Les codes sociaux et les interdits


Les Dalits sont considérés comme «impurs» par les castes supérieures. Si une personne de caste supérieure est touchée par un «intouchable», ou même si l’ombre d’un intouchable tombe sur elle, elle se considère comme «polluée» et doit en principe procéder à des rituels de purification. Cette notion d’impureté est une des «justifications» fondamentales des discriminations qui se perpétuent aujourd’hui. La loi les condamne… Elles continuent d’être scrupuleusement appliquées, évoluant avec la «modernité». Toute rébellion entraîne des mesures de rétorsion, incendies des villages Dalits, meurtres et viols…, par les gens de caste. Les mariages inter castes avec les Dalits sont fortement prohibés : transgresser cette interdiction provoque également, en milieu rural, les pires violences.
Les Dalits doivent s’adresser aux gens de caste avec humilité, se courber, baisser les yeux…. L’interdiction traditionnelle d’avoir une moustache, de porter des chaussures, une montre, d’être vêtu d’un pantalon, a évolué vers une obligation, fréquente dans les villages, de retirer leur montre ou leurs chaussures pour s’adresser à des gens de caste.
En principe, certaines rues sont prévues pour eux et ils ne doivent pas parcourir les mêmes rues que les gens de caste. Cette pratique tend à disparaître, mais les Dalits doivent enlever leurs chaussures pour emprunter ces rues.
Il est interdit à un Dalit de manger ou boire avec des gens de caste. Un interdit toujours très fort en milieu rural : un non-Dalit préférera jeûner plutôt que de manger avec des Dalits. L’anonymat relatif des grandes villes dilue cet interdit, mais pas totalement : restaurants interdits aux Dalits, repas sur les chantiers pris à part des autres ouvriers … Dans les cafés de village, les Dalits doivent souvent rester à l’extérieur, et sont servis dans des verres différents : en terre cuite pour les Dalits, métalliques pour les gens de caste. L’utilisation croissante des verres jetables en plastique permet cependant d’atténuer cette discrimination.
Dans les écoles et collèges, les enfants Dalits doivent en général rester à l’écart au fond de la classe, et ne pas manger ni boire avec les enfants de caste. Dans les collèges privés, ils ont souvent des dortoirs séparés. Par contre à l’Université, pour les rares Dalits qui y accèdent grâce au système des quotas, ces interdits tendent à s’effacer.
Les Dalits n’ont pas accès au temple des gens de caste hindous, et ont donc leurs propres divinités qu’ils vénèrent dans de modestes temples séparés. Ces discriminations se sont transmises aux autres religions : les églises chrétiennes prévoient pour eux des bancs (voire des lieux) séparés, et des zones distinctes dans les cimetières. Une différenciation qui se retrouve également chez les musulmans, ainsi que dans les autres religions minoritaires.
Les Dalits doivent remplir certaines obligations dans la vie du village :
  • effectuer les travaux considérés comme «impurs» : ramassage des ordures, enlèvement des carcasses d’animaux morts et tannerie, nettoyage des latrines.
  • nettoyer les rues du village pour les fêtes religieuses (sans pouvoir y participer)
  • obligation de jouer des instruments de percussion lors des funérailles, car étant considérés comme des «démons», leur présence fait fuir d’autres démons.
Ces interdits et ces obligations ont poussé les Dalits à développer une culture qui leur est propre, et qui est très riche avec ses pratiques religieuses, ses danses et sa musique, sa poésie et sa littérature. Ils tentent aujourd’hui de la préserver et de la valoriser.