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La Bolivie d’Evo Morales

Quatre régions réclament l'autonomie sans évoquer l'indépendance

AFP
samedi 16 décembre 2006, 8h35
Par Raul BURGOA

SANTA CRUZ (AFP) - Quatre régions boliviennes, dont celle prospère de Santa Cruz (est), ont lancé vendredi avec fermeté un appel à l'autonomie régionale, défiant ainsi le président socialiste Evo Morales, mais sans toutefois évoquer le séparatisme ni l'indépendance.

Relevant que personne n'avait évoqué le séparatisme ni l'indépendance, le président socialiste Evo Morales a félicité dans la nuit de vendredi les quatre régions qui ont tenu ces assemblées populaires, ajoutant que ces demandes d'autonomie devaient être analysées par l'Assemblée constituante.

"Je suis très satisfait par les interventions (des gouverneurs) pour l'unité du pays, on ne peut pas continuer à penser à se diviser", a souligné M. Morales au cours d'une conférence de presse improvisée.

Les autonomistes réclament que l'Assemblée constituante, qui siège à Sucre (sud-est), définisse avant août 2007 les pouvoirs et l'ampleur de l'autonomie des quatre régions de Beni (nord), Pando (nord), Tarija (sud) et Santa Cruz (est).

Dans le cas contraire, les autonomistes sont prêts à une "cassure institutionnelle" avec le gouvernement central, a déclaré le gouverneur de Santa Cruz, Ruben Costas, devant une foule énorme de plusieurs centaines de milliers de personnes et qu'il a lui-même estimée à un million.

"Cette rupture constitutionnelle nous obligerait à une conduite souveraine du processus d'autonomie régionale" a-t-il ajouté.

Selon M. Costas, les régions devront partager avec le gouvernement central la responsabilité notamment des ressources naturelles, de la fiscalité, de la propriété et de la distribution des terres.

Dès avant l'ouverture de ces "assemblées autonomistes", des heurts avaient opposé vendredi, près de la ville de Santa Cruz, des membres d'un groupe de droite et des Indiens partisans du président socialiste Evo Morales, faisant au moins vingt-deux blessés.

M. Morales avait autorisé ces rassemblements prévus dans les régions agricoles de Santa Cruz, Beni, Pando et dans celle de Tarija, riche en gaz. Plusieurs de ses ministres se sont cependant inquiétés d'une situation "quasi-insurrectionnelle" dans plusieurs provinces, en particulier Santa Cruz, poumon économique du pays.

Les autorités, préoccupées par des appels à la sécession lancés par des franges radicales d'organisations de Santa Cruz, avaient envoyé des renforts de police dans cette province et mis l'armée en alerte.

Des heurts entre Indiens aymaras pro-gouvernementaux et des membres d'un groupe radical d'opposants, à 40 km de Santa Cruz, ont éclaté faisant au moins 22 blessés. Les incidents se sont déroulés à un barrage où auparavant une colonne de 60 véhicules de manifestants souhaitant participer aux assemblées de Santa Cruz et Beni avait été bloquée par des paysans pro-Morales.

Des milliers de commerçants et chômeurs ont manifesté jeudi soir à Oruro sur les hauts plateaux andins, à 230 km au sud de La Paz, pour protester contre ces visées d'autonomie des régions riches du pays, censées rester solidaires avec les provinces andines pauvres.

A El Alto, banlieue pauvre de La Paz, et à La Paz, des milliers de personnes ont manifesté en soutien à M. Morales.

Outre l'autonomie, les assemblées de vendredi ont été l'occasion de réclamer au gouvernement la réaffirmation du mode de décision à la majorité des deux tiers à l'Assemblée constituante, réunie à Sucre.

Le parti gouvernemental MAS, qui contrôle 52% des sièges de la Constituante, a, il y a quelques semaines, fait adopter un règlement interne permettant un vote à la majorité absolue, ce qui a mis le feu aux poudres.

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