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L'Actualité de Frères
des Hommes
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| Le
mouvement gandhien Ekta Parishad présenté
Rajagopal, leader de Ekta Parishad,
organisation partenaire de Frères des Hommes en Inde, nous présente la
philosophie , les actions et le combat non violent de ce mouvement gandhien
en faveur de l’émergence et de la reconnaissance de la citoyenneté des
populations marginalisées.
Dans les villages, nous avons donc des
personnes qui travaillent sur le terrain. Nous avons également des gens assis dans des bureaux
dans des grandes villes. Ils tentent
d’engager un dialogue avec les autorités, les gouvernements pour
impulser des changements dans les politiques menées.
Nous, nous savons que ces stratégies ne
fonctionnent pas. Le gouvernement a plus de moyens de répression que n’importe
quelle organisation qui prend les armes ! Au lieu de vous attaquer physiquement
à la personne en face, vous avez alors le pouvoir de la morale de votre
côté ! Si vous travaillez dur avec les pauvres, si vous vivez comme les
pauvres alors vous gagnerez le pouvoir moral et votre interlocuteur comprendra
que la personne qu’il combat n’est pas là pour son intérêt ou bénéfice
personnel mais pour le bien et
les droits de tous. Vous pouvez aussi vous battre pour obtenir
un poste de ministre ou vous faire un nom, ou pour le l’argent… mais au
fil du temps les gens finissent par savoir si vous luttez pour vous ou
pour la collectivité. Les gens
comprennent alors qu’ils ont plutôt intérêt à dialoguer avec vous. Nous avons un nombre très important de
militants qui ont atteint ce stade de pouvoir moral et ont gagné la confiance
des pauvres qui savent qu’ils se battent pour le bien de tous. Quelles sont vos relations avec
les m En quoi une association comme
Frères des Hommes peut elle appuyer et relayer votre combat ? Lors de mes fréquents voyages à l’étranger,
on me demande souvent comment nous réussissons à réaliser des mobilisations
et des actions aussi larges en Inde. En effet,
des milliers de personnes marchent et font des grèves de la faim.
Cela est une des raisons pour lesquelles nous connaissons des succès dans
nos actions non violentes. Au niveau local, vous avez beaucoup de
risques d’échouer dans vos revendications mais si vous leur donnez une
dimension internationale, vous avez une plus grande chance de connaître
un succès. Ceux que vous soutenez étant victimes
de violences et de discriminations, comment acceptent-ils la non violence
comme stratégie d’action ? De plus, en Inde nous avons une culture
ancienne de la non violence comme par exemple contre les Anglais et dans
la quête de notre liberté. Les indiens, dans leur grande majorité, sont
non violents. Malgré le féodalisme et les discriminations encore en cours
en Inde les gens restent non violents et nous croyons en cet outil. J’ai choisi d’utiliser les marches comme
une méthode. Marcher d’un village
à l’autre , 20 km par jour, permet de parcourir des milliers de kilomètres.
Nous convions souvent des journalistes
qui couvrent des parties de nos marches et écrivent des articles à partir
des histoires vécues entendues. Les marches sont un outil qui a fait ses
preuves en matière de mobilisation de l’opinion publique contre les politiques
gouvernementales. Nous réussissons à mobiliser des milliers de personnes
et cela oblige le gouvernement à entamer un dialogue
avec la base. Le 02 octobre 2007, anniversaire de la
naissance de Gandhi, 250 000 personnes vont marcher du sud du pays
à Delhi au nord. Cela va représenter une marche de 350 kilomètres sur
une autoroute. Imaginez la pression
que cela va représenter sur le gouvernement ! En effet, cela va impliquer
la fermeture d’autoroutes pendant 20 jours ! Quand nous arriverons à Delhi nous nous
installerons devant le mausolée du Mahatma Gandhi. Nous pourrons dire
« Tu vois Père de la Nation nous sommes là ! ». Le gouvernement
devra ouvrir le dialogue et surtout changer sa politique. Mon voyage actuel
en Europe a pour but de mobiliser des soutiens moral, financier et politique étrangers, de
la part de tous nos partenaires, pour faire de cette marche de 2007 un
succès. La seconde action que nous proposons est
de faire une conférence très large sur la question de l’accès à la terre
lors du FSM de Karachi.
Je suis donc en contact avec des amis
du Pakistan, du Brésil, du Népal, etc. Lors du précédent FSM nous avons réuni
3 000 personnes venues de toute l’Inde et de 31 pays qui ont participé
à un « Festival de la Terre ». Nous souhaitons faire quelque
chose de similaire à Karachi et c’est dans ce sens que je noue des contacts
variés. Que répondez-vous a ceux qui voient
une contradiction dans le fait que vous soyez « le » leader
charismatique de ce mouvement et qu’en même tem J’ai bâti Ekta Parishad comme une famille.
