| Le systeme des castes | ||
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Les castes existent depuis deux mille cinq cents ans : la preuve irréfutable en est apportée par la langue sanscrite. Dès lors la société est régie selon des principes clairement établis. La société est divisée en quatre varna, ou couleurs. Ce terme, généralement traduit par castes, se réfère à des groupes distincts et fermés. Le système repose sur l’opposition entre le pur et l’impur. Plus la relation au sacré est grande, plus le statut social est élevé.
Cependant, il existe bien plus de quatre castes, en fait probablement plusieurs milliers. Les jatis (=espèces) sont des sous-castes, à l’intérieur de chaque caste, en très grand nombre, liées à la division du travail, elles-mêmes encore subdivisées : dans chaque village coexistent des dizaines de castes (quelquefois beaucoup plus) aux vocations religieuses, politiques et professionnelles variées. Les castes forment un système hiérarchisé. Une caste indienne n’existe que par rapport aux autres castes, et les relations entre les castes forment un système très hiérarchisé, divisé en un très grand nombre de groupes, superposés, opposés, héréditairement spécialisés.
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parents membres de cette caste. On est membre de sa caste à vie, alors qu’autrefois l’acquisition du savoir permettait de changer de caste, même de devenir brahmane
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| Comprendre qui sont les Dalits |
| Les Dalits, «intouchables» ou «hors castes», constituent aujourd’hui 17 % de la population indienne, soit environ 170 millions de personnes, présentes partout dans le pays… L’intouchabilité est consubstantielle à l’hindouisme, même si elle se retrouve dans les minorités musulmanes, chrétienne et sikh. On y observe les traits caractéristiques du système des castes, des groupes hiérarchisés et strictement compartimentés en fonction de leur pureté ou de leur impureté à la naissance, endogames et occupant dans la division du travail des fonctions socio-économiques conformes à leur place dans cette organisation sociale. Dans ce contexte, les intouchables se situent au bas de l’échelle sociale où ils souffrent de l’ostracisme et de l’oppression des castes se trouvant au-dessus d’eux, les plus hautes mais aussi certaines des plus basses, parce qu’elles ont toujours besoin d’un plus petit qu’elles-mêmes. Les intouchables n’ont pas accès aux temples, aux puits, voire aux autres lieux publics qu’utilisent les castes qui se situent au-dessus d’eux. Ils remplissent les fonctions socioprofessionnelles dégradantes comme le travail du cuir, les opérations de nettoyage, quelles qu’elles soient (du vidangeage au lavage des vêtements) et le travail dans les champs comme ouvriers agricoles. Toutefois, les castes et classes ne coïncident pas et des intouchables qui connaissent une certaine ascension sociale en termes de revenu peuvent continuer de souffrir de stigmates insurmontables. Christophe JAFFRELOT Chercheur au Centre d’Etudes et de Recherches Internationales (CERI) |
| Les Dalits et la Constitution indienne |
| La Constitution de 1947, dans son Article 15, déclare contraires au droit à l’égalité les discriminations reposant sur la religion, la race, la caste, le sexe et le lieu de naissance. Cet article prohibe aussi toute restriction fondée sur les mêmes critères concernant l’accès aux magasins, aux restaurants, aux hôtels, aux lieux publics consacrés aux loisirs, aux puits, aux rues et autres lieux publics bénéficiant d’un financement de l’Etat. Surtout, l’intouchabilité est abolie dans son Article 17. Le travail forcé et autre begar (forme de servage souvent héréditaire dont les intouchables sont les premières victimes) sont déclarés illégaux par l’Article 23. En particulier, une loi de 1989 qui met en place un dispositif juridique pour poursuivre les responsables de violences contre les intouchables et les tribus répertoriées. Mais les pires violences continuent, trop souvent impunies… |
| Des discriminations au quotidien, une sorte d'Apartheid… |
