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L'Actualité de Frères
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solidaire : Le micro-crédit nobélisé Le 13 octobre dernier, le comité Nobel a décerné le Prix Nobel de la Paix 2006 au bangladais M. Mohamad Yunus et à la « Grameen Bank », considérés comme des pionniers du micro-crédit. Sans dénier à ce système de réelles vertus en matière de lutte contre la pauvreté, cet outil est il vraiment la panacée décrite par nombre d’articles ? Quelles en sont ses vertus et ses limites ? A vous de voir ! Les partenaires de FDH, acteurs de la société civile de divers pays du Sud nous font aussi partager leurs points de vue.
Articles de Presse
Pour en savoir plus sur la Grameen Bank ou " la Banque des pauvres" (www.grameen.com)
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LIBERATION C'est un nouveau «produit» Danone, qu'on ne trouvera pas dans nos rayons de pays riches. Cela s'appelle «Danone.Communities». Et c'est un fonds d'investissement, une joint-venture entre le numéro 1 mondial des produits laitiers frais et le numéro 1 mondial du microcrédit, la Grameen Bank. Le premier était représenté hier par Franck Riboud, le second par son président et nouveau prix Nobel de la paix, le Bangladais Mohammed Yunus. On peut rêver pire comme plan com avec un tel VRP de luxe chargé d'adouber un projet social dont il sera, au passage, le vice-président... L'annonce de partenariat, fruit de la «Danone way», «une nouvelle approche de la responsabilité sociale de l'entreprise» , selon l'entreprise agroalimentaire, coïncidait hier avec le début de la production d'une usine au Bangladesh. A Bogra (nord de Dacca) où devraient être produites 3 000 tonnes de yaourts à partir du lait de «300 microfermes de quatre vaches en moyenne» , rappelle Riboud, créées avec des microcrédits de la Grameen Bank. Deux nouvelles usines devraient voir le jour courant 2008 ; une cinquantaine à terme. En Asie, mais aussi en Amérique latine et en Afrique. «En vitesse de croisière, nous souhaitons lever une masse de 50 à 100 millions d'euros» , dit Emmanuel Faber, directeur général Asie-Pacifique de Danone. Laquelle compte apporter 20 % du capital initial du fonds, ouvert aux actionnaires du groupe, aux salariés, aux particuliers et aux groupes intéressés. Le Japonais Yakult, avec qui Danone a conclu en 2004 une alliance stratégique, est déjà sur les rangs. Un «petit profit symbolique» , compris entre 1 et 3 % du capital investi reviendra aux actionnaires. Le reste étant alloué à la construction d'autres usines. «Grameen ladies». On l'aura compris, Danone ne se lance pas dans une fondation philanthropique. Mais un fonds social, nuance. Pas une ONG, mais un «projet dont l'ambition est la maximisation d'objectifs sociaux et non la maximisation de profits». La maximisation, aussi de l'image de bienfaiteur chère à beaucoup de grandes firmes. Danone.Communities compte s'appuyer sur les «200 000 Grameen ladies» , qui «bénéficient» de prêts à taux élevé, de l'ordre de 20 % en moyenne, pour relayer l'idée, selon Riboud, «que ce fonds est comme le frottement de la roue d'une voiture sur le bitume». Rien de révolutionnaire donc : «de l'efficacité sociale du capital» , selon Danone, à l'image du microcrédit, à l'utilité réelle, mais qui n'est que le financement des pauvres par eux-mêmes. Yunus, dont Riboud disait hier : «Vous êtes le Zidane du microcrédit» , le sait bien. «Il y a treize mois, lorsque je l'ai rencontré pour la première fois, je n'étais pas sûr que monsieur Riboud savait ce qu'était le social business, je lui ai donc envoyé un mail» , a d'ailleurs dit hier Yunus. Monsieur Riboud a beaucoup appris depuis. Exhumant même un discours de son père, Antoine, fondateur du groupe, devant le Medef d'alors, en 1972. Il est question de «mettre l'industrie au service des hommes» , de «croissance» qui ne doit pas «être une fin en soi» . De René Char. «Marketing». Riboud fils rêve à son tour d'inventer «un nouveau modèle social» . Voire. Est-ce vraiment utile de vendre ce «business social» en l'enrobant avec le packaging suivant : «Apporter la santé par l'alimentation», ou d'aller jusqu'à dire : «Nos produits peuvent aider des enfants victimes de diarrhée dans les pays pauvres» ? Riboud est plus crédible lorsqu'il assume : «Je ne veux pas faire la charité. On n'est pas là pour sauver la planète.» Ou quand il parle «marketing» ; et de ces consommateurs rangés de A (les plus nantis) à E (les plus démunis) : «Jusqu'à présent, Danone ne s'intéressait qu'aux A, B et C. Désormais, nous allons proposer des produits aux D ou aux E.» |
