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HAÏTI
Des élections sur fond de désordre et de violence

La Presse - Montréal
Le mercredi 08 fév 2006

Marc Thibodeau

Les Haïtiens se sont rendus en grand nombre aux urnes hier pour choisir leur nouveau président, au cours d'une journée marquée par la désorganisation et la violence.

Selon un relevé de l'Agence France-Presse, quatre personnes sont mortes et une quarantaine d'autres ont été blessées. Un policier et un civil auraient été tués lors d'un affrontement causé par l'impatience des électeurs à Gros-Morne, dans le nord-ouest du pays. Deux autres personnes sont mortes à Port-au-Prince, de crise cardiaque et d'asphyxie, lors de bousculades.

Malgré les craintes exprimées avant le scrutin, qui a été reporté quatre fois, aucune attaque armée visant à faire dérailler le processus n'était signalée en fin de journée.

De longues files se sont formées avant même la levée du jour devant les bureaux de scrutin qui ont ouvert, à plusieurs endroits, avec un retard de quelques heures.

Des électeurs impatients ont tenté de forcer l'entrée de plusieurs bureaux, entraînant des accrochages avec les forces de sécurité. Plus de 9000 soldats et policiers de l'ONU étaient présents en appui à la police haïtienne.

Le Conseil électoral provisoire, après avoir annoncé la mise sur pied d'une cellule de crise, a assuré en milieu de journée que tous les électeurs enregistrés pourraient voter.

L'heure de fermeture des bureaux, initialement fixée à 16h, a dû être repoussée.

En raison du nombre limité de bureaux de scrutin, plusieurs Haïtiens ont dû marcher des kilomètres pour pouvoir exercer leur droit de vote.

Un homme interrogé par la BBC à Port-au-Prince a indiqué qu'il a quitté sa résidence à minuit et marché pendant plus de quatre heures. " Je suis venu voter pour mon chef charismatique pour qu'il puisse diriger le pays ", a-t-il déclaré, en faisant référence à l'ex-président René Préval, donné largement favori par les sondages.

M. Préval, agronome de formation âgé de 63 ans, est un ancien allié de l'ex-président Jean-Bertrand Aristide, forcé en exil en 2004. Ses plus proches concurrents sont Charles Henry Baker, proche des milieux d'affaires, et l'ex-président Leslie Manigat, porté au pouvoir en 1988 lors d'élections truquées par l'armée.

Les résultats des élections d'hier devraient être connus d'ici vendredi. Si aucun des candidats ne récolte 50 % des voix, un second tour est prévu à la mi-mars. Les analystes n'excluaient pas la possibilité hier que le favori, très populaire dans les classes défavorisées, triomphe dès le premier tour en profitant de la forte participation populaire.

Les 3,5 millions d'électeurs enregistrés, en plus de choisir leur prochain président, devaient aussi élire 30 sénateurs et 99 députés.

Le nouveau président aura fort à faire pour remettre le pays sur les rails. Depuis le départ d'Aristide, la situation déjà préoccupante du pays " n'a fait qu'empirer ", souligne Robert Maguire, spécialiste de la politique haïtienne, responsable du programme de politique internationale à la Trinity University de Washington.

Près de 80 % de la population sont sans emploi et moins d'une personne sur deux vit au-delà de l'âge de 50 ans. Des gangs armés font la loi dans les bidonvilles de la capitale, Port-au-Prince.

© 2006 La Presse. Tous droits réservés.

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