| 1. Discriminations dans le lieu de vie : Les Dalits doivent habiter une «colonie», un espace à l’écart du village où vivent les gens de caste. Les gens de caste n’iront jamais dans la «colonie» des Dalits, qui par contre sont appelés chez les gens de caste pour le travail, mais ne sont généralement pas autorisés à entrer dans l’intérieur des maisons (et en particulier jamais dans la cuisine). Une véritable ségrégation de l’habitat, qui permet de dire que les 600.000 villages indiens sont en fait 1.200.000 ! 2. Discriminations dans l’accès à l’eau et à l’électricité : Traditionnellement, tous les puits se trouvaient dans le village et sous le contrôle des gens de caste, qui ne permettaient pas aux Dalits de s’y servir directement. Les Dalits devaient donc aller chercher l’eau directement à la mare ou la rivière, souvent éloignées et non potables, ou parfois se contenter d’une distribution ponctuelle de quantités limitées d’eau du puit. Aujourd’hui, cette pratique continue mais le Gouvernement depuis les années 70 développe des forages et installe des réservoirs : en pratique, cela se traduit par un forage pour le village de caste, et parfois un pour la colonie Dalit si ces derniers se mobilisent pour le réclamer. Cependant, en raison des tensions fortes pour l’accès à une eau de plus en plus rare, les forages dans la colonie Dalit sont maintenant prévus de manière systématique. En cas de forage unique, le réservoir collectif prévoit plusieurs robinets dont certains réservés aux Dalits. L’accès des Dalits à l’électricité, maintenant installée dans presque tous les villages, nécessite également leur mobilisation. 3. Discriminations dans l’accès aux biens communaux : L’accès aux ressources naturelles et communes du village (zone boisée, réservoir d’eau et poisson, arbres fruitiers, pâturages, propriétés du temple…) était interdit aux Dalits il y a peu de temps encore. Aujourd’hui, leur accès y est toujours restreint, ils doivent le négocier en permanence. Ainsi, pour faire paître leur bétail, ils doivent demander la permission d’accéder aux pâturages communaux auxquels les gens de caste ont un accès totalement libre. 4. Problèmes d’accès à l’éducation, aux emplois et mandats publics : Dès l’époque coloniale britannique, les autorités ont mis en place un système de discrimination compensatoire au moyen de «quotas» (reservations) pour les Dalits afin de favoriser leur accès à l’éducation publique, aux emplois dans l’administration, et aux sièges électoraux nationaux et locaux. Constamment discuté et remis en cause, ce système ne contribue en fait qu’à l’émancipation d’une petite proportion de Dalits (moins de 2% selon les statistiques officielles). Les quotas sont loin d’être respectés, les postes qui leur sont réservés restent souvent vacants. Dans l’administration, les Dalits demeurent généralement à des postes subalternes quels que soient leurs mérites et compétences. Officiellement 97% des Dalits seraient exclus du bénéfice des réservations. |
| DES CONDITIONS D’EXPLOITATION EXTREME DANS LE TRAVAIL |
| 80% des Dalits survivent en tant qu’ouvriers agricoles saisonniers, et ouvriers non qualifiés dans la construction et l’industrie de sous-traitance. Traditionnellement, les Dalits n’ont pas le droit d’être propriétaires de terres. A l’Indépendance, les terres étaient aux mains de grandes familles féodales contrôlant des villages entiers et ceux qui y vivaient : métayers (de castes moyennes) et ouvriers agricoles (massivement intouchables). Des lois de réforme agraire successives (de 1951 à 1975) ont tenté, pour moderniser l’agriculture, de briser cette concentration. Résultat : les castes moyennes sont devenues propriétaires, mais les intouchables sont toujours ouvriers agricoles, en situation de quasi-esclavage. Depuis l’époque britannique, des programmes de distribution des terres aux Dalits ont bien été mis en œuvre (terres Panchami), mais il s’agit de très petites surfaces (un quart d’hectare par famille en moyenne), de qualité marginale, rarement irriguées, insuffisantes pour les faire vivre. Des terres bien souvent récupérées par les gens de caste du village soit par force, soit par le biais de l’usure (terres hypothéquées). Malgré les succès relatifs de la Révolution Verte, et la modernisation de l’agriculture, la situation socio-économique des intouchables en milieu rural n’a donc pratiquement pas progressé depuis 50 ans, et 80% des ouvriers agricