Accueil
Connaître FDH
FDH dans le Monde
Actualités
Nos actions
Nous rejoindre
Nous contacter
L'Actualité de Frères des Hommes

 

retour au sommaire Actualités 

4 mois après, le témoignage d’un de nos partenaires indiens (avril 05)

Plus de 4 mois après la catastrophe du tsunami qui a ravagé l’Asie du Sud, Duarte Barreto, responsable de FEDINA/RGAS, organisation partenaire de FDH en Inde du Sud témoigne de la situation dans son pays.

De passage à Paris, fin avril 2005, ce dernier a abordé successivement les thèmes de la mobilisation citoyenne immédiate dans les secours d’urgence, des discriminations et de l’accès aux secours, de l’évaluation des besoins et de la reconstruction, du rôle social des ONG et de la position du gouvernement face à l’aide internationale et enfin, de l’aide facteur de solidarité ou facteur de reproduction des inégalités.


Une mobilisation citoyenne immédiate dans les secours d’urgence

Pourrais-tu faire un peu l’historique des évènements, la manière dont vous les avez vécus et comment vous vous êtes organisés pour réagir face à cette situation ?
Via le RGAS, nous avons des groupes qui travaillent au Tamil Nadu, au Kerala, et à Pondichérry et sa région. Sur la côte, il y a 4 groupes qui représentent 4 000 familles si ce n’est pas plus.
A Pondichéry notre groupe travaillait surtout sur la syndicalisation des populations vulnérables dans les zones franches.
Tous nos groupes se sont engagés dans l’aide d’urgence dès le premier jour.

Comment cela s’est il passé ?
La première intervention était surtout d’aider les gens à évacuer la zone. On les a amenés vers des logements de fortune que le gouvernement avait mis à disposition dans des écoles, des salles paroissiales ou des salles de mariages. Ils ont donc été réinstallés dans ces camps de fortune. La seconde étape a consisté à distribuer de la nourriture et à mobiliser des gens pour qu’ils contribuent à l’aide à apporter aux victimes.
Même à Bangalore, au siège de FEDINA, nous avons fait la même chose.

Nous avons créé un réseau de solidarité, en collectant de l’argent, des vêtements et de la nourriture. Il y a eu un mouvement de solidarité spontané qui était assez touchant. Comme nous travaillons aussi dans 24 bidonvilles, les gens qui y habitent se sont sentis concernés. Bien qu’ils n’aient pas beaucoup d’argent, chaque famille a donné du riz, des lentilles. Dans ces bidonvilles, on a tout de même récolté de quoi préparer 2 camions de vivres. De plus, les gens qui ont fait cette collecte spontanée ont eux-mêmes loué des camions pour acheminer les vivres. Trois personnes sont allées dans la région de Pondichéry pour faire elles-mêmes la distribution.

J’ai également été très touché par le fait que les réfugiés Tibétains, que je connais bien et avec lesquels je travaille, ont fait la même chose. Dans ce cas, c’était un peu soutenu par le gouvernement. Ils ont récolté des vivres et des vêtements. Ils sont également allés dans la région de Pondichérry pour les donner tandis que le gouvernement tibétain a donné directement aux autorités locales.
Très vite il y a eu un surplus, non pas de vivres mais de vêtements.

Comme c’est souvent le cas pour les vêtements, les gens donnent ce dont ils n’ont pas besoin. Certains vêtements n’étaient pas vraiment de bonne qualité ! Cela dit, en tous les cas, il y a eu un mouvement spontané de solidarité de citoyen à citoyen qui était très touchant.
Les gouvernements régionaux aussi ont beaucoup donné. Ils sont souvent passés par les ONG.
Dans l’Etat du Tamil Nadu, l’Etat a été très présent. Cela dit, on interprète aussi cela comme une stratégie électorale. En effet, le parti au pouvoir avait connu une large défaite aux élections pour le Parlement national. Pas un seul député n’a été élu. En effet, ils avaient été très durs avec les populations qui avaient été durement réprimées lors de grèves. Les populations du Tamil Nadu avaient donc voulu exprimer leur rejet du parti au pouvoir.

Comme l’année prochaine, il y a des élections locales, nous sommes conscients que ce parti qui a aidé les gens au moment du tsunami a des arrières pensées politiques ! Quoi qu’il en soit il y a quand même eu une intervention de l’Etat local et national assez importante !

