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au Pérou : «Le Pérou ne rejoindra pas Hugo Chavez»
LIBERATION (www.liberation.fr)
lundi 12 juin 2006
David Recondo, chercheur au CERI, analyse la récente
élection d'Alan Garcia à la présidence péruvienne
:
«Le Pérou ne rejoindra pas Hugo Chavez»
par Jean-Hébert ARMENGAUD
Lundi et mardi doit se tenir à Quito, en Equateur, un sommet décisif
de la CAN, la Communauté andine des nations, un accord économique
et politique qui réunit outre l'Equateur le Pérou,
la Bolivie, la Colombie et le Venezuela. La CAN est menacée de
disparition depuis que le Venezuela de Hugo Chavez menace d'en sortir
si la Colombie et le Pérou ne renoncent pas à leurs traités
de libre-échange prévus avec les Etats-Unis. Le sommet de
Quito pourrait se transformer en affrontement entre le Venezuela et le
Pérou d'Alan Garcia, le nouveau président, élu le
2 juin. David Recondo, chercheur au Ceri (Centre d'études et de
recherches internationales), revient sur cet affrontement et sur l'élection
du social-démocrate péruvien.
Après son élection, Alan Garcia a
attaqué l'«impérialisme» de Chavez. Sera-t-il
un contrepoids à Chavez dans la région ?
Oui, avec Alan Garcia à la présidence, le Pérou ne
suivra pas Hugo Chavez dans sa mission d'intégration régionale
«bolivarienne». Même s'il est resté discret au
sujet du traité de libre-échange avec les Etats-Unis (déjà
signé mais qui doit encore être ratifié par le Parlement,
ndlr), il est presque certain qu'il poursuivra, sur ce point, l'oeuvre
de son prédécesseur, Alejandro Toledo. En même temps,
Alan Garcia devrait rejoindre le groupe des chefs d'Etat d'orientation
sociale-démocrate d'Amérique latine, comme Michelle Bachelet
au Chili, Lula au Brésil, Tabaré Vasquez en Uruguay, Martin
Torrijos au Panama, qui mettent la lutte contre les inégalités
au centre de leurs programmes gouvernementaux tout en poursuivant des
politiques monétaire et budgétaire orthodoxes.
Au lendemain de l'élection, le Pérou
semble divisé : les régions pauvres, andines du Sud, ont
voté, parfois à plus de 70 %, pour Ollanta Humala, le nationaliste
de gauche proche de Chavez et du Bolivien Evo Morales. Faut-il y voir
l'influence du succès d'Evo Morales, élu le 18 décembre
? Un mouvement commun «indien» qui transcenderait les frontières
?
Effectivement, le vote a une projection territoriale très claire.
La victoire d'Evo Morales en Bolivie a joué en faveur du candidat
nationaliste. Plus que jamais, les frontières sont poreuses en
politique. Humala, comme Morales, tient un même discours «souverainiste»
et anti-impérialiste, associé à une identification
symbolique et sociologique avec «ceux d'en bas», les victimes
du néolibéralisme, etc. Mais il serait abusif d'y voir le
reflet d'un vote indien. Le clivage indien-non-indien ne recouvre pas
le clivage électoral du second tour. La population péruvienne
est majoritairement métisse, comme celle de la Bolivie. Par ailleurs,
il n'y a pas au Pérou un mouvement indien fort comme en Equateur,
en Bolivie ou en Colombie, avec sa propre expression partisane. De ce
point de vue, la comparaison avec le Mexique semble plus pertinente :
ce sont deux pays où les politiques indigénistes menées
par l'Etat ont empêché l'émergence d'un acteur indien
autonome. Au Pérou, le Sentier lumineux (mouvement terroriste maoïste
des années 80, ndlr) s'est aussi chargé de tuer dans l'oeuf
toute initiative de mobilisation paysanne indienne indépendante.
Comment expliquer le retour d'Alan Garcia, responsable
d'un désastre économique il y a vingt ans ?
Alan Garcia bénéficie tout d'abord d'un fléchissement
à gauche généralisé dans la région.
Celui-ci reflète le rejet de politiques économiques qui
ne font rien pour réduire les inégalités sociales.
Au Pérou, comme partout ailleurs en Amérique latine, la
croissance soutenue de ces dernières années n'a pas favorisé
la réduction de la pauvreté et encore moins celle des inégalités.
Cela explique, en partie, l'échec de Lourdes Flores (la candidate
de centre droit, ndlr) au premier tour. Par ailleurs, Alan Garcia a bénéficié
d'un vote utile contre Ollanta Humala, notamment de la population des
grandes villes du pays, qui sont conscientes qu'il faut approfondir les
politiques de lutte contre la pauvreté, mais qui ne font pas confiance
à un candidat trop radical.
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