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Côte d'Ivoire :
Guillaume Soro, ex-chef rebelle en Côte d'Ivoire
"Une volonté politique existe" pour partager le pouvoir à Abidjan

LE MONDE | 12.03.07 | 14h39 • Mis à jour le 12.03.07 | 14h39

BOUAKÉ (NORD DE LA CÔTE D'IVOIRE) ENVOYÉ SPÉCIAL

"La question n'est pas tranchée." La question à laquelle, dimanche 11 mars, fait allusion Guillaume Soro, le chef des anciens "rebelles" qui occupent, depuis 2002, le nord de la Côte d'Ivoire, est celle de sa nomination au poste de premier ministre. Depuis la signature, le 4 mars à Ouagadougou, d'un accord présenté comme annonçant la sortie de la crise, elle agite le milieu politique et alimente les conversations.

"Du jour au lendemain avant qu'on discute de quoi que ce soit d'autre, (le président Laurent) Gbagbo m'a proposé le poste. J'ai émis beaucoup de réserves. Ce n'est pas le problème de ma sécurité à Abidjan qui est en cause. Il est facile à résoudre. Mais je n'ai pas encore suffisamment testé la sincérité du chef de l'Etat depuis la signature de l'accord. Sa conversion soudaine est difficile à digérer. Si j'accepte, c'est avec l'assurance que nous allons à des élections", explique au Monde M. Soro, dans sa résidence de Bouaké.

L'ex-rebelle assure ne pas privilégier l'hypothèse de son arrivée à la tête du gouvernement qui sera formé, prévoit l'accord de paix, d'ici à quatre semaines. "C'est une possibilité parmi d'autres. En tout état de cause, je serai un premier ministre plus difficile à manoeuvrer que Charles Konan Banny (actuel chef du gouvernement). Est-ce que Gbagbo est prêt à me supporter ? Pourquoi ne pas opter pour un scénario "à la congolaise" : ne pas avoir de premier ministre mais des vice-présidences pour les principaux responsables de l'opposition." "On peut aussi rechercher un troisième homme acceptable par tous. C'est la solution que je privilégie, assure-t-il sans avancer de nom. Laurent Gbagbo n'a qu'à faire des propositions."

L'accord de Ouagadougou a été bouclé en quelques semaines sous les auspices du président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, alors que les arrangements qu'a tenté d'imposer la communauté internationale (pas moins de 12 en cinq ans) n'ont jamais été respectés. N'est-ce pas le signe qu'un pacte secret existe entre le président et celui qui fut son allié dans les années 1990 ? A Abidjan, on murmure que Guillaume Soro, trop jeune pour se présenter à la présidentielle, aiderait le chef de l'Etat à se succéder à lui-même en échange de son appui la fois d'après.

"ACQUIS ESSENTIELS"

"C'est ridicule, dit M. Soro. Ceux qui à la présidence ou ailleurs imaginent que je pourrai tourner casaque et faire de mes alliés d'aujourd'hui mes ennemis de demain prennent leurs désirs pour des réalités." L'accord de Ouagadougou a réglé des problèmes importants (corps électoral, armée unifiée) et l'organisation d'une élection avant la fin de l'année n'est plus hors de portée. "Ce sont des acquis essentiels pour nous, et le président Gbagbo, je pense, doit avoir du mal à les faire accepter à son camp", commente M. Soro.

Il reste à trouver un compromis sur le partage du pouvoir. C'est l'enjeu des négociations qui vont reprendre dès mardi à Bouaké. "Nous avons des idées là-dessus. Il est possible de trouver une solution en quelques semaines même si ces problèmes bloquent le système politique depuis des années, soutient M. Soro. La différence c'est que, cette fois, une volonté politique existe. Le président a intérêt à ce que le dialogue direct lancé par lui réussisse. Il a plus à perdre que nous en cas d'échec. Je pense qu'il va se montrer plus souple qu'auparavant."

Dans la partie en cours, M. Soro est convaincu de l'emporter sur son adversaire. Je vais "le feinter, le dribbler", affirme-t-il, avant de reconnaître qu'une victoire de M. Gbagbo à l'élection présidentielle n'est pas à écarter même si l'arithmétique électorale l'exclut. "Ce serait imprudent de prédire sa défaite, conclut le chef des Forces nouvelles. Tout est possible."

Jean-Pierre Tuquoi

Article paru dans l'édition du 13.03.07

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