Discriminations et accès aux secours

Est-ce que dans l’accès aux secours, les discriminations qui existent en permanence dans la société indienne, se sont reproduites ou, les circonstances ont elles finalement créé un vrai mouvement qui a dépassé ces barrières et cet état d’esprit ?
D’après les représentants des groupes du RGAS avec lesquels nous nous sommes réunis dès janvier, des choses importantes se sont passées. En effet, les Dalits se sont aussitôt mobilisés pour enterrer les morts. En effet, c’est un peu entre guillemets, « une de leurs fonctions ». Ensuite c’est l’armée qui a dégagé et même enterré les corps. A certains endroits, l’armée était réticente pour le faire. En effet, il y a là le concept d’impureté et dans certains endroits, les Dalits ont été mobilisés. Mais, avant que l’armée ne vienne en force, les Dalits ont été embauchés au moment des premières décompositions des cadavres.

On a même dû amener des Dalits d’autres régions et à la télé il y avait un Dalit qui montrait ses mains, en disant que c’était avec ces mains qu’il enterrait les cadavres.

Cette situation a t’elle engendré une sorte de reconnaissance de cette fonction sociale, même si à l’origine elle est discriminatoire ?
Oui, il y a eu une reconnaissance des minorités. Au Tamil Nadu, par exemple nos groupes ont salué la forte mobilisation des musulmans. Une organisation musulmane est intervenue pour distribuer les secours et enterrer les morts. Cela a également suscité des suspicions et des interrogations sur les raisons qui les animaient. Quand un chef de l’opposition a voulu visiter ces villages où des musulmans agissaient, il a demandé à ce que les musulmans évacuent l’endroit. Les villageois ont refusé et indiqué qu’ils préféraient ne pas recevoir la visite d’un officiel plutôt que de voir les personnes qui les aidaient, évacuées !

Cela indique t’il que, malgré un contexte très particulier, la lecture de la société à travers une appartenance religieuse ou de caste, était encore très présente ?
Oui, elle est restée très présente. Elle s’est manifestée de plus en plus, au fil du temps. Il y a eu une reprise en main des secours par des partis politiques et certaines organisations. Ils ont voulu récupérer le terrain et disaient « nous avons nos camps, ou ici c’est notre camp, ici c’est notre point de secours ». Les partis se sont mobilisés mais après l’élan citoyen. Les premières réactions ont été spontanées. A Kanniyaku, l’église catholique est dominante et notre groupe avait pris l’initiative de faire un réseau avec les églises et d’autres groupes. Il y avait un député communiste qui s’est mobilisé mais les églises n’ont pas voulu s’allier avec lui. L’église catholique n’a pas refusé que les groupes s’associent à d’autres églises mais souhaitait que cela reste sous son contrôle.

Les Dalits ont ils été intégrés facilement dans les camps ?
Cela dépend, il y a des endroits où ils n’ont pas été intégrés, mais à d’autres endroits ils l’ont été. Je crois que les Dalits ont aussi parfois un peu forcé la note et dans notre réseau, par exemple, des responsables de groupes se sont opposés à cette tendance de fermeture. Depuis le Forum Social Mondial (FSM) à Bombay, ils se battent contre la tendance sectaire des Dalits. Ils sont très très clairs là-dessus.
Il y a des moments où il faut travailler ensemble avec d’autres mouvements ou organisations. Par exemple la syndicalisation des ouvriers agricoles doit se faire ensemble. Nous sommes très fermes là-dessus dans notre Réseau. Les organisations Dalits ont tendance à être sectaires. En effet, mettre en avant les discriminations dont ils sont victimes est source d’un soutien financier !

Certains s’enferment dans leur coquille afin d’attirer des fonds sur l’aspect purement discriminatoire de leur situation. Nous, nous sommes très fermes là dessus. Par exemple, à Bombay, lors du FSM, des organisations Dalits ont demandé à des partis politiques de participer à leurs réunions. Mais, quand notre réseau a organisé des réunions sur les questions du travail, certaines organisations Dalits n’y ont pas participé ! Cela indique un repli sur soi. C’est évident !

