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Côte d'Ivoire :
Laurent Gbagbo cherche à court-circuiter les Nations unies

REUTERS
mercredi 20 décembre 2006, 21h40

ABIDJAN (Reuters) - En dévoilant son propre plan de paix, le président ivoirien Laurent Gbagbo cherche à contourner le processus de paix établi par l'Onu, une attitude qui, selon les milieux diplomatiques, ignore les principales revendications des rebelles et a peu de chances d'emporter l'adhésion des parties concernées.

Mardi soir à la télévision, il a proposé un plan en cinq points de réunification de son pays, coupé en deux depuis la guerre civile de 2002-2003. Il prône notamment la disparition de la "zone de confiance" patrouillée par les 11.000 casques bleus de l'Onu et militaires français de l'opération "Licorne".

Gbagbo suggère de négocier directement avec les Forces nouvelles, les ex-rebelles qui tiennent le nord de l'ancienne colonie phare de la France en Afrique de l'Ouest.

Ce plan apparaît comme un camouflet pour la "feuille de route" soutenue par l'Onu et présentée en novembre et à laquelle le chef de l'Etat fait, selon ses adversaires, obstacle.

L'opposition politique regroupée au sein du RHDP a rejeté ce qu'elle considère comme une tentative de Gbagbo de retarder le processus de paix sous parrainage international.

"Ces mesures n'ont pour objectif que de permettre à Laurent Gbagbo de gagner du temps sans se préoccuper aucunement de la résolution réelle de la crise, de se passer de l'opposition politique et de disqualifier la Cedeao, l'UA et le Conseil de sécurité de l'Onu", dit un communiqué du RHDP.

A New York, le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan est "profondément préoccupé" par l'impasse qui persiste en Côte d'Ivoire et engage Gbagbo et le Premier ministre de transition, Charles Konan Banny, à engager "un dialogue politique continu", a fait savoir son porte-parole Stéphane Dujarric.

Les Forces nouvelles ont refusé de commenter le plan Gbagbo qui, selon certains diplomates, a très peu de chance de débloquer la situation.

"(Gbagbo) cherche, à l'évidence, à contourner (le plan de l'Onu), il se comporte comme si l'unique problème est le désarmement des rebelles", a déclaré un diplomate à Reuters.

ELECTIONS EN JUILLET PROCHAIN ?

Le chef de l'Etat préconise des solutions de paix entre Ivoiriens, jugeant que les efforts déployés par la communauté internationale ont échoué et conduit à l'impasse.

"L'objectif de toutes ces propositions est de mettre un terme à la crise par des élections. Je souhaite que des élections se tiennent le plus rapidement possible", a expliqué Gbagbo, en ajoutant que les élections, retardées depuis longtemps, pourraient avoir lieu d'ici juillet 2007, soit trois mois avant la date-butoir fixée par l'Onu.

Le plan des Nations unies confie au Premier ministre Konan Banny le soin de procéder au désarmement des rebelles et à l'organisation d'élections d'ici à la fin octobre 2007.

Gbagbo affirme, quant à lui, vouloir boucler les négociations sur le désarmement d'ici à la fin janvier.

Mais son plan n'aborde pas directement la principale préoccupation des rebelles, l'obtention de papiers d'identité avant le dépôt des armes. Ils contestent en outre le cadre dans lequel doit se faire l'établissement de documents d'identité, qui doit en principe reprendre dans les semaines à venir.

"Le processus d'identification (des électeurs) est primordial si l'on veut régler la crise (...) et pourtant Gbagbo n'en dit mot", dit le diplomate, qui juge improbable que les rebelles désarment sans que cette revendication aboutisse.

Gbagbo rejette aussi toute mesure du plan de l'Onu qui limiterait son autorité constitutionnelle, et il s'est trouvé à cet égard en conflit avec Charles Konan Banny.

Gbagbo a estimé d'autre part dans son allocution qu'il fallait envisager l'idée du remplacement du gouvernement de réconciliation dirigé par Banny, mais pas dans un avenir proche.

Le plan Gbagbo propose aussi d'actualiser une loi d'amnistie au bénéfice des insurgés et de mettre sur pied un nouveau programme de formation et de réinsertion professionnelle des jeunes ouvert aux combattants des Forces nouvelles et visant à lutter contre le chômage aggravé par les hostilités.

Pour un diplomate européen, le plan Gbagbo ne semble pas assez attractif pour convaincre les rebelles tant que leurs exigences ne seront pas satisfaites.

"Je ne vois pas vraiment ce qu'il pourrait lâcher pour obtenir en échange de leur approbation", avance ce diplomate. "Gbagbo a déjà tenté par le passé de régler la crise directement avec eux. Les rebelles ont toujours répondu qu'à leur yeux le cadre de paix était (le plan élaboré par les Nations unies)", souligne-t-il.

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