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Economie solidaire :
Dossier : Le micro crédit nobélisé !

Rajagopal, responsable du mouvement gandhien Ekta Parishad, organisation partenaire de FDH en Inde, nous a fait partager son point de vue sur l’attribution du Prix Nobel de la paix au créateur du micro-crédit et à la Grameen banque fonféqu’il a fondé.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Sabine Benjamin – Frères des Hommes France
Paris, le 27/10/06

Quels commentaires avez-vous à faire sur l’attribution du Prix Nobel de la paix au créateur du micro-crédit et à la Grameen Bank ? Que pensez-vous de cet outil présenté par beaucoup comme une panacée de lutte contre la pauvreté ?

« Nous sommes tous heureux que le Prix Nobel ait été attribué à Yunus car le micro-crédit a été une idée très novatrice pour lutter contre la pauvreté. Mon problème est que ce système ne met pas l’état face à ses responsabilités. Vous demandez à des pauvres de collecter des fonds et de les utiliser correctement. C’est une bonne technique mais dans quelle mesure cela met-il l’état face à ses responsabilités ? Si nos actions contribuent à ne pas mettre l’état face à ses responsabilités ou si nos actions l’aident à ne pas l’être, cela me pose une réel problème.

De plus, le micro-crédit a t’il vraiment résolu la question de la pauvreté ou est il une extension du marché pour les multinationales ?

En Inde, j’ai pu voir de nombreux bénéficiaires du micro-crédit vendre dans leurs petites échoppes des produits manufacturés de multinationales. Ils en retirent certes une petite commission mais dans ce cas, dans quelle mesure le micro-crédit devient il un outil d’expansion pour les compagnies nationales et multinationales ?

C’est pourquoi, dans ce contexte je me bats pour une distribution équitable de la terre. En effet, à travers cette redistribution, on peut créer des revenus pour les familles afin qu’elles puissent acheter ce dont elles ont besoin.

Pourquoi ne recherche t’on pas une solution permanente pour générer des revenus plutôt que de pousser les plus pauvres à épargner le peu d’argent qu’ils ont afin qu’ils achètent ensuite des produits de multinationales ?

D’un côté, je suis content de l’attribution du prix Nobel car c’est une forme de reconnaissance d’une idée novatrice et il méritait d’être reconnu mais le micro-crédit en soit doit faire l’objet de toute notre attention notamment dans la manière dont il est utilisé. Partout sur cette planète, des gens ont intégré ce système mais ils ne sont pas dans une logique de lutte contre l’état. Ils sont enserrés dans la gestion des quelques sous et ne sont pas en mesure de lutter contre des sujets plus larges tels que la corruption, l’injustice, l’exploitation, l’exercice de la citoyenneté.

Le micro-crédit est avant tout une action économique et à moins que cela devienne une action politique, son effet ne sera que très, très, très limité.

Il est important aussi de passer du micro-crédit à la micro-entreprise car avec le micro-crédit vous ne créez pas d’argent neuf, vous tournez toujours avec votre propre argent. On garde et on donne. Cela donne une image erronée de ce qui se passe dans les villages. Les autorités locales se disent que les villageois s’en sortent avec leur propre argent alors ils estiment ne pas devoir les soutenir !

Je crois vraiment qu’aucune de nos actions ne doit dispenser l’état d’assumer ses responsabilités. Les gens ne doivent pas être les seuls à tenter de s’en sortir.

L’état doit aussi jouer un rôle dans la vie des plus pauvres et ne pas exclusivement agir en faveur des multinationales.

L’état opprime le peuple et lui demande conjointement de se débrouiller en économisant ce qu’il peut pour survivre ! Ce petit jeu ne devrait pas être permis ! »

© Frères des Hommes France – Novembre 2006

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