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L'Actualité de Frères
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Dossier Spécial Elections : LE MONDE | 27.10.06 | 14h31 • Mis à jour le 27.10.06 | 14h31 KINSHASA ENVOYÉ SPÉCIAL Le Congo n'avait pas besoin de cela. Après un tiers de siècle de dictature mobutiste, une décennie de guerres qui ont fait quelque 3,3 millions de morts et le pillage systématique de ses richesses par ses voisins, c'est maintenant le poison de la xénophobie qui menace le pays au moment où il s'apprête à désigner démocratiquement son président, dimanche 29 octobre, pour la première fois de son histoire. La "congolité", ou l'art de discréditer l'adversaire en mettant en doute sa nationalité et son attachement au pays, a constitué le leitmotiv de la bataille qui oppose le président sortant, Joseph Kabila (45 % des voix au premier tour), à Jean-Pierre Bemba (20 %). Insidieuse, la rhétorique identitaire a imprégné tous les modes d'expression politique, depuis les paroles de rappeurs financés par les partis jusqu'aux discours des dirigeants. Dernière manifestation en date de cette émergence, l'annulation du débat télévisé qui, jeudi 26 octobre, devait constituer le point d'orgue de la campagne électorale, résulte en grande partie de la crainte de M. Kabila, moins bon orateur que son adversaire, d'être confronté à des attaques visant ses origines et sa nationalité. "Si Bemba avait demandé à Kabila de quel pays venait sa mère ; si Kabila avait rétorqué en évoquant les pratiques anthropophagiques prêtées à d'anciens soldats de Bemba, le débat aurait échappé à tout contrôle", explique un responsable de l'autorité de régulation de l'audiovisuel. Même si la dramatisation de cet épisode fait partie de la stratégie de mobilisation des électeurs et de diabolisation de l'adversaire, elle apparaît emblématique d'un débat où la question identitaire a prospéré sur le vide des propositions politiques. Joseph Kabila est principalement visé : fils de Laurent-Désiré Kabila, qui a renversé la dictature du maréchal Mobutu en 1997, dans le sillage de l'armée rwandaise, il est soupçonné d'être rwandais et non congolais, une accusation qui vaut condamnation puisque les Rwandais ont ensuite voulu asservir le pays. Les zones d'ombre de sa biographie d'enfant adopté se greffent sur ces traumatismes nationaux pour nourrir les fantasmes. RUMEURS INCENDIAIRES "Vous n'accepterez pas comme roi un étranger qui n'est pas de votre peuple", a ainsi martelé, citant le Deutéronome, une chanson diffusée sur l'une des chaînes de télévision dont M. Bemba est propriétaire. "Avec Bemba, les étrangers vont rentrer chez eux", "Dieu a donné Kinshasa pour les Kinois", "Ceux qui sont venus (d'ailleurs) ont grossi et nous, on meurt de faim", figurent au florilège de la cellule d'analyse des médias mise en place à Kinshasa par l'Union européenne. Côté diffamation et propagation de rumeurs incendiaires, les partisans du président sortant ne sont nullement en reste. Jean-Pierre Bemba, lui, n'a cessé de jouer sur la corde du nationalisme : se proclamant "100 % congolais", il a exhorté les électeurs à choisir "la poule et non l'oiseau", manière d'opposer un Kabila venu dérober les richesses du pays au profit des étrangers (on lui reproche d'avoir accordé de généreuses concessions minières), à un Bemba attaché à la basse-cour nationale. "Ce sont des thèmes lepénistes, du n'importe quoi...", s'indigne un proche du président-candidat. "Débattre de la nationalité d'un chef de l'Etat, est-ce de la xénophobie ? riposte Fidèle Babala, responsable de la campagne de M. Bemba. La "congolité" est une invention du camp Kabila pour nous discréditer aux yeux des Occidentaux. Les Français auraient-ils accepté un Allemand comme président de la République en 1945 ?" UN PAYS EXSANGUE Les violences de l'entre-deux tours ont amené la mission de l'ONU qui sécurise le pays à renforcer les sanctions contre les dérapages des médias. Les attaques sur la nationalité se sont faites plus rares ou plus discrètes. "Forts des expériences rwandaise et ivoirienne, tout le monde a pris conscience du risque", assure un acteur congolais de premier plan. Mais le virus de la "congolité" risque de prospérer dans un pays exsangue, humilié par les intrusions étrangères, déchiré par des rébellions mal éteintes. Pour certains observateurs, le recours appuyé à cette rhétorique lors d'un meeting triomphal, le 27 juillet à Kinshasa, n'est pas étranger à la percée inattendue de M. Bemba au premier tour, ni d'ailleurs à la mort des quelques policiers tués à cette occasion. Le remake à hauts risques de cet événement, prévu vendredi 27 octobre, avant-veille du second tour, a été annulé in extremis. "La dernière image de la campagne, explique posément un proche de M. Bemba, ne peut pas être un bain de sang." Philippe Bernard Article paru dans l'édition du 28.10.06. |
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