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LE MONDE | 15.11.06 Pour les acteurs du microcrédit, il y aura un "avant" et un "après" Muhammad Yunus. L'attribution du prix Nobel de la paix, le 13 octobre, à cet économiste bangladais de 66 ans - considéré comme le père de cette méthode de développement qui accorde aux plus démunis des crédits leur permettant de démarrer ou de poursuivre une activité économique – a mis en lumière ce secteur méconnu et innovant de l'économie. Elle a surtout conféré une reconnaissance internationale à cet outil de lutte contre la pauvreté. En trente ans d'existence, le microcrédit a prouvé son utilité sociale. Si ses origines remontent aux premières coopératives bancaires allemandes du XIXe siècle, il est né sous sa forme moderne dans les années 1970 simultanément en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Selon des chiffres admis par la Banque mondiale, il aurait permis de sortir 60 millions d'individus dans le monde de la misère ou de l'exclusion. Même s'il a eu des ratés ou a suscité d'indéniables abus (comme la prolifération d'usuriers en Inde), le succès du microcrédit est tel que cette "technique du Sud" est aujourd'hui copiée par tous les grands pays industriels, comme les Etats-Unis, le Canada, la Norvège voire la France. Bien qu'ils ne soient pas confrontés au même phénomène de grande pauvreté, ces Etats voient dans le microcrédit le moyen de pallier les carences de leurs grandes banques commerciales, dont beaucoup rechignent à offrir des services aux exclus sociaux, fussent-ils solvables... Le microcrédit n'est donc plus une activité de "niche", réservée aux Etats les plus pauvres, mais un secteur économique à part entière, et en plein développement. Mais si l'offre de microcrédits s'étend, l'essentiel du marché de la microfinance - concept plus large que le seul microcrédit, qui inclut une importante gamme de services financiers, dont l'assurance, l'épargne et les moyens de paiement - reste localisé dans les pays en voie de développement, où s'expriment les grands besoins en matière d'accès au crédit. Les données les plus précises sont fournies par le réseau international Microfinance Information Exchange (MIX). Se basant sur les déclarations qu'il a reçues, celui-ci recense 1275 institutions de microfinance - organisations non gouvernementales (ONG), banques, coopératives, etc. - sur les cinq continents. Ensemble, ces institutions consentent des crédits à 102 millions d'emprunteurs. L'Asie, l'un des grands berceaux du microcrédit, concentre, sans surprise, une grande partie de l'offre et de la demande : on y trouve 37 % des institutions de microfinance identifiées par le MIX, dont les plus grandes "banques de pauvres" du monde (outre la Grameen Bank de M. Yunus, l'ASA et la BRAC au Bangladesh, la BRI en Indonésie). Surtout, on y trouve 85 % des bénéficiaires. D'autres estimations qui prennent en compte non seulement les institutions de microfinance mais l'ensemble des "programmes de microfinance" (ceux des banques commerciales classiques et des grands bailleurs de fonds internationaux, comme la Banque mondiale) donnent des chiffres encore plus importants. Ainsi, selon l'ONG Planet Finance de Jacques Attali, il existerait jusqu'à 10 000 programmes de microfinance dans le monde, qui toucheraient 500 millions d'individus ! Environ 20 % d'entre eux appartiendraient à la catégorie des "très pauvres" au sens de la Banque mondiale, c'est-à-dire ces 100 millions de personnes vivant avec moins de 2 dollars par jour... Lors du 10e sommet mondial sur le microcrédit, réuni du 12 au 15 novembre à Halifax (Canada), les intervenants du secteur se sont fixé pour but de toucher "175 millions de personnes parmi les pauvres au monde", à l'horizon 2015. D'un continent à l'autre, d'une situation économique à l'autre, les modèles de microcrédit diffèrent. Ce qui est mis en place au Bangladesh, pays de M. Yunus et de sa Grameen Bank, fondée en 1976 et désormais dotée de 6 millions de clients, n'a pas grand-chose de commun avec ce qui se pratique aux Etats-Unis ou en Europe occidentale. Ainsi, pour sortir les paysans bangladais de la misère, la Grameen Bank leur propose des prêts de faible montant - de l'ordre de quelques dizaines ou centaines d'euros - finançant toutes sortes d'activités (petit commerce, artisanat, élevage, etc.). Assortis de taux d'intérêt assez élevés, ces