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L'Actualité de Frères
des Hommes
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| Témoignage d’un bénévole de FDH sur notre projet à Cuba Urbaniste de profession et bénévole au sein de l’équipe de Nantes, Alain Laplanche est un ancien président de Frères des Hommes. Suite à ta première visite à Cuba, quelle
analyse fais-tu du travail réalisé dans le cadre du projet
soutenu par FDH ? Ce que j’ai pu constater lors de ma mission de terrain de décembre dernier, soit 5 ans après, c’est que, non seulement la collaboration entre les quatre institutions a très bien fonctionné, mais que cela a été très fécond dans les 4 domaines d’intervention du projet. J’ai pu observer des avancées significatives tant au niveau du renforcement institutionnel du Parc, que de sa reforestation, que de la participation populaire aux activités socioculturelles, que de la réhabilitation de l’habitat . Pourrais-tu donner des exemples concrets de cette évolution
positive ? Nos partenaires ont mené une action expérimentale, en terme d’implication de la population, pour mener une auto-réhabilitation du quartier. Dans un premier temps, une association d’habitants « Les voisins » s’est créée. L'Assemblée des voisins a élu 7 personnes pour assurer la liaison avec les professionnels et les institutions. 23 familles bénéficieront ainsi d'une maison neuve. De plus, une maison communautaire et un dispensaire seront également construits. Lors d’ateliers, les habitants ont participé à la réalisation du plan d'aménagement du quartier et au plan des maisons à construire. Les habitants ont réalisé les éléments préfabriqués en béton en raison de l'absence d'autres matériaux à La Havane. Ils étaient rémunérés pour faire ce travail, certains étaient chômeurs, d'autres étaient détachés de leur emploi pour y participer. Le coût d'une maison de 60 m² est faible, environ 14.000 €. Actuellement 80% des éléments préfabriqués ont été réalisés. La construction des maisons va commencer en janvier 2006 et devrait se terminer en juillet. Bien entendu les habitants participeront aux travaux de construction. Mais la dynamique locale ne sera pas totalement bouclée, il faudra ensuite équiper la maison communautaire, réhabiliter les autres logements, réaliser un système d'assainissement avec un système de filtration pour ne pas continuer à polluer le fleuve, entre autres. Le projet a permis de renforcer le lien entre les habitants, d’ améliorer leur niveau de compétences et de créer une démarche collective. La jalousie entre voisins a été évitée grâce au travail sur des critères objectifs de choix des maisons à réhabiliter. Qu’en est il du volet socioculturel du projet ? Des groupes communautaires composés d’habitants et d’artistes non professionnels, des techniciens du Parc, des ateliers des quartiers équivalant aux centres sociaux en France et des Maisons de la culture ont réussi à mener ensemble des activités en matière de sensibilisation à l'environnement, de respect d’autrui, de participation de la population, et de la prise en compte du patrimoine et des cultures locales. Un des moyens pour atteindre cet objectif a été les «
giras » ou « tournées des quartiers ». Autre exemple, notre projet a permis la création d’un atelier de céramique. Un local a été spécialement réhabilité, aménagé et équipé de 2 fours, des tables, des chaises, des plans de travail. Là encore, l’objectif qui visait à favoriser le savoir-faire d'ouvriers d'une ancienne tuilerie qui a fermé il y a une dizaine d'années et d'artistes potiers locaux a été atteint. L'atelier fonctionne, il est ouvert aux enfants du quartier. J'ai assisté à une séance d'initiation à la céramique pour les enfants d'une école. Cela dit, l’objectif de cet atelier est triple, il est économique puisque le produit des ventes d’œuvre d'art servira à contribuer au financement du centre socioculturel, il est social car c'est un espace où des chômeurs pourront avoir une activité conviviale et bien entendu culturel. Et en matière de renforcement institutionnel du Parc
? Le Centre écologique a vu sa fréquentation augmenter de 25% en l’espace d’une année ! Quel bilan global tires-tu de ce projet ? Ce qui est également remarquable dans le projet, c’est la capacité d'associer la population à travers des activités culturelles. A mes yeux, c'est surtout le projet de réhabilitation de logements qui en est l'exemple le plus significatif. L'implication des habitants s’est maintenue du diagnostic de la situation, à la construction finale des logements, en passant par le choix des logements à reconstruire, l’aménagement du quartier et la production des éléments préfabriqués. Ce processus a permis la formation des personnes qui vont pouvoir trouver du travail dans un secteur de la construction de logements qui est en train de devenir prioritaire à Cuba. En tant que professionnel de l'urbanisme, je n'ai pas connaissance en France d'une telle implication des habitants dans une opération similaire. Le travail inter-partenarial est également un des points forts du projet. Quels en sont les écueils et limites ? De plus, en raison de ces difficultés, mais aussi de l'ampleur des besoins de réhabilitation du Parc Métropolitain, il reste beaucoup d'actions à mener, notamment en terme de logements, puisque les alentours du Parc comptent un millier de logements insalubres. Les aménagements du Parc lui-même mériteraient d'être poursuivis. Une tâche qui dépasse certainement nos possibilités financières. Cependant, l'intérêt de notre projet était bien sûr d'améliorer la situation de la population mais aussi de concevoir une méthode de travail (participation de la population, conception globale du projet, travail inter-partenarial). Elle a été intégrée par les acteurs, faut-il encore la promouvoir pour qu'elle puisse se diffuser dans la société cubaine. Le régime cubain fait l’objet de positionnements
très tranchés, comment as-tu perçu la réalité
cubaine aujourd’hui ? Cuba était complètement dépendante économiquement de l’URSS et quand celle-ci s’est effondrée, Cuba en a subi le contrecoups de plein fouet. La tentative de diversification des sources de revenus par le tourisme qui s’est développé depuis quelques années est certes une option, mais elle a ses limites. En effet, cela contribue à créer des clivages dans la société cubaine, entre ceux qui en bénéficient et ont davantage de revenus, et les autres. On assiste clairement au développement des inégalités à Cuba. Selon moi, il y a schématiquement deux manières de considérer le régime cubain. Soit on s’y oppose frontalement, au risque de ne pas reconnaître toutes les avancées sociales en matière de santé et d’éducation par exemple, soit on considère que ce sont les Cubains qui peuvent faire évoluer leur pays de l’intérieur. C’est ce que font nos partenaires d’ailleurs. La lutte frontale ne donne rien car un raidissement en appelle un autre et c’est la population cubaine qui en pâtit le plus. Je pense qu’il faut plutôt miser sur l’évolution de la société cubaine qui maintiendrait ses acquis sociaux. Un dialogue et un respect des processus internes cubains devraient prévaloir dans les relations entre l’Union Européenne et ses états membres et Cuba . Et pour conclure ? Propos recueillis par Sabine Benjamin |
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