Et toute famille à son numéro 1. Je suis donc le numéro 1 de cette famille qui
compte 200 000 membres et 400 employés à plein temps. Pouvez-vous expliquer votre modèle
d’action en illustrant votre propos par des exemples tires de la catastrophe
du Tsunami ? Nous nous sommes beaucoup impliqués dans
les travaux de nettoyage des camps afin d’éviter toute épidémie due à
l’accumulation de poubelles. Nous n’avons pas distribué de nourriture,
ni des vêtements. Nous nous sommes concentrés sur l’entretien. Nous avons
mobilisé de très nombreux volontaires venus de zones non directement touchées
qu’il nous a fallu former. Actuellement, nous travaillons avec des petits
paysans qui ont perdu leur terre. Nous portons une attention particulière
aux enfants car les enfants auront besoin de nombreuses années de soutien
pour retrouver un équilibre. Nous travaillons avec les jeunes car nous
considérons que c’est une opportunité pour former à large échelle et leur
permettre ensuite, à leur retour dans leur village, de lutter pour l’accès
à la terre et une vie décente. Nous ne pouvons leur dire, participez au secours et repartez dans
vos villages. L’idée est de démultiplier les impacts de nos actions. Nous travaillons aussi beaucoup avec les femmes
et les jeunes filles car elles ont également besoin d’accéder à des emplois.
Nous leur proposons par exemple des formations en informatique… Nous organisons
des activités le soir pour les enfants afin de les aider à dépasser leur
traumatisme. Les membres d’Ekta Parishad doivent
ils être gandhiens ? Nous organisons des prières communautaires
le soir au cours desquelles nous prenons des extraits de toutes les religions
. En Europe, l’image de Gandhi me
parait r Etre gandhien est très difficile et cela
représente un défi permanent. De grands leaders ont été inspirés par Gandhi.
Si Nelson Mandela ou Martin Luther King l’ont été, c’est qu’il y a quelque
chose de bon en lui. Cette idée que Gandhi représente la tradition doit
être rectifiée et c’est ce que je tente de faire. Quand les gens me traitent
de gourou et s’imaginent que je suis assis dans une maison en train de
prier cela relève clairement d’une incompréhension de ce qu’est être gandhien !
Les gens qui viennent me voir sur le terrain voit ce que je fais !
Avant même de parler de vos actions
peut être faudrait il expliquer ce qu’est être gandhien selon Ekta
Parishad ? Si vos groupes estiment que c’est indispensable
d’expliciter cela, faisons le ! Je serai heureux d’aller discuter
avec les gens pour leur expliquer ce que cela veut dire aujourd’hui de
se revendiquer de Gandhi ! Depuis les élections de 2004 en
Inde et l’arrivée d’un nouveau gouvernement avez-vous observé des changements
politiques significatifs dans le traitement des discriminations et de
l’intouchabilité. Quelles sont vos priorités d’action vis a vis de ce
gouvernement ? Par ailleurs, le nouveau gouvernement
a pour objectif d’éradiquer la pauvreté. Ce n’est pas encore fait loin
de là mais au moins leurs objectifs sont bons ! Par exemple, il a
mis en place ce système de 100 jours travaillés par an, garanti pour les
pauvres. Cela dit même si ses intentions sont bonnes ce n’est pas cela qui va sauver les
plus pauvres ! Elles doivent être transformées en actions concrètes.
C’est toutefois un premier pas ! Nous, nous avons décidé de nous concentrer
sur la question de l’accès à la terre. En effet, 70% des indiens sont sur des
terres, qu’ils soient paysans ou ouvriers agricoles. La majorité d’entre
eux sont sans terre et migrent vers les villes dont les bidonvilles s’étendent
un peu plus chaque jour. Aller à la ville n’est pas une solution. Ils
ne pourront rester dans les campagnes que si l’accès à la terre leur est
possible. Ceux qui vivent et travaillent la terre
devraient avoir des droits, ceux qui n’en font rien ne devraient pas y
avoir accès ! Avant de donner la terre à des multinationales, elle
devrait être attribuée aux habitants de notre pays ! Si vous voulez lutter efficacement contre
la pauvreté et l'accroissement des bidonvilles, en faveur de la sécurité alimentaire et du
contrôle des migrations, il faut que la terre soit redistribuée !
Que ce soit au Brésil, aux Philippines, au Bangladesh, au Népal ou en Inde, sans mener une réelle réforme de la terre, on
ne pourra lutter sérieusement contre
la pauvreté. C’est pourquoi la solidarité internationale
est très importante pour nous. Comment allons nous mettre sur pieds un
lobbying encore plus large par exemple vis à vis du Bureau International
du Travail qui devrait se saisir de cette question. Idem pour le rapporteur
des Nations Unies sur la sécurité alimentaire. Quand je l’ai rencontré
lors de son dernier passage en Inde, il a été très impressionné par ce
qui se passe en Inde. Il est vrai qu’il est très difficile pour
un européen de comprendre combien la question de la terre est cruciale,
quand vous n’avez qu’un très faible pourcentage de votre population qui
y vit ! Comment faire comprendre cette problématique ? C’est
là que nos partenaires étrangers vont pouvoir nous aider. Des millions
de personnes ont faim et en même temps les capitaux peuvent voyager mais
pas les êtres humains ! Au Canada et en Australie il y a tant de
terres non utilisées, non cultivées alors que des millions de gens voudraient
cultiver la terre ! Pourquoi appelons nous le monde « village
global » alors que des voisins meurent de faim !
On parle plus facilement de « village global » quand
cela arrange et on n’en parle plus quand cela soulève des questions dérangeantes !
En nous mobilisant tous, chacun à son
niveau nous pourrons parvenir à un monde plus juste et harmonieux ! »
Pour en savoir plus
sur Ekta Parishad : http://www.ektaparishad.org |
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