crédits ont vocation à être rapidement remboursés. Ils sont à plus de 90 % contractés par les femmes (considérées comme les premières victimes de l'exclusion financière) au sein de groupes d'emprunteurs solidaires. Ceux-ci sont "au nombre de cinq, comme les cinq doigts de la main", a coutume de souligner M. Yunus. Très loin de ce système, en France, l'Association pour le droit à l'initiative économique (ADIE), créée en 1989 pour suppléer le système bancaire traditionnel, aide RMistes et chômeurs à se réinsérer, à créer leur propre emploi. Ses crédits sont consentis à des taux d'intérêt moindres et peuvent atteindre 10 000 euros, remboursables en deux ans maximum. Sébastien Duquet, directeur général de Planet Finance, résume ainsi cette différence d'approche : "Deux modèles coexistent. L'un vaut pour les pays industrialisés et est centré sur la création d'entreprises, avec des prêts individuels à taux d'intérêt bas, voire bonifiés par l'Etat, compris entre 2 000 et 15 000 euros. L'autre, en vigueur dans les pays du Sud, met en place des crédits de moindre montant, plus courts et plus chers, souvent collectifs et servant la plupart du temps à financer des activités déjà existantes." Cependant, s'il a le vent en poupe et contribue à réduire la pauvreté dans le monde, le microcrédit ne doit pas être pris pour ce qu'il n'est pas, c'est-à-dire un instrument de création de richesses à part entière, une réponse à des politiques publiques défaillantes. "Le microcrédit est une solution parmi d'autres, explique M. Duquet. Mais il ne remplacera jamais les financements publics, pas plus l'école que les hôpitaux ou les routes, conditions d'une croissance économique durable." Si chaque grande institution de microfinance peut se targuer d'un exemple de réussite emblématique - l'entrepreneur qui, à partir d'un microcrédit, a bâti une entreprise employant 300 salariés -, les "success stories" sont rares. Partout dans le monde, le microcrédit est surtout un formidable vecteur d'insertion sociale, qui permet aux bénéficiaires de nourrir leur famille, d'éduquer leurs enfants et de leur donner l'accès aux soins ou d'avoir un toit. Anne Michel Article paru dans l'édition du 16.11.06. |
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Les Bangladais euphoriques célèbrent leur Nobel de la paix Par Shafik ALAM DACCA (AFP) - Des milliers de Bangladais en liesse tentaient de se frayer
un chemin, samedi à Dacca, autour du domicile de Muhammad Yunus,
le Nobel de la paix 2006 devenu gloire nationale dans un pays qui compte
parmi les plus pauvres du monde. |
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Le "docteur Yunus", prix Nobel de la paix, a changé leur vie lundi 16 octobre 2006, 8h59 BASTA, Bangladesh (Reuters) - Il y a dix ans, Banesa Khatun était
pauvre parmi les plus pauvres. Grâce à Muhammad Yunus, qui
a reçu vendredi le prix Nobel de la paix, elle vit aujourd'hui
une vie décente, dans le village bangladais de Basta, à
45 kilomètres de Dacca, la capitale. |
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Muhammad Yunus, un Nobel "prêteur d'espoir" Anne Michel Le Bangladais Muhammad Yunus a obtenu, vendredi 13 octobre, le prix Nobel
de la paix pour avoir créé la Grameen Bank, une banque pour
les pauvres et détenue par eux. Fondée il y a trente ans
au Bangladesh - l'un des pays les plus pauvres de la planète -
pour offrir des microcrédits aux exclus du système bancaire,
cette institution y a déjà permis la réinsertion
sociale de plusieurs millions de personnes. |
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LA NATION Micro-crédit, macro problèmes Walden Bello L’attribution du Prix Nobel de la Paix à Muhammad Yunus, considéré comme le père du micro-crédit, survient à un moment où le micro-crédit est devenu une sorte de religion pour de nombreuses personnes ayant pouvoir, fortune et renommée. Hilary Clinton parle régulièrement de son voyage au Bangladesh, patrie de Yunus, où elle s’est sentie “inspirée par le pouvoir de ces prêts qui aident y compris les femmes les plus pauvres à créer des commerces, permettant ainsi à leurs familles et leurs communautés de sortir de la pauvreté". Tout comme la libérale Clinton, le néo conservateur Paul Wolfowitz, actuel président de la Banque Mondiale s’est converti à la religion lors d’un récent voyage dans l’état de l’Andhra Pradesh, en Inde. Avec la ferveur du converti, il parle du « pouvoir transformateur » du micro-financement. « J’ai pensé qu’il ne s’agissait peut être que d’un seul