![]() |
|
|
|
L'Actualité de Frères
des Hommes
|
||
| Plus de la moitié des dons pour le tsunami n'avaient pas été utilisés fin 2005 LE MONDE Deux ans après le raz-de-marée qui a ravagé l'Asie du sud-est, faisant plus de 240 000 morts - mais assez peu de blessés - la Cour des comptes a tiré le bilan, mercredi 3 janvier, de l'utilisation des fonds exceptionnels de solidarité qui ont été levés : "Jamais catastrophe n'avait tant touché l'opinion mondiale. Jamais catastrophe n'avait mobilisé tant d'argent", précise d'emblée le premier président de la Cour des comptes, Philippe Séguin. Presque trop. De cette situation inédite, celle d'un "excès" de financement pour une situation d'urgence, la Cour tire plusieurs leçons : il faut savoir arrêter à temps la collecte, comme l'a fait l'association Médecins sans frontières (MSF), déclenchant pourtant à l'époque une polémique. "Aujourd'hui le résultat est là : MSF a mené à bien sa mission dans les zones touchées (...). Elle a employé la totalité des fonds (...). Elle a disposé des moyens pour intervenir au Pakistan et ailleurs, tout en respectant l'intention de ses donateurs", a souligné M. Séguin. Lorsque les organisations non gouvernementales (ONG) n'ont pas eu cette sagesse de départ, "il est plutôt de bonne politique de ne pas avoir cherché à tout dépenser tout de suite", nuance aussi le président de la Cour. Les difficultés inhérentes au financement de projets à long terme exigent en effet du temps, de la réflexion et surtout de la transparence vis-à-vis des donateurs, lorsque les fonds sont réaffectés. Ce qui n'a pas toujours été le cas. De ce point de vue, la Croix Rouge française, mais surtout Médecins du monde, sont épinglés par la Cour. Dans sa réponse, la Croix-Rouge reconnaît "que le donateur a donné pour l'urgence, mais que l'association a choisi (...), de répondre aux besoins de la zone affectée par le tsunami, que ces besoins aient un lien direct avec la catastrophe ou non". Médecins du monde a affiché la cause du tsunami, mais a réaffecté 3,65 millions de dons à d'autres causes, sans en avertir ses donateurs. Au total, la Cour a contrôlé, pour la France, 32 associations et fondations, qui ont bénéficié de près de 90 % des sommes recueillies dans le pays. Entre 2004 et 2005, ces ONG ont reçu 323 millions d'euros, dont seuls 38 % avaient été utilisés, fin 2005, pour les actions en faveur des victimes, soit 124 millions d'euros. La Cour souligne que les frais de collecte et de fonctionnement sont restés "très raisonnables", représentant 5 % des fonds collectés, soit environ 14 millions d'euros. Un peu moins de 20 millions d'euros ont été réaffectés à d'autres causes. Plus de la moitié des dons, soit 165 millions d'euros, restaient, fin 2005, inutilisés. Au total, les neuf principales associations concernées n'avaient dépensé ou engagé qu'un tiers des dons reçus. DES DÉPENSES JUSQU'EN 2012 La première bénéficiaire de la générosité des Français, la Croix-Rouge, n'avait utilisé, toujours fin 2005, que 15 % des fonds à sa disposition. Le Secours catholique n'en avait utilisé que 20 % et le Secours populaire 39 %. "Qu'on m'entende bien : ces faibles taux de consommation n'ont rien d'anormal, car les associations ont reçu beaucoup plus que ce que nécessitaient les premières opérations d'urgence", insiste M. Séguin. Les premiers secours aux blessés, les opérations de déblaiement, le rétablissement de l'accès à l'eau, n'ont même pas mobilisé 7 % des ressources (environ 21 millions d'euros). Pour ce qui concerne les 165 millions d'euros non dépensés, les ONG présentaient, au printemps 2006, des calendriers prévisionnels de dépense s'étalant jusqu'à 2012. M. Séguin regrette que certaines d'entre elles se soient engagées dans des projets "faisant doublon ou surdimensionnés". Il évoque aussi une sorte de concurrence déloyale entre ONG de plusieurs pays qui se sont trouvées face à des programmes excédentaires de relogement : "La Croix-Rouge française a ainsi perdu au Sri Lanka plusieurs de ses "bénéficiaires potentiels", auxquels une ONG italienne avait promis une bicyclette et un réfrigérateur, en plus de la maison". La Cour souligne enfin la générosité et l'efficacité de l'Etat, qui a affecté, de manière directe, via l'armée notamment, ou indirecte (notamment par les réductions d'impôt dont bénéficient les dons), 337 millions d'euros d'aide aux victimes. Dans une note d'information du 18 décembre 2006, l'association France-générosités, qui regroupe la plupart des grandes associations caritatives, avait expliqué leurs principes de fonctionnement pour prévenir toute critique infondée. Mais elle soulignait que par l'enquête qu'elle menait, la Cour des comptes jouait "pleinement son rôle". Béatrice Gurrey |
|
|
Frères des Hommes - 9 rue de Savoie - 75006 Paris Tél. : 01 55 42 62 62 - Fax : 01 43 29 99 77 fdh@fdh.org - www.fdh.org |