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L'Actualité de Frères
des Hommes
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Brésil
: Dossier spécial Elections L’HUMANITE (http://www.humanite.presse.fr) Entretien . Joao Pedro Stedile est le principal leader du Mouvement
des sans-terre. À quelques jours des élections brésiliennes,
il répond aux questions de l’Humanité. Que pensez-vous du nouveau scandale (appelé le « dossier », documents achetés par des intermédiaires du PT pour compromettre deux candidats de droite - NDLR) qui touche aujourd’hui le Parti des travailleurs et la vie politique brésilienne ? Joao Pedro Stedile. Les scandales et les épisodes politico-électoraux qui s’étalent tous les jours dans la presse, font partie du « modus operandi » naturel de la politique des élites brésiliennes. Avec cet événement nauséabond certains s’alarment parce qu’ils découvrent que des personnes du PT sont impliquées. Mais, en réalité le problème n’est pas le PT. Le problème c’est qu’il s’agit d’une pratique courante, traditionnelle de la politique bourgeoise de notre pays. Et quand le PT a comme seule priorité la voie institutionnelle et électoraliste, il adhère aussi à ce « modus operandi ». Mais au-delà de ces dénonciations, le problème de la politique brésilienne, est que nous sommes dans une période de crise idéologique profonde de la gauche et de la classe des travailleurs. Nous traversons une longue période de chute des mouvements sociaux, l’hégémonie de la bourgeoisie dans l’économie et dans la politique est totale. Ainsi, les changements tardent encore un peu plus à s’opérer. Et sûrement il y aurait besoin d’une réorganisation des travailleurs, pour provoquer une « ré-ascension » d’un mouvement social plus grand. Lula, qui jouit d’une forte popularité, a-t-il dans ces conditions particulières une chance d’être réélu ? Joao Pedro Stedile. Lula va gagner les élections et j’espère qu’il le sera dès le premier tour. Bon ! Il va gagner par la conjugaison de divers facteurs sociaux et psychosociaux, notamment la mise en place d’une politique d’aide sociale, compensatoire, à destination des plus pauvres, et ceux-ci maintenant le remercient par leurs votes. Une bonne partie de ces pauvres s’identifie aussi culturellement à lui. En outre, la droite jugeant qu’elle n’avait aucune chance d’emporter l’élection face à Lula a mis en avant un faible candidat, qui est Geraldo Alckmin, préférant mettre le paquet sur l’élection des gouverneurs et des parlementaires. Ainsi, il faut bien voir que si Lula l’emporte, nous aurons une majorité de gouverneurs de droite, et un Congrès plus conservateur que l’actuel. De là notre évaluation : nous allons continuer à avoir un rapport de forces très défavorable pour la classe des travailleurs sur le plan institutionnel. Nous aurons un gouvernement Lula, non de gauche, mais de « composition » avec des forces de droite, de centre et de gauche. La droite aura une large majorité, détiendra les principaux états, et le Congrès. Quel bilan faites-vous du mandat présidentiel, en particulier pour les paysans sans terre et le MST (Mouvement des travailleurs ruraux sans-terre) ? Joao Pedro Stedile. Le bilan du gouvernement de Lula pour la réforme agraire et les paysans est négatif. Il y a eu des mesures positives, comme l’assurance rurale, l’augmentation de ressources affectée au crédit rural, le programme d’énergie électrique pour les domaines. Mais cela a été notablement insuffisant pour mettre en échec le néolibéralisme dans les campagnes. Le néolibéralisme qui est l’expression de l’alliance entre le grand capital financier, les transnationales et les grands propriétaires de type capitaliste, n’a cessé de gagner du terrain dans l’agriculture brésilienne, durant ces dernières quatre années. Nous avons assisté à une plus grande dénationalisation de notre agro-industrie, une perte du contrôle du commerce extérieur sur le plan agricole et à une concentration de la production, du commerce et de la propriété foncière. C’est bien sûr à l’opposé de notre proposition d’un projet de contrôle populaire et rural sur l’agriculture, avec comme priorité la production d’aliments, le marché interne, et la distribution de terres pour les paysans. Quels sont les principaux enjeux de ces élections pour vous et le MST ? Attendez-vous encore quelque chose ? Joao Pedro Stedile. En réalité, les élections ne vont pas changer le rapport de forces. Elles le permettraient peut-être si Alkmin venait à gagner et si les secteurs les plus conservateurs augmentaient leur espace. Du point de vue institutionnel, la victoire de Lula va maintenir un équilibre pour le moins indécis entre la droite, le centre et la gauche. Mais, nous gardons l’espoir que durant le second mandat, les mouvements sociaux et les forces populaires vont réussir à se réorganiser, et étendront les luttes sociales pour provoquer un essor du mouvement de masses. C’est le seul moyen de parvenir à changer la société. Il nous faut commencer à débattre d’un véritable projet de changements dans le pays. Par conséquent, les prochaines quatre années au Brésil, seront très dures et importantes dans la lutte que nous mènerons pour faire échec au néolibéralisme. Je passe l’illusion d’une victoire dans les urnes. Ce dont nous avons besoin maintenant : nous battre dans la rue, dans les entreprises, dans les grandes propriétés, ainsi que dans la presse presque toute détenue par la droite. Entretien réalisé par Bernard Duraud Tous droits réservés © L’HUMANITE |
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