projet qui avait connu un succès dans une bourgade mais en allant dans un autre village, j’ai rencontré la même histoire. Cette nuit là, j’ai rencontré plus de cent femmes responsables de groupes entraide et je me suis rendu compte que ce programme ouvre des opportunités pour les femmes pauvres et leurs familles, soit en tout 75 millions de personnes ». Il ne fait aucun doute que Yunus, économiste du Bangladesh, a conçu une idée porteuse qui a transformé la vie de millions de femmes pauvres et peut être que, rien que pour cela, il mérite le Prix Nobel. Mais Yunus, ou du moins le jeune Yunus, qui au départ ne comptait pas sur l’aide des institutions internationales, ne voyait pas sa Grameen Banque comme la panacée. Ce sont d’autres, comme la Banque Mondiale et les Nations Unies qui l’ont élevé à ce statut (d’aucuns disent qu’ils en ont même convaincu Yunus que c’est la panacée). Le micro-crédit est donc maintenant présenté comme une voie relativement indolore du développement. Grâce à sa dynamique établissant la responsabilité collective du remboursement d’un groupe de femmes emprunteuses, il est certain que le micro-crédit a permis, de fait, à de nombreuses femmes de dépasser l’extrême pauvreté. Toutefois ce sont surtout les femmes modérément pauvres, plus que les très pauvres, qui en bénéficient et rares sont celles qui peuvent affirmer qu’elles sont sorties de l’instabilité de la pauvreté de manière permanente. Peu d’entre elles pourraient même prétendre que le degré d’autosuffisance et la capacité d’envoyer leurs enfants à l’école qui découleraient du micro-crédit, seraient des indicateurs de leur ascension au niveau de prospérité de la classe moyenne. Comme le remarque la journaliste économique, Gina Neff, "après 8 années de demande de prêts de la Grameen, 55% des foyers emprunteurs ne peuvent toujours pas satisfaire leurs besoins alimentaires de base. Nombre de femmes utilisent les prêts pour acheter de la nourriture au lieu de les investir dans un commerce”. En effet, Thomas Dichter, qui a étudié le phénomène à fond, affirme qu’il est surestimé de penser que le micro-financement permet aux bénéficiaires de sortir de la pauvreté et de devenir des micro-entrepreneurs. Concernant la dynamique du micro-crédit, Dichter affirme que les clients qui ont une plus grande expérience ont commencé en utilisant leurs propres ressources et bien qu’ils n’aient pas progressé beaucoup (et ils ne le peuvent pas parce que le marché est simplement trop limité), ils ont un volume de ventes suffisant pour continuer à acheter et à vendre. Ils le feraient probablement avec ou sans le micro-crédit. « Avec eux, les prêts sont souvent réorientés vers la consommation, car ils disposent rapidement d’un montant relativement important, comme un luxe qu’ils se donnent puisque autrement, leur volume de ventes quotidiennes ne leur permet pas». Il conclut : "Le micro crédit n’a définitivement pas fait ce que la majorité des enthousiastes du micro-crédit prétendent qu’il peut faire : fonctionner comme un capital affecté à l’augmentation de la rentabilité d’une activité entreprenariale ". De là découle le grand paradoxe du micro crédit qui selon Ditcher, réside dans le fait que "les gens les plus pauvres peuvent faire très peu de choses productivement parlant, avec le crédit. En réalité, ceux qui peuvent faire plus n’ont pas tant besoin du micro crédit mais plutôt de crédits plus importants et à des conditions différentes (souvent à plus long terme)". En d’autres termes, le micro crédit est un outil important en tant que stratégie de survie mais ce n’est pas la clé du développement. Ce dernier exige non seulement des investissements massifs, intensifs en capital et dirigés par l’Etat pour construire des industries. Il doit également s’attaquer frontalement aux structures des inégalités, telle que la concentration de la propriété de la terre qui prive systématiquement les pauvres de ressources pour échapper à la pauvreté. Les programmes de micro crédit finissent par coexister avec ces structures enracinées et non par les transformer . Ils servent de filet de sécurité pour ceux qui sont exclus et marginalisés par elles. Non, Paul Wolfowitz, le micro crédit n’est pas la clé pour mettre fin à la pauvreté qui existe parmi les 75 millions de personnes, en Andhra Pradesh. Continuez à rêver. Peut être, que l’une des raisons d’un tel enthousiasme pour le micro-crédit dans les cercles de « l’establishment » actuel, est qu’il s’agit d’un mécanisme basé sur le marché