendu les habitants participeront aux travaux de construction. Mais la dynamique locale ne sera pas totalement bouclée, il faudra ensuite équiper la maison communautaire, réhabiliter les autres logements, réaliser un système d'assainissement avec un système de filtration pour ne pas continuer à polluer le fleuve, entre autres.

Le projet a permis de renforcer le lien entre les habitants, d’ améliorer leur niveau de compétences et de créer une démarche collective. La jalousie entre voisins a été évitée grâce au travail sur des critères objectifs de choix des maisons à réhabiliter.

Qu’en est il du volet socioculturel du projet ?
AL : L'objectif principal du travail du CIERIC qui était d’assurer une implication d’acteurs et d’habitants dans un travail communautaire, au niveau des quartiers a été atteint.

Des groupes communautaires composés d’habitants et d’artistes non professionnels, des techniciens du Parc, des ateliers des quartiers équivalant aux centres sociaux en France et des Maisons de la culture ont réussi à mener ensemble des activités en matière de sensibilisation à l'environnement, de respect d’autrui, de participation de la population, et de la prise en compte du patrimoine et des cultures locales.

Un des moyens pour atteindre cet objectif a été les « giras » ou « tournées des quartiers ».
A partir d’entretiens auprès des habitants au cours desquels ils parlent de leur conditions de vie, des problèmes qu'ils rencontrent…, des présentations ludiques et des débats et échanges sur les politiques conduites ou à conduire ont eu lieu. Pour favoriser la participation des habitants, la mobilisation de groupes de musique, de chant, des ateliers de dessin a été privilégiée. Ainsi, chaque année pendant 4 ans, 6 quartiers ont été ainsi concernés ; on estime que 70% de la population de chaque quartier y a participé.

Autre exemple, notre projet a permis la création d’un atelier de céramique. Un local a été spécialement réhabilité, aménagé et équipé de 2 fours, des tables, des chaises, des plans de travail. Là encore, l’objectif qui visait à favoriser le savoir-faire d'ouvriers d'une ancienne tuilerie qui a fermé il y a une dizaine d'années et d'artistes potiers locaux a été atteint. L'atelier fonctionne, il est ouvert aux enfants du quartier. J'ai assisté à une séance d'initiation à la céramique pour les enfants d'une école. Cela dit, l’objectif de cet atelier est triple, il est économique puisque le produit des ventes d’œuvre d'art servira à contribuer au financement du centre socioculturel, il est social car c'est un espace où des chômeurs pourront avoir une activité conviviale et bien entendu culturel.

Et en matière de renforcement institutionnel du Parc ?
AL : La mise en place de formations en direction de techniciens du Parc Métropolitain, de représentants de la Communauté sur la gestion de projet a joué un grand rôle. Ces formations portaient sur des cas concrets et abordaient des techniques concernant la résolution des conflits, la médiation, la communication. Cette mobilisation a également permis que d’autres institutions de types conseils populaires, conseil municipal, entreprises gouvernementales portent une plus grande attention aux problèmes de la communauté, au développement du Parc métropolitain et au rapprochement avec la population locale. Le projet a également contribué à faire du Centre écologique qui existait, un réel espace d’éducation environnementale en développant des activités variées et en se positionnant comme étant au service de la population. Des formations à destination des fonctionnaires, des riverains et des jeunes y ont d’ailleurs été organisées.

Le Centre écologique a vu sa fréquentation augmenter de 25% en l’espace d’une année !

Quel bilan global tires-tu de ce projet ?
AL : C’est un projet complexe par la multiplicité de ses axes d’intervention qui, par leurs interactions, produisent un projet commun et global sur un territoire. Tout ceci procède d'une réelle volonté de développement local.

Ce qui est également remarquable dans le projet, c’est la capacité d'associer la population à travers des activités culturelles. A mes yeux, c'est surtout le projet de réhabilitation de logements qui en est l'exemple le plus significatif. L'implication des habitants s’est maintenue du diagnostic de la situation, à la construction finale des logements, en passant par le choix des logements à reconstruire, l’aménagement du quartier et la production des éléments préfabriqués. Ce processus a permis la formation des personnes qui vont pouvoir trouver du travail dans un secteur de la construction de logements qui est en train de devenir prioritaire à Cuba. En tant que professionnel de l'urbanisme, je n'ai pas connaissance en France d'une telle implication des habitants dans une opération similaire. Le travail inter-partenarial est également un des points forts du projet.

Quels en sont les écueils et limites ?
AL : Le projet a connu quelques à-coups qui sont venus perturber son avancement. Des problèmes liés à l’approvisionnement en matériaux, à la recherche de locaux pour l'atelier de bambou, des financements parvenus à Cuba avec du retard.

De plus, en raison de ces difficultés, mais aussi de l'ampleur des besoins de réhabilitation du Parc Métropolitain, il reste beaucoup d'actions à mener, notamment en terme de logements, puisque les alentours du Parc comptent un millier de logements insalubres. Les aménagements du Parc lui-même mériteraient d'être poursuivis. Une tâche qui dépasse certainement nos possibilités financières. Cependant, l'intérêt de notre projet était bien sûr d'améliorer la situation de la population mais aussi de concevoir une méthode de travail (participation de la population, conception globale du projet, travail inter-partenarial). Elle a été intégrée par les acteurs, faut-il encore la promouvoir pour qu'elle puisse se diffuser dans la société cubaine.

Le régime cubain fait l’objet de positionnements très tranchés, comment as-tu perçu la réalité cubaine aujourd’hui ?
AL : Loin de moi l’idée de prendre une position à l’emporte pièce sur le régime cubain ! Cela dit, les conditions de vie des Cubains sont très difficiles, même si elles sont aujourd’hui moins dures que pendant la « période spéciale » qui a suivi la chute de l’URSS, au début des années 90. Le blocus y est certes pour beaucoup, mais il ne peut pas tout expliquer.

Cuba était complètement dépendante économiquement de l’URSS et quand celle-ci s’est effondrée, Cuba en a subi le contrecoups de plein fouet. La tentative de diversification des sources de revenus par le tourisme qui s’est développé depuis quelques années est certes une option, mais elle a ses limites. En effet, cela contribue à créer des clivages dans la société cubaine, entre ceux qui en bénéficient et ont davantage de revenus, et les autres. On assiste clairement au développement des inégalités à Cuba.

Selon moi, il y a schématiquement deux manières de considérer le régime cubain. Soit on s’y oppose frontalement, au risque de ne pas reconnaître toutes les avancées sociales en matière de santé et d’éducation par exemple, soit on considère que ce sont les Cubains qui peuvent faire évoluer leur pays de l’intérieur. C’est ce que font nos partenaires d’ailleurs. La lutte frontale ne donne rien car un raidissement en appelle un autre et c’est la population cubaine qui en pâtit le plus. Je pense qu’il faut plutôt miser sur l’évolution de la société cubaine qui maintiendrait ses acquis sociaux. Un dialogue et un respect des processus internes cubains devraient prévaloir dans les relations entre l’Union Européenne et ses états membres et Cuba .

Et pour conclure ?
AL : Eh bien je dirais qu’à Cuba, comme partout dans le Monde où nous appuyons des organisations partenaires, FDH soutient l’émergence d’acteurs-citoyens et l’organisation de la société civile, par des actions concrètes qui s’inscrivent dans la durée et ont un impact individuel et collectif. A la Havane, nous avons déjà obtenu des résultats très satisfaisants en la matière, qu’il nous faut amplifier et faire connaître !

Propos recueillis par Sabine Benjamin
Paris- février 2006

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