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Tsunami: la Cour des Comptes pour une réaffectation des dons

REUTERS
mercredi 3 janvier 2007, 14h05

PARIS (Reuters) - La Cour des Comptes française est favorable à une réaffectation des dons effectués en faveur des victimes du tsunami du 26 décembre 2004 et non utilisés, à condition que ce soit avec l'accord des donateurs.

Selon deux rapports publiés par la Cour sur l'aide française à ces victimes, les dons recueillis par 32 organismes caritatifs contrôlés se sont élevés à 323 millions d'euros.

L'engagement des pouvoirs publics français s'élevait quant à lui, à la fin du premier semestre 2006, à 337 millions d'euros dont 128 millions de réductions d'impôts liés à ces dons.

Selon la Cour, qui a également fait la synthèse, dans un troisième rapport, des observations des commissaires aux comptes de l'ONU, 14 organisations des Nations Unies avaient pour leur part recueilli fin 2005 1,37 milliard de dollars.

"Jamais catastrophe n'avait tant touché l'opinion mondiale. Jamais catastrophe n'avait mobilisé tant d'argent", a souligné le premier président de la Cour des Comptes, Philippe Séguin, lors de la présentation de ces rapports.

"Nous nous sommes de ce fait retrouvés dans une situation inédite : celle d'un excès de financement par rapport aux besoins humanitaires immédiats", a-t-il ajouté.

Au 31 décembre 2005, un an après le raz de marée qui a provoqué la disparition de plus de 240.000 personnes et détruit des milliers de villages sur les côtes du Sud-Est asiatique, plus de 50% des fonds collectés en France par les 32 organismes contrôlés n'avaient toujours pas été utilisés.

Selon la Cour, seuls 38% de ces 323 millions d'euros avaient été utilisés pour des actions en faveur des victimes du tsunami. Les frais de collecte et de fonctionnement représentaient 5% des dons et les sommes réaffectées à d'autres causes 6%.

Pour la Cour, ces faibles taux de consommation des fonds "ne sont pas anormaux", compte tenu notamment du temps nécessaire au montage de projets de reconstruction.

Des associations interrogées à la mi-2006 présentaient des calendriers prévisionnels de dépenses sur quatre ou cinq ans, a souligné Philippe Séguin, pour qui c'est "plutôt rassurant".

RECOMMANDATIONS

Dans ces conditions, la Cour recommande que les organismes disposant d'importantes ressources non utilisées "définissent des projets complémentaires ou envisagent des réaffectations".

"Les réaffectations, si elles se font dans la transparence, sont à encourager", a dit Philippe Séguin.

Il convient en tout état de cause que cela se fasse "avec l'accord des donateurs", qui devront être tenus régulièrement informés de l'utilisation de leurs dons, insiste la Cour.

Celle-ci salue notamment l'attitude de Médecins sans frontières (MSF), qui a arrêté la collecte de fonds pour le tsunami dès qu'elle a jugé en avoir assez. Elle critique en revanche l'ONG soeur Médecins du Monde, qui a affecté à d'autres causes 3,65 millions d'euros de dons sans avertir les donateurs.

Pour huit des 32 organismes contrôlés, la Cour formule des réserves sur la conduite d'actions sans rapport avec l'objet de l'appel aux dons privés et sur une rigueur insuffisante.

Elle formule toute une série de recommandations, notamment en matière d'amélioration du suivi budgétaire, des engagements et des justifications de dépenses.

Elle donne en revanche un coup de chapeau aux différents ministères, qui ont été "réactifs et efficaces", selon Philippe Séguin, pour qui le bilan est "plus mitigé" au niveau européen.

De façon générale, il note que les Français sont de plus en plus généreux (près de 1,7 milliard d'euros de dons en 2005).

L'ancien président de MSF Rony Brauman a cependant émis la crainte, mercredi sur France Inter, que les rapports de la Cour des Comptes sur l'utilisation des dons en faveur des victimes du tsunami rendent les futurs donateurs éventuels méfiants.

"J'espère au moins que les organisations humanitaires et la presse (...) en tireront la leçon", a-t-il déclaré. Mais "la tentation est très forte de faire de la surenchère" lors de catastrophes humanitaires. "Je crains en tout cas qu'il y ait effectivement une crise de confiance", a-t-il ajouté.

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