qui a bénéficié d’un certain succès, alors que d’autres programmes basés sur le marché se sont fracassés en mille morceaux. Les programmes d’ajustement structurel qui ont fait la promotion de la libéralisation du commerce, de la dérégulation et de la privatisation ont engendré une plus grande pauvreté et inégalité dans la majeure partie du monde en développement. Durant le dernier quart de siècle, ils ont fait de la stagnation économique une condition permanente. De nombreuses institutions, comme la Banque Mondiale qui ont fait et continuent à faire la promotion de ces macro-programmes (parfois sous de nouvelles étiquettes comme les « Papers de stratégie de Réduction de la Pauvreté ») ayant échoué, sont les mêmes qui font la promotion des programmes de micro-crédit. En termes plus généraux, le micro-crédit peut être considéré comme le filet de sécurité pour des millions de personnes déstabilisées par les macro échecs provoqués à grande échelle, par l’ajustement structurel. Il y a eu des avancées dans la réduction de la pauvreté dans quelques lieux comme la Chine, où contrairement au mythe, ce sont les politiques très dirigées par l’Etat et non le micro-crédit qui ont été le facteur central de sortie de la pauvreté pour 120 millions de chinois. Alors, la meilleure manière d’honorer Muhammad Yunus est probablement de dire, oui il mérite le Prix Nobel pour avoir aidé tant de femmes à faire face à la pauvreté. Ses acolytes discréditent ce grand honneur et tombent dans la démagogie, quand ils prétendent qu’il a inventé une nouvelle forme d’un capitalisme plein de compassion – le capitalisme social ou « l’emploi social » - qui serait une baguette magique pour en finir avec la pauvreté et promouvoir le développement. Traduit de l’espagnol par Sabine Benjamin |
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Développement. Le Bangladais Mohammed Yunus, fondateur
de la Grameen Bank, reçoit le Nobel de la Paix pour son système
d'aide aux démunis. Par Christian LOSSON Faire de l'économie autrement est donc une manière de promouvoir la paix différemment. Mohammed Yunus aurait pu (dû ?) être nobélisé en économie : le voilà couronné pour oeuvre de pacification. Autour d'un thème clé du XXIe siècle : le développement. L'académie norvégienne a le mérite du contre-pied : à l'heure où les inégalités entre pays et à l'intérieur des pays explosent, elle consacre conjointement Yunus, le «prophète» du microcrédit, et sa création : la Grameen Bank. «Une paix durable ne peut pas être obtenue sans qu'une partie importante de la population trouve les moyens de sortir de la pauvreté», justifie le comité Nobel norvégien. En ces temps de glorification de l'économie casino, des parachutes (dorés) et des salaires (démesurés) des patrons, et du triomphe d'une mondialisation libérale, voilà un prix symbolique. «Arme utile». Sur un point au moins : la reconnaissance que, sans développement réel, nulle paix n'est possible. «Et nul mur, aussi haut soit-il, entre le Mexique et les Etats-Unis, l'Europe et l'Afrique, ne résoudra rien, si ce n'est par l'absurde», lâche un haut responsable du Programme des Nations unies pour le développement. On s'emballe ? «Non, on touche au coeur du sujet, répond Maria Nowak, promoteur du microcrédit en France et qui connaît Yunus depuis les années 80. La pauvreté et l'exclusion sont le terreau des guerres, des terrorismes et de l'immigration massive. Et les microcrédits sont une arme utile : ça change des "éléphants blancs", ces mégaprojets qui ne mobilisent pas les individus.» Martha Stein-Sochas, directrice de la division banques et marchés financiers de l'Agence française de développement, ne dit pas autre chose : «Seule une croissance économique équitable peut stabiliser et pacifier les pays. Et la microfinance (épargne, crédit, etc.) joue un rôle inclusif essentiel.» Parce qu'elle jette les bases de prêts potentiellement étendus à 3 milliards de personnes vivant sous le seuil de pauvreté (2 dollars par jour) et autant d'exclus du système bancaire ? Non, rétorque un expert, parce que, «se prendre en main, ça change aussi de l'infantilisation» des programmes de développement dessinés dans les bureaux des institutions internationales. «Le Nobel vient saluer une des rares expériences de développement, avec la démocratie participative, qui vient du Sud», ajoute, radieux, Bernard Pinaud, du Crid, un réseau de solidarité français. Belle idée, à condition d'en reconnaître les limites : incapables de rembourser, des clients