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Côte d'Ivoire :
L'accord de paix en Côte d'Ivoire débouchera sur le retrait des soldats français de "Licorne"

LE MONDE | 05.03.07 | 15h12 • Mis à jour le 05.03.07 | 15h12

"Je suis un homme heureux, comblé (...). C'est le temps de la paix qui est arrivé", a assuré le président Laurent Gbagbo, dimanche 4 mars à Abidjan, de retour de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, où il venait de signer avec le secrétaire général des Forces nouvelles (FN), Guillaume Soro, un accord de paix.

Ce texte doit conduire à une réunification progressive du pays, coupé en deux depuis septembre 2002, et à des élections générales avant la fin de l'année. Le chef de l'Etat devrait s'exprimer prochainement à la télévision ivoirienne. De son côté, le FN " s'engage à appliquer l'accord qui a été signé dans un esprit de réconciliation, dans un esprit de paix", a commenté M. Soro.

Fruit de négociations directes entre les deux parties, entamées le 5 février à Ouagadougou sous l'égide du président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, l'accord publié dimanche fixe les grandes lignes d'une sortie de crise avec un calendrier précis pour sa mise en oeuvre.

L'engagement le plus important du point de vue symbolique est la suppression progressive de la "zone de confiance", cette région tampon entre le Nord et le Sud où patrouillent les casques bleus de l'ONU et les militaires français de l'opération Licorne.

LOI D'AMNISTIE ÉTENDUE

"A titre transitoire, précise l'accord, une ligne vert, allant d'Est en Ouest (...), sera établie et sera jalonnée par des postes d'observation. (Ils) seront occupés par les Forces impartiales (ONU et Licorne) et seront réduits de moitié tous les deux mois jusqu'à leur suppression totale." "Dès maintenant, on peut envisager un retrait progressif de la communauté internationale", a estimé, dimanche, la ministre française en charge du dossier ivoirien, Brigitte Girardin. Quelque 3 500 militaires français participent aujourd'hui à l'opération "Licorne" pour un coût de l'ordre de 250 millions d'euros par an.

Le démantèlement des milices favorables au président Gbagbo est également prévu ainsi que l'intégration des militaires rebelles au sein de l'armée régulière, avec la création d'un centre de commandement intégré auxquels participeront les états-majors des deux camps adverses.

Sur le plan politique, l'accord prévoit la formation d'un nouveau gouvernement "de transition" d'ici à "cinq semaines". Rien n'indique que le chef de la rébellion, M. Soro, le dirigera. Le futur premier ministre sera choisi par consensus. "On peut garder celui qui est là (Charles Konan Banny)", a fait observer M. Gbagbo dimanche soir.

Le plan de paix vise aussi à accélérer l'établissement d'une liste électorale fiable en vue des élections générales prévues d'ici à la fin de l'année (le délai de la fin octobre fixé par l'ONU ne sera sans doute pas respecté). Dans ce but, les "audiences foraines", des juridictions exceptionnelles, vont reprendre sur l'ensemble du territoire. Elles constituent l'étape clé avant la délivrance de cartes d'électeur.

L'accord de Ouagadougou prévoit aussi une extension dans le temps d'une précédente loi d'amnistie. Seuls en seraient exclus les auteurs de crimes contre l'humanité et les responsables de crimes de guerre. En revanche, le texte demande au Conseil de sécurité de l'ONU la "levée immédiate" des sanctions prises contre des responsables ivoiriens - trois personnes, dont deux alliés de M. Gbagbo.

Pour éviter les querelles d'interprétation, une sorte de comité de dialogue va être instaurée qui se réunira sous l'égide du président Compaoré, et comprendra Laurent Gbagbo, Guillaume Soro et les principaux dirigeants de l'opposition. Un comité de suivi doit également voir le jour.

Jean-Pierre Tuquoi

Article paru dans l'édition du 06.03.07.

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