Les organisations Dalits







Depuis le début du 20ème siècle, différentes minorités indiennes ont obtenu progressivement des représentations politiques séparées au sein des instances politiques centrales et provinciales. L’organisation des intouchables se constitue d’abord autour de cette demande, et en 1932 ils obtiennent un électorat séparé : des sièges réservés proportionnellement à leur nombre. Ainsi que des quotas pour les emplois administratifs et l’éducation.
Ces progrès sont obtenus grâce à la pression du Dr. Ambedkar (1891-1956) : ce juriste intouchable est aujourd’hui le symbole de la lutte des intouchables pour leur dignité, et l’on trouve sa statue dans presque tous les villages intouchables. Ayant toute sa vie défendu leurs droits, il a été nommé ministre de la Justice dans le premier gouvernement indien de Jawaharlal Nehru, et porté à la tête du comité chargé de la rédaction de la Constitution de 1947. Il quitte le Gouvernement en 1951 et se consacre à l’émancipation des Dalits au sein de mouvements politiques, puis, face aux obstacles rencontrés, prône la conversion des intouchables au bouddhisme afin de tenter d’échapper au système des castes.

« Ambedkar oscille donc entre la promotion des intouchables au sein de la société hindoue ou de la nation indienne et une stratégie de la rupture qui passe par un électorat séparé, un parti politique propre et la conversion hors de l’hindouisme. Il cherche des issues, explore des pistes, et ce faisant, met les siens sur la voie d’une laborieuse émancipation »(Christophe Jaffrelot : «Dr Ambedkar, leader intouchable et père de la Constitution indienne» Presses de Science Po, 2000)
Depuis Ambedkar, les intouchables ont adopté différentes formes de mobilisation : création de partis politiques, organisations villageoises, organisations sectorielles pratiquement exclusivement Dalits etc. La campagne nationale pour «Les droits de l’homme des Dalits», lancée en décembre 1998, tente de rassembler toutes les organisations Dalits autour de revendications communes, d’un travail de sensibilisation de la population à l’échelle nationale et de pression sur les autorités. Cette campagne, et d’autres initiatives similaires, crée des synergies entre tous ces efforts jusque là trop dispersés, et stimule la création d’alliances locales et régionales.
De plus en plus, des réseaux et des dynamiques communes se mettent en place entre des groupes d'action sociale, organisations de base, extrêmement structurées et profondément enracinées dans le tissu social, qui ont pour objectif de promouvoir et de défendre les droits civiques et économiques des populations exclues.










Il s’agit en particulier de leur permettre de se mobiliser pour :
  • Sortir les groupes sociaux de leur isolement, et leur permettre de travailler ensemble sur des enjeux communs (partage d’informations, réflexions, campagnes communes etc.)
  • Défendre l’accès légitime des Dalits aux ressources villageoises, comme les puits, les pâturages communaux, les étangs, les installations électriques, etc.
  • Faire appliquer les lois de Réforme Agraire attribuant des terres aux Dalits.
  • Protéger les Dalits contre les violations des droits de l’homme qu’ils subissent (servage, assassinats, destructions des villages, viols…), mettre en place des services de conseil juridique et obtenir la poursuite des coupables en justice.
  • Faire progresser les conditions économiques des Dalits, tant par l’amélioration des conditions de travail dans le secteur informel, que par la formation de coopératives, la promotion de formes d'épargne et de crédit etc. ;
  • Défendre et promouvoir les femmes, doublement victimes de l’oppression subie par les Dalits, en favorisant leur éducation, leur autonomisation économique, leur protection contre les violences domestiques et sociales, leur valorisation culturelle et sociale.
  • Obtenir la pleine participation des Dalits aux instances politiques de décision à tous les niveaux (conseils municipaux «Panchayat», gouvernements) ;
  • Plus généralement, faire respecter les lois protégeant les Dalits (sociales, économiques, du travail…)