Dans le Réseau, nous avions fait un travail de sensibilisation sur la notion de droit, sur la capacité d’organisation qui a fait ses preuves dans un contexte très difficile. Le travail d’accompagnement et d’organisation des populations en difficultés a pu être mis en pratique dans une situation d’urgence. A mon avis, c’est ce qu’il y avait de plus beau. Une des organisations de notre groupe IRDS à Pondichérry a réussi à créer une espèce de réseau entre pêcheurs et Dalits. Ils ont travaillé ensemble et ont même organisé des secours. Encore aujourd’hui, ils se soutiennent et mènent des activités ensemble. Dalits et pêcheurs ont d’ailleurs manifesté unis à Madras pour demander de l’aide au gouvernement !

On peut dire que ces évènements malheureux ont parfois permis des rapprochements de populations qui jusqu’à présent étaient cloisonnées et ne travaillaient pas forcément ensemble bien qu’elles aient des préoccupations communes. Grâce aux tentatives de rapprochement qui avaient été faites en amont, la situation a rendu ce rapprochement plus facile. Cela dit, il y a des endroits où une organisation commune avait déjà été réalisée. Par exemple, les pêcheurs et les ouvriers agricoles travaillaient déjà ensemble dans les mêmes organisations, qu’ils soient Dalits ou non. Ils se rencontraient une fois par mois et, travailler ensemble était devenu une évidence. A Kanniyaku, ils ont même constitué un petit réseau. 60 groupements de base se sont réunis, avec un souci commun de ne pas perdre de vue la notion de droits, dus aux citoyens.

En effet, il y a de l’aide, des aides du gouvernement qui n’arrivent pas aux sinistrés. Surtout aux femmes ! Par exemple, les autorités ont mis en place un système de tickets de rationnement mais ils ont été mis au nom du chef de famille. Quand ce chef de famille a disparu cela ne permettait plus aux femmes d’accéder à l’aide et de devenir les bénéficiaires nominatives de ces tickets ? Nous avions négligé cet aspect mais la réalité nous a rappelés à l’ordre et nous essayons d’être très vigilants maintenant.

Autre exemple. Il y avait un grand nombre de personnes qui vivaient de la pêche. Du jour au lendemain, en l’absence de pêche, ces gens ont été atteints de plein fouet économiquement, bien qu’ils n’habitent pas sur la côte. Tous ces petits commerçants qui venaient à vélo pour acheter du poisson et le revendre à la ville, ont aussi été très, très, touchés par le tsunami. Il y a énormément de gens dans cette situation. Il nous a paru important d’étudier la situation et de mesurer l’ampleur de ce qui se passe réellement. Au sein du Réseau, nous avons fait deux réunions. Une première en janvier et une seconde en février. De plus, nous avons envoyé un expert dans les zones touchées afin de se faire une idée des dégâts et du chiffrage de la reconstruction. Combien une maison pouvait coûter par exemple. Nous nous sommes surtout focalisés sur les maisons, les outils de travail, les différents types de filets, combien ils coûtent. Car par exemple il y a trois catégories de filets. Tout a été chiffré et c’est à partir de cela que nous avons élaboré notre projet de reconstruction pour lequel nous souhaitons obtenir un soutien financier de Frères des Hommes et d’autres associations de solidarité internationale, en Europe.

Evaluation des besoins et reconstruction

Les groupes, ont ils également mené un travail d’évaluation sur le terrain ?
Par exemple, une des responsables d’un de nos groupes s’est mobilisée avec un groupe d’amies avec lesquelles elles avaient fondé une ONG dirigée par des femmes qui, ensuite, se sont mises en réseau avec d’autres organisations de femmes. Leur région n’a pas été touchée mais elles se sont mobilisées au tout début pour envoyer des volontaires là, où c’était nécessaire. En effet, là où les groupes fonctionnaient bien, on n’avait pas vraiment besoin de volontaires. Nous, à Bangalore nous n’avons pas envoyé de volontaires, mais nous nous sommes concentrés sur la constitution d’un réseau de soutien et de solidarité à Bangalore.
FEDINA était en contact permanent avec pratiquement tous les groupes. Certains responsables servaient d’intermédiaires pour faire remonter l’information. Sur la côte sud, on a perdu à peu près 4 000 personnes.

