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Haïti : De nouvelles vagues de violence (Le Monde 10.01.06)

« Haïti confronté à une nouvelle vague de violences ». Un article de Jean-Michel Caroit paru dans Le Monde daté du 10 janvier 2006. Lire l'article



Haïti confronté à une nouvelle vague de violences

LE MONDE | 09.01.06 | 13h25 • Mis à jour le 09.01.06 | 13h25
PORT-AU-PRINCE ENVOYÉ SPÉCIAL

La mort violente, samedi 7 janvier, du général brésilien qui commandait les troupes des Nations unies a alourdi l'atmosphère à Haïti, où les autorités, pressées par la communauté internationale, viennent d'annoncer un nouveau calendrier électoral. Reporté à quatre reprises, le premier tour des élections présidentielle et législatives est prévu le 7 février. C'était la date limite fixée par le Conseil de sécurité de l'ONU et par l'Organisation des Etats américains lors de réunions tenues le vendredi 6 janvier.

Des experts brésiliens sont arrivés dimanche à Port-au-Prince pour enquêter sur la mort du général Urano Teixeira da Matta Bacellar. Selon un rapport préliminaire de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), "il s'est apparemment suicidé en se tirant une balle dans la bouche" dans la chambre d'hôtel qu'il occupait sur les hauteurs de Port-au-Prince. La presse brésilienne de dimanche a relayé — mais avec circonspection — cette thèse du suicide, O Globo allant même jusqu'à préciser que le général se sentait seul et déprimé. Le ministre brésilien des relations extérieures, Celso Amorim, a toutefois estimé, samedi, peu probable "l'hypothèse du suicide".

Quoi qu'il en soit, Damian Onses-Cardona, le porte-parole de la Minustah, a affirmé que sa mort n'entamerait pas la détermination des quelque 9 000 casques bleus à rétablir la sécurité à Haïti. Le général chilien Eduardo Aldunate Herman a pris la tête du contingent international en attendant la nomination d'un nouveau commandant brésilien.

"PSYCHOSE COLLECTIVE"

"C'est un coup dur pour la Minustah, qui révèle la gravité des problèmes en son sein. Espérons qu'il l'incitera à agir pour rétablir la sécurité au lieu de rester spectatrice", commente Micha Gaillard, porte-parole de la Fusion, un parti social-démocrate.

Craignant des "dommages collatéraux" au sein de la population civile, le général Bacellar s'opposait aux opérations musclées dans les bidonvilles de la capitale contrôlés par des gangs armés. Après une période d'accalmie, Port-au-Prince connaît une nouvelle vague de violences depuis un mois.

"La multiplication des assassinats et des enlèvements a créé une véritable psychose collective", observe Yves Colon, un Haïtiano-Américain revenu au pays pour diriger une ONG qui forme de jeunes journalistes.

Jeudi, lors d'une réunion avec les responsables de la chambre de commerce et d'industrie, le général Bacellar avait été durement apostrophé par les patrons, qui lui reprochaient la passivité de la Minustah face à la recrudescence des actes criminels. La chambre de commerce a lancé un appel à la grève générale, lundi 9 janvier, "pour forcer la Minustah à prendre les mesures qui s'imposent". Autour de l'aéroport et sur la route de Frères qui monte vers Pétionville, les forces de l'ONU ont multiplié les points de contrôle.

Le doigt sur la détente, les casques bleus fouillent les véhicules suspects à leurs yeux. L'ONU a annoncé qu'une opération ciblée avait permis de libérer trois otages, dimanche matin, à Cité Soleil. "Si les autorités nous assurent que les élections sont techniquement possibles le 7 février, et même si elles demeurent politiquement difficiles en raison de l'insécurité, il faut prendre le risque de les tenir, souligne Leslie Manigat, candidat démocrate-chrétien à la présidence. L'alternative ne pourrait être qu'un chaos sanglant ou le contrôle total d'Haïti par l'étranger."

Jean-Michel Caroit
Article paru dans l'édition du 10.01.06

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