acceptent des crédits relais auprès d'autres institutions ; d'autres se servent uniquement du cash pour payer les dépenses de consommation. Ou de survie. «ça sert au capital humain», répond un microfinancier... Récupération. «Eliminer la pauvreté dans le monde, reconnaît le comité Nobel norvégien, [...] ne peut être concrétisé avec comme seul outil le microcrédit.» Le microcrédit ou, plus largement, la microfinance, ne sont pas l'alpha et l'oméga pour sortir du mal-développement. «Cela ne remplace pas la démocratie, les infrastructures et les échanges commerciaux régionaux», concède Jacques Attali, président de Planet Finance. Après avoir suscité la défiance, la méfiance des banques, le microcrédit est aujourd'hui récupéré par ces mêmes banques. Microcrédit, microcrédibilité ? Non, un levier parmi d'autres pour bouger les choses. Les altermondialistes l'ont compris. Absents lors des premiers forums sociaux mondiaux (2001, Porto Alegre), les tenants de l'économie solidaire dont les microfinanciers ont désormais droit à autre chose que les strapontins. Preuve, peut-être, qu'il n'y a pas de voie unique pour changer les faces du monde. |
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Le micro-crédit, un modèle de développement durable Par Par Isabel MALSANG PARIS (AFP) - Les initiatives de micro-crédit, sur le modèle de la Grameen Bank au Bangladesh - qui a reçu vendredi le Prix Nobel de la Paix, avec son fondateur Muhammad Yunus - se multiplient dans le monde, avec en filigrane la promotion d'un nouveau modèle de développement durable. En une décennie, les "banquiers aux pieds nus" ou les "banquiers des pauvres", comme ils sont surnommés, se sont imposés auprès des organisations internationales -Onu ou Banque mondiale notamment-, des organisations non gouvernementales et des pouvoirs publics, comme une des solutions à l'extrême pauvreté du sud, mais aussi dans les pays industrialisés. La micro-finance fait référence à tous les programmes de services financiers qui offrent des crédits aux personnes en situation d'extrême pauvreté, afin de leur permettre un travail autonome. Selon le rapport 2005 de "l'Etat de la campagne du sommet du micro-crédit" soutenu par plusieurs organisations internationales, gouvernements et ONG, au 31 décembre 2004, 3.164 institutions de micro-crédit desservaient près de 100 millions de clients dans le monde, dont 66,6 faisaient partie des plus pauvres lorsqu'ils ont souscrit leur premier emprunt. Un prêt peut être de 15 euros seulement. Par extension, en estimant qu'il y a en moyenne cinq personnes par famille, ces clients ont permis de soutenir plus de 300 millions de personnes dans le monde, soit l'équivalent de la population de la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, les Pays-Bas, la Suisse et la Norvège réunis, souligne le rapport. De sa création en 1976 à 2006, la Grameen Bank a ainsi déboursé 5,7 milliards de dollars à plus de 6 millions d'emprunteurs, parmi lesquels 95% étaient des femmes. Derrière les statistiques se cachent des visages et des histoires individuelles, comme celle de Janet Deval, cliente de Fonkoze (institution de micro-crédit en Haïti), citée dans le rapport. "Je travaille dur au marché pour pouvoir rembourser mes emprunts, me rendre à l'école et permettre à mes enfants d'avoir aussi cette opportunité", explique Janet, qui a reçu plusieurs crédits lui permettant d'apprendre à lire et écrire, et à mieux gagner sa vie sur le marché où elle travaille. En général, le niveau de remboursement des micro-prêts se révèle meilleur que pour les prêts conventionnels, malgré parfois des taux d'intérêts relativement élevés. Certains remettent néanmoins en cause aujourd'hui l'efficacité du modèle, en faisant valoir, comme l'ancien Pdg de Microsoft (NASDAQ: MSFT - actualité) et mécène Bill Gates, que les pays du Sud doivent d'abord résoudre leurs problèmes d'infrastructures lourdes, portant notamment sur l'accès à l'eau et à la santé. Selon Jean-Michel Servet, professeur d'économie du développement à Genève, et auteur de l'ouvrage "Banquiers aux pieds nus" paru en 2006, le micro-crédit peut être une solution aux problèmes de gaspillage de l'aide internationale, voire à son détournement, mais il est encore trop tôt pour attribuer aux seules vertus de la micro-finance l'amélioration des conditions de vie constatées ici et là, ainsi que son rôle dans l'émancipation des femmes. Il constitue néanmoins un outil efficace dans la lutte contre l'exclusion bancaire, la création de nouvelles solidarités et le développement local. |