Suite à cette évaluation, qu’avez-vous entrepris pour « reconstruire » les personnes, les liens sociaux et relancer les activités économiques ?
Par exemple, dans le sud, nos groupes ont travaillé avec, ce que nous appelons en Inde les « collectors ». Ils sont à la tête du district et le gouvernement a beaucoup insisté pour qu’ils soient vraiment présents afin d’avoir le contrôle de la situation.
Pour la reconstruction des personnes, il a fallu épauler beaucoup de gens qui avaient été traumatisés. Leur traumatisme se manifestait surtout par l’hébètement. Ils étaient complètement muets. Cela concerne les femmes et les adultes en général. Les enfants eux parlaient, pleuraient. Nous aidons toujours les gens pour qu’ils retrouvent la capacité de s’exprimer. Tous les groupes du Réseau s’impliquent dans ce domaine.

Nous avons d’ailleurs vraiment besoin de travailler avec des psychologues et des gens formés pour cela. Une session a été organisée pour les enfants et nous pensons mettre sur pieds une session de formation. Pour cela, nous avons contacté un Institut spécialisé dans le traitement des maladies mentales. On a d’ailleurs invité une femme suisse qui a beaucoup travaillé dans les zones sinistrées, y compris au Kosovo, afin de participer à cette formation qui se déroulera en mai. Nous avions hésité faute de moyens, mais grâce aux dons collectés via des petites églises et nous mêmes à FEDINA, nous avons pu nous décider.

Pour le moment, le travail d’accompagnement des sinistrés est fait sur la base d’entretiens bilatéraux. En effet, nos animateurs et animatrices ne sont pas vraiment formés pour mener des thérapies de groupe. Nous apportons donc un soutien individuel, fait par des personnes aux compétences limitées. Nous avons toutefois noté une amélioration chez les personnes traumatisées. Certaines commencent à parler, et à exprimer leurs peurs sans pour autant arriver à raconter ce qu’elles ont vécu, pour le moment. Nous avons apporté une aide aux pêcheurs qui avaient peur de la mer, peur de repartir au large et même de revenir dans leurs villages,bien qu’ils n’aient aucune envie de rester éternellement dans les camps !

Outre cette dimension de peur, d’autres problèmes sont venus se greffer sur leur absence de leur village. C’est à dire, l’occupation de leur espace par d’autres personnes. On leur a expliqué l’importance de revenir dans leurs villages pour occuper le terrain. En effet, l’industrie du tourisme voudrait profiter de cette situation pour soit disant rationaliser l’espace, éloigner les zones habitées pour libérer les plages ! Pour les pêcheurs artisanaux qui n’avaient pas de titre de propriété ceci est très dommageable.
En effet, il y a la plage et, sur la plage, à plus ou moins longue distance de la mer, il y avait les maisons. Après cette bande d’habitations en dur , tout appartient à des particuliers. Cela signifie pour les pêcheurs d’être repoussés très loin de la mer !
Cette question se pose de manière tout à fait significative vers Pondichéry qui est une zone touristique.
Pour les enfants, nos groupes se sont mobilisés pour leur permettre de retourner à l’école au plus tôt bien que beaucoup aient tout perdu. Dans la phase d’urgence, des uniformes, des livres, des crayons, leur ont été distribués. Plus de 4000 kits ont ainsi été distribués. Trois semaines à un mois après le tsunami, cela a été fait. Un vrai forcing a été fait ! En général, un mouvement de solidarité a eu lieu vis à vis des enfants. De vraies compétences et attentions ont été mobilisées.

Pour les femmes, nous avons insisté sur le fait qu’il fallait leur permettre de reprendre une activité. Faire un bateau c’est assez facile, un bateau traditionnel. Nous avons donc fait une petite campagne sur la question du droit au travail. Cela a semblé complètement déplacé à beaucoup, mais en terme d’effet thérapeutique c’était très important.

En effet, nous avons estimé que donner du bois, des troncs d’arbres, c’était assez thérapeutique. Certains étaient plutôt en faveur de dons de bateaux. Nous, nous proposions d’être dans l’action, de faire évoluer les moyens au fur et à mesure et de permettre aux gens de rentrer à nouveau dans une logique d’action. Que les sinistrés réalisent un petit filet et construisent un bateau traditionnel eux mêmes, c’était aussi un moyen de mettre leur savoir-faire et leur mobilisation en valeur. Nous avons donc proposé de faire cette petite campagne dans le Sud. Elle visait non seulement les femmes mais aussi les hommes. Pour les femmes, ce que nous avons proposé c’est surtout la réorganisation des groupes d’épargne et de crédit. Il fallait tout remettre sur pieds parce que finalement le tsunami c’est aussi cela. Tout le réseau associatif a été détruit.

