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Côte-d'Ivoire : haro sur les immigrés
Gbagbo fait pression sur ses voisins en menaçant leurs ressortissants.

LIBERATION
QUOTIDIEN : Vendredi 6 octobre 2006 - 06:00

Par Thomas HOFNUNG

La menace est aussi inédite qu'inquiétante. A la veille d'une réunion des Etats ouest-africains de la Cédéao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest) sur la crise en Côte-d'Ivoire, un proche de Laurent Gbagbo les a avertis publiquement. «La Cédéao ne doit pas oublier qu'elle a des millions de ressortissants en Côte-d'Ivoire. Chacun de ces pays doit penser à ceux-ci», a lancé à Abidjan le chef du parti de Gbagbo, Pascal Affi N'Guessan. La Cédéao se réunit aujourd'hui, au Nigeria, pour élaborer un nouveau schéma de sortie de crise. Faute de progrès dans le processus de réconciliation, les élections prévues initialement à la fin octobre en Côte-d'Ivoire ont été reportées sine die, pour la seconde année consécutive.

L'avertissement est sérieux. Depuis le début de la crise, à l'automne 2002, le clan Gbagbo annonce clairement les actions qu'il va entreprendre quand il se sent menacé. Jusqu'aux graves émeutes de novembre 2004 et le départ de l'essentiel des familles, ce sont les Français qui ont été principalement visés. En janvier dernier, c'est l'ONU qui a été attaquée par les patriotes, proches du président ivoirien. Hier, la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a fait état de «provocations» en préparation contre les soldats français en Côte-d'Ivoire. Les immigrés burkinabés ou maliens ont eux aussi été régulièrement pris pour cible, le régime d'Abidjan accusant leurs pays de soutenir les rebelles qui contrôlent le nord de la Côte-d'Ivoire.

L'avertissement qui leur a été adressé pour la première fois par un haut responsable ivoirien émane de l'ancien Premier ministre signataire des accords de Marcoussis (2003), jadis considéré comme un «modéré» au sein du régime. Il s'explique par la peur qui règne dans l'entourage de Gbagbo. Depuis des mois, le président ivoirien s'ingénie à retarder le renouvellement des listes électorales pour mieux rester au pouvoir. Aujourd'hui, la France et ses alliés sur le continent africain semblent déterminés à neutraliser ses capacités d'obstruction.

A la fin de son mandat, en octobre 2005, le Conseil de sécurité de l'ONU avait décidé de maintenir Gbagbo pour un an à la tête de la Côte-d'Ivoire, le temps d'organiser les élections. Ce vendredi, la Cédéao pourrait recommander au Conseil de sécurité une nouvelle prolongation, tout en dépouillant de l'essentiel de ses prérogatives le chef de l'Etat au profit du Premier ministre Charles Konan Banny. Une option à haut risque : «Si ses pouvoirs sont rognés, Gbagbo va lâcher les patriotes dans les rues d'Abidjan ; s'ils sont maintenus, ce sont les jeunes de l'opposition qui vont s'agiter», redoute un diplomate occidental.

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