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La Bolivie d’Evo Morales

LE MONDE - 17/02/07
Evo Morales accepte les règles de l'Assemblée constituante

Article paru dans l’édition du 18/02/07

Après six mois d'impasse, l'Assemblée constituante va pouvoir reprendre ses travaux en Bolivie. Le Mouvement pour le socialisme (MAS, gauche), le parti du président Evo Morales, a accepté, jeudi 15 février, la règle des deux tiers des voix pour l'adoption de la réforme constitutionnelle.

A Sucre, où siège l'Assemblée, Loyola Guzman n'est pas une élue comme les autres. Survivante de la guérilla d'Ernesto "Che" Guevara, elle est l'âme de l'Association bolivienne des familles de disparus. Le 6 février, elle était à Paris pour la signature de la convention de l'ONU contre les disparitions forcées. "L'Assemblée constituante incarne l'espoir d'un changement pacifique, affirme Loyola Guzman. Nous ne voulions pas que nos proches soient morts ou disparus en vain. Notre association a donc demandé au vice-président Alvaro Garcia Linera de nous faire une place sur les listes de candidats du MAS. Seul mon nom a été retenu."

Loyola Guzman n'en a pas moins gardé son indépendance d'esprit. Elle reproche à M. Garcia Linera, lui-même ancien guérillero, d'avoir bloqué les travaux de l'Assemblée constituante par sa volonté de passer en force en s'appuyant sur la majorité absolue du MAS, au lieu de s'en tenir à la règle des deux tiers des voix requise par la loi. "Le 31 août 2006, nous étions parvenus à un accord avec presque tous les autres partis, ce qui isolait Podemos, la formation de l'ex-président Jorge Quiroga (droite), raconte-t-elle. Mais le rouleau compresseur du MAS a précipité la rupture avec les minorités, a ressoudé l'opposition et a redonné force et légitimité à la droite."

Loyola Guzman estime que le MAS ne peut pas faire l'économie d'alliances avec d'autres partis. La future Constitution doit être le fruit d'un consensus. "Le gouvernement manque d'expérience et se méfie de la classe moyenne", dit-elle. Cependant, à son avis, le remaniement ministériel de fin janvier a écarté les personnalités qui bloquaient tout dialogue avec la classe moyenne.

Ainsi, la ministre de l'intérieur, Alicia Munoz, qui n'a pas évité les affrontements à Cochabamba, a été limogée. Le ministre de l'éducation, Felix Patzi, un indigéniste qui s'est brouillé à la fois avec les syndicats d'enseignants et avec l'Eglise, a également été remercié. "Le courant identitaire indigéniste stimule la revanche et le racisme", souligne Loyola Guzman, dont les traits typés reflètent le métissage des Boliviens.

Paulo A. Paranagua
Article paru dans l'édition du 18.02.07.

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