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samedi 14 octobre 2006, 9h20 Par Pierre-Henry DESHAYES OSLO (AFP) - En récompensant un artisan de la lutte contre la pauvreté, le comité Nobel a voulu montrer que pour instaurer la paix, mettre fin aux guerres ne suffisait plus mais qu'il fallait aussi s'attaquer aux racines des conflits. A la surprise générale, le "banquier des pauvres, le Bangladais Muhammad Yunus, et sa Grameen Bank, première banque à pratiquer le micro-crédit, ont remporté vendredi le prix Nobel de la paix "pour leurs efforts en vue de créer le développement social et économique à la base". Avec ce choix, les cinq gardiens du Nobel ont choisi de défricher un nouveau terrain après avoir déjà élargi le prix de la paix aux droits de l'Homme, à l'humanitaire et à l'environnement au fil des décennies. De la résolution des conflits aux prêts bancaires pour les plus démunis, le champ du Nobel s'est considérablement élargi au fil des ans mais cette diversification est généralement bien accueillie par les analystes. "Ce n'est plus suffisant de faire la paix, il faut aussi que cette paix soit juste et que les raisons de faire la guerre, comme la faim et la pauvreté, soient traitées à la racine", commente Atle Sveen, un historien norvégien du prix Nobel. Avec la Grameen Bank qu'il a fondée il y a 30 ans avec 27 dollars pour tout capital de départ, Muhammad Yunus est venu en aide à 6,6 millions de démunis à qui il a permis de s'extirper de la misère. "Une paix durable ne peut pas être obtenue sans qu'une partie importante de la population trouve les moyens de sortir de la pauvreté", a expliqué Ole Danbolt Mjoes, le président du comité Nobel. Que ce soit au Darfour ou au Moyen Orient l'actualité vient chaque jour rappeler les tensions liées à la pauvreté et la pénurie. Pour Sverre Lodgaard, le directeur de l'Institut norvégien des Affaires internationales, le choix est "extrêmement pertinent". "Il y a plus de vies perdues à cause de la pauvreté extrême qu'à cause de la guerre. C'est un prix pour la lutte contre la violence exercée par l'exploitation, par une répartition extrêmement inégale des richesses", dit-il à l'AFP. Le comité avait déjà effleuré le sujet en récompensant l'Américain Norman Borlaug en 1970 - il avait travaillé sur les moyens d'augmenter la production de blé pour pallier aux pénuries alimentaires - et l'écologiste kényane Wangari Maathai en 2004, à l'origine d'un vaste programme de reboisement. "Mais le prix de cette année est différent parce qu'il est vraiment focalisé sur la contribution de M. Yunus à la lutte contre la pauvreté", souligne M. Lodgaard. L'avis est partagé par le directeur de l'Institut de recherche pour la paix d'Oslo, Stein Toennesson, qui avait pourtant pronostiqué, voire souhaité, la victoire du Finlandais Martti Ahtisaari pour ses nombreuses médiations de paix, dont celle d'Aceh l'an dernier en Indonésie. "Le rapport entre pauvreté et guerre est évident. Développer une région pauvre, c'est diminuer les risques de conflit", dit-il à l'AFP. "Yunus et la Grameen Bank sont de très bons lauréats mais ils sont proposés (pour le Nobel) tous les ans et j'aurais préféré qu'on les récompense une année où il aurait été difficile de trouver quelqu'un qui a fait quelque chose de retentissant pour la paix", ajoute-t-il. Selon les analystes, après l'élargissement considérable du concept de paix ces dernières années, le comité Nobel devrait marquer une pause dans sa recherche de nouvelles pistes. "Pour ce qui est des champs ou des sujets, je pense que le comité est arrivé à ses limites extrêmes mais de nouvelles catégories pourraient être récompensées : des poètes, des artistes ou des activistes", prédit M. Lodgaard. |
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vendredi 13 octobre 2006, 18h04 Gros plan sur la Grameen Bank OSLO (AP) - Quelques données-clés sur la Grameen Bank, co-lauréate du prix Nobel de la paix 2006 avec son fondateur Muhammad Yunus, pour avoir fait oeuvre pionnière en matière de micro-crédit: A quoi sert-elle?: La Grameen Bank ("banque rurale") distribue des micro-crédits aux pauvres du Bangladesh qui ne peuvent bénéficier des prêts bancaires classiques. Aucun nantissement n'est nécessaire et le remboursement est fondé sur un système d'honneur. Ses origines En 1974, Yunus, alors professeur d'économie revenu depuis peu des Etats-Unis, prête un total de 27 dollars à 42 villageois qui fabriquaient des meubles en