Avant le tsunami, notre Réseau travaillait avec 9 villages de pêcheurs. Depuis, on travaille sur 14 villages dont 7 ou 8 sont complètement détruits et les autres, partiellement.

Dans notre petite compagne nous nous sommes mobilisés afin que les moyens financiers provenant du gouvernement aillent directement aux femmes. Nous avions aussi traité de la thématique de l’accès à l’eau. Avant le tsunami, cette action était menée dans les terres. Après la catastrophe, nous avons diffusé cette revendication dans les zones côtières.

On a beaucoup parlé des pêcheurs mais un problème se pose pour les petits paysans. Il faudra au moins une ou deux moussons pour nettoyer ces terres. Des membres du Réseau se sont mobilisés pour la désalinisation des puits, mais pour les terres nous n’avons rien fait. Il y aura peut être des organisations qui le feront, mais cela nécessite un savoir faire que nous n’avons pas. De toute façon, parmi les populations que nous soutenons, il n’y a qu’une toute petite partie qui a pu récupérer leur terre. 5% peut être. Ils vont donc se lancer dans une nouvelle activité. Ils vont refaire, ce qu’ils faisaient avant de récupérer leur terre !

Avec les fonds que FDH et d’autres ONG européennes, nous allons nous focaliser sur 2 choses. Une petite partie sera affectée à la rémunération des animateurs et coordinateurs du Réseau. L’autre, sera utilisée pour la relance de petits groupes d’épargne et de crédit. On va également affecter des fonds à la réparation et au rachat d’outils de travail.

Nous avons déjà reconstruit à peu près 100 maisons. En ce qui concerne les écoles et d’autres infrastructures, au Tamil Nadu, c’est le gouvernement qui a vraiment pris tout cela en charge.

Le rôle des média indiens

Comment analyses-tu le rôle joué par les médias indiens dans la situation d’urgence et dans la phase de reconstruction ?
A mon avis, les médias ils ne se sont pas impliqués directement. Ils ont collecté beaucoup d’argent . Après avoir collecté l’argent, ils donnaient un chèque au 1er ministre mais ils ne sont pas du tout passés par le circuit des ONG.

Pour nous ce phénomène est normal. Je dirais c’est un peu la pratique en Inde. Par exemple, quand il y a eu le tremblement de terre au Gujarat, on a fait la même chose. De plus, il faut dire que parfois, parmi la population il y a un sentiment que l’argent donné via les médias est mieux utilisé que l’argent donné aux ONG ! Dans l’inconscient collectif en Inde c’est plus sûr de donner à un journal qui reverse au gouvernement plutôt que de donner aux ONG.

Le traitement des infos par les médias a été multiple. Il y a des articles plutôt ponctuels sur un aspect particulier. Par exemple sur la position du gouvernement du Tamil Nadu par rapport à la construction de maisons. En effet, il y a des positions différentes entre les gouvernements locaux et le gouvernement central. Au Tamil Nadu, les responsables politiques ont critiqué l’intervention du gouvernement central qui voulait qu’une partie des aides soit donnée à titre de prêt, comme pour le remplacement de gros bateaux.
Aujourd’hui, dans la presse on parle encore des systèmes potentiels d’alerte au tsunami, mais les aspects de la réalité des gens qui sont encore en plein dans la catastrophe est nettement moins abordée !

Le rôle social des ONG et la position du gouvernement face à l’aide internationale

Ce tsunami a t’il été pour les ONG un occasion moment pour montrer le rôle social qu’elles ont en Inde ?
Oui je pense que les populations en général ont compris le rôle que les ONG jouent. Quand on discute avec les membres de notre Réseau, on note qu’il y a un aspect un peu sectaire que les ONG n’arrivent pas à dépasser.
C’est a dire que, telle ONG « adoptent » un village mais elles ne pensent pas à mettre leurs moyens en commun ! Certaines sont très préoccupées par la visibilité dans une logique de propagande et de notoriété.
Un de mes amis a une fille citadine qui est partie aider sur le terrain. Elle a été surprise de voir comment les ONG prenaient des photos et surtout comment des gens d’ONG indiennes et étrangères se faisaient presque accompagner de photographes !

Comment analyses tu la position de l’Inde qui a refusé l’aide internationale ?
L’Inde a officiellement refusé de recevoir de l’aide d’urgence. Je pense que dans l’ensemble, cela a bien été vécu. C’était l’expression d’une fierté mais aussi un moyen de demander que plus d’aide soit acheminé au Sri Lanka qui en avait plus besoin.

Cela dit, au Sri Lanka, l’armée américaine s’est implantée et cela préoccupe le gouvernement indien. Vont ils rester ? Que vont ils faire ? L’Inde y a aussi envoyé un contingent donc il y a une certaine crainte du point de vue stratégique.

Je pense que recevoir des groupes étrangers en grand nombre était aussi quelque chose dont l’Inde ne voulait pas. Cela dit, ce refus d’aide était dans la phase d’urgence. Pour la reconstruction, l’Inde souhaite recevoir des soutiens. J’ai entendu dire que l’Union Européenne a voté récemment un budget où l’Inde n’a pas été inclue. L’Inde a été punie et l’a vécu comme une punition.

Pourtant, notre ministre des finances avait dit que dans notre budget, nous accepterions l’aide pour la reconstruction !

L’aide facteur de solidarité ou facteur de reproduction des inégalités

Quelles réflexions et analyses t’inspire la question de l’affectation de l’aide et de son rôle dans la reconstruction du tissu social ?
Comment reconstituer des communautés ? Quand je parle de communautés, je parle de personnes appartenant par exemple à un même groupe professionnel.

Si vous prenez les pêcheurs, il y a déjà eu désintégration de leur communauté. Certains sont démunis et d’autres sont très riches. Il y en a qui n’ont aucun moyen, aucun outil. Ils étaient donc salariés.
Il nous faut donc absolument prendre en considération la question du travail, de la syndicalisation, des salaires, des conditions de travail… dans l’affectation des aides.

En effet, le risque c’est de reproduire les inégalités. A travers l’aide on redonne à des gens qui avaient des moyens, des bateaux mécanisés, des outils de travail…) . Ceux qui n’avaient rien avant le tsunami, se retrouveront dans la même situation de non droit qu’ils subissaient avant.
Ceux qui avaient des moyens avant la catastrophe s’opposent à ce que ceux qui n’avaient rien avant aient accès à l’aide pour développer des activités. Il y a des endroits où il y a eu des « clash ». Ce qui est à noter c’est que les ONG suivent instinctivement cette logique de reproduction !

On réalise que l’on n’avait pas une analyse pointue de telle ou telle catégorie sociale et on a du mal à travailler dans des logiques plus complexes.

Faut il ou non reconstituer les communautés telles qu’elles étaient avant la catastrophe ou faut il utiliser le tsunami pour reconstituer la communauté sur des bases plus justes ? C’est la grande question ? Elle se posera de la même façon pour toutes les communautés !
Quand nous avons rencontré des membres de ces communautés, il y avait un jugement de valeur concernant des revendications de ceux qui n’avaient rien avant.
Nous avons pas mal réfléchi pour savoir si c’était vraiment de l’opportunisme ou si ces gens faisaient légitimement valoir leurs droits, non reconnus auparavant ! Et même si c’était de l’opportunisme,faut il avoir un jugement de valeur ? Nous sommes en train d’essayer d’évaluer cette question clé !

Parfois, cela va très loin. Parmi les pêcheurs, il y en a qui ont thésaurisé en or ou en argent. Après la catastrophe, en 4 ou 5 jours ces gens ont rempli les banques afin de protéger leur économies. Mais, demain ils vont demander de l’aide et auront accès à de nombreux avantages !

Le contrôle général d’accès et de répartition de l’aide octroyée par le gouvernement est entre les mains des « collectors ».

Il y aura peut être des choses un peu ambiguës comme il y en aurait partout, entre les gens que l’on connaît !, ceux que l’on ne connaît pas et ceux que l’on n’a pas envie de connaître !! Celui qui dit j’avais un bateau de telle valeur il reçoit l’équivalent ! On ne peut pas vérifier. C’est sur la bonne foi des gens ! Le risque est donc de perpétuer les inégalités ! »

Propos recueillis par Sabine Benjamin
Paris – le 20 avril 2005

 Pour consulter les documents en PDF, télécharger gratuitement Acrobat Reader

Frères des Hommes - 9 rue de Savoie - 75006 Paris
Tél. : 01 55 42 62 62 - Fax : 01 43 29 99 77
fdh@fdh.org - www.fdh.org