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RDC Dossier Spécial Elections :
Un «président par héritage» légitimé par les urnes
La première tâche de Joseph Kabila, «démocratiquement élu», sera de réunifier un pays-continent divisé.

LIBERATION
vendredi 17 novembre 2006

Par Christophe AYAD

Ce n'est pas le moindre paradoxe du scrutin congolais, sans précédent par son ampleur, ses contraintes logistiques et son coût, que l'incontestable vainqueur soit... moins légitime dans sa propre capitale qu'à l'époque où il n'était qu'un président par héritage. Certes, le jeune ­ 35 ans ­ Joseph Kabila a reçu l'onction du suffrage démocratique, qui lui faisait défaut depuis son arrivée météorique au pouvoir au lendemain de l'assassinat de son père, le 16 janvier 2001.

Divisions. Mais force est de reconnaître qu'il est désormais le président «démocratiquement élu» d'un pays plus divisé que jamais entre l'Est, qui a massivement voté pour lui, et l'Ouest, qui lui est largement hostile. A Kinshasa, la rebelle capitale de la RDC, Kabila a recueilli moins du tiers des suffrages, 3 % dans l'Equateur, fief de son rival Jean-Pierre Bemba et de son mentor, feu le maréchal Mobutu. Ce pays-continent reste plus fracturé que jamais, et la principale tâche de Joseph Kabila sera de le réunifier, après avoir contribué à sa pacification.

La campagne a jeté une lumière crue sur les difficultés de Kabila à «fendre l'armure», à s'adresser au petit peuple de Kinshasa et à s'exprimer en lingala, la langue dominante dans l'ouest du pays. Il est resté ce jeune homme secret et mutique, aussi bon tacticien que piètre tribun. Les élections n'ont pas levé le «mystère Kabila». Pas tant celui de ses origines ­ ses opposants l'accusent d'être le fils d'un compagnon de Laurent-Désiré Kabila ­ que celui de son «ressort intérieur». Qui est-il ? Que veut-il vraiment ? Ou n'est-il, comme on l'accuse, que la marionnette de la communauté internationale, le docile élève de «papa Chirac», le chouchou des Belges et des Américains ? On loue dans les chancelleries sa «capacité d'écoute», son «pragmatisme» dans les milieux d'affaires, notamment miniers. Il présente bien, et l'on finit par en oublier qu'il est, comme Bemba, un ancien chef de guerre, sans pitié lorsqu'il pourchassait, aux côtés de l'armée rwandaise, les réfugiés hutus dans l'ex-Zaïre, en 1996-1997.

Ténacité. Né dans le maquis de Fizi, il a grandi en Tanzanie où il a suivi une formation militaire, ce qui explique son aisance en anglais. En 1996, il a interrompu de courtes études de droit en Ouganda pour rejoindre la marche victorieuse de son père vers Kinshasa. Puis il est resté, jusqu'en 2001, dans l'ombre de l'exubérant Laurent-Désiré, qui l'avait bombardé général-major et conseiller militaire. La guerre de 1998 interrompt son stage de perfectionnement militaire en Chine. Trois ans plus tard, il se retrouve, sans préparation, à la tête d'un pays grand comme l'Europe des Vingt-Cinq. Le fait qu'il ait réussi à garder la haute main sur les encombrants «amis» de son père et soit resté en vie jusqu'à ce jour en dit long sur sa ténacité.

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