bambou. Les prêts, qui ont tous été remboursés, leur ont permis de se passer d'intermédiaires et d'acheter leurs propres matières premières. Encouragé par cette expérience, Yunus obtient l'accord du gouvernement pour créer la Grameen, en 1976. Quel est son intérêt?: Selon les partisans du micro-crédit, ces prêts de sommes modiques sont un moyen efficace de lutter contre la pauvreté et de stimuler l'économie par le bas. Qui peut demander un micro-crédit?: N'importe qui, mais les candidats doivent se réunir par groupes de cinq personnes. Une fois que les deux premiers commencent à rembourser leur prêt, les autres peuvent obtenir le leur. Ce système ne crée pas de responsabilité collective pour le remboursement, mais selon la banque, il fait naître un sentiment de responsabilité garantissant que tous les membres remboursent leur dû. Cela fonctionne t’il? : Grameen annonce un taux de remboursement de 99%. Selon une étude récente, 58% des familles ayant emprunté à la banque sont passées au-dessus du seuil de pauvreté. Qui possède la banque?: Le gouvernement du Bangladesh détient 6% et les emprunteurs 94%. Activité en chiffres: Depuis sa création, la banque a prêté 5,7 milliards de dollars (4,5 mds d'euros) à 6,6 millions de personnes et a reçu 5,07 mds de dollars (4,04 mds d'euros) de remboursements. Les femmes représentent 97% des emprunteurs. La Grameen Bank compte 2.226 succursales, offre ses services dans 71.000 villages et emploie près de 19.000 personnes. Ce que disent ses détracteurs: Ceux qui critiquent la Grameen doutent du taux de remboursement de 99% annoncé, et estiment que ce système conduit l'emprunteur à devenir dépendant des prêts. Yunus s'est également vu reprocher des taux d'intérêt pouvant grimper jusqu'à 20% pour des crédits à des entreprises rentables. AP |
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Telephone interview with Professor Muhammad Yunus immediately following the announcement of the 2006 Nobel Peace Prize, October 13, 2006. The interviewer is Adam Smith, Editor-in-Chief of Nobelprize.org. o [AS] – I just wanted to ask you ... o [Muhammad Yunus] – OK, go ahead. o [AS] – Two very quick questions. The first is, obviously the prize will bring greatly increased publicity for your work, is there a particular message... o [MY] – Absolutely. o [AS] – Is there any particular message you would like to use the opportunity to get across? o [MY] – The one message that we are trying to promote all the time, that poverty in the world is an artificial creation. It doesn't belong to human civilization, and we can change that, we can make people come out of poverty and have the real state of affairs. So the only thing we have to do is to redesign our institutions and policies, and there will be no people who will be suffering from poverty. So I would hope that this award will make this message heard many times, and in a kind of forceful way, so that people start believing that we can create a poverty-free world. That's what I would like to do. o [AS] – Thank you very much, and does your work with the ... o [MY] – Thank you. o [AS] – Does your work with the Grameen Bank over the last three decades make you more hopeful that this is possible? o [MY] – Oh yes, very much, we see the demonstration of it every day. People come out of poverty every day. So it's right in front of us what happens and it can be done globally, it can be done more forcefully, we can organize more things to go with it, so this is something not theoretical issue, it's a very real issue. People can change their own lives, provided they have the right kind of institutional support. They're not asking for charity, charity is no solution to poverty. Poverty is the creation of opportunities like everybody else has, not the poor people, so bring them to the poor people, so that they can change their lives. That's all we are doing. We didn't do anything special; lend money to the people so – but they never lent it to the poor people – all we did was we lent it to the poor people, and that makes the trick. That makes the change. o [AS] – Thank you very much indeed for speaking to us. o [MY] – Thank you, thank you. o [AS] – One can hear in the background just how exciting this is for everybody so I'll let you get back to it. o [MY] – I know, I know, there's a big crowd here, I know. Thank you, thank you very much, bye, bye. o [AS] – Congratulations, bye, bye. o [MY] – Bye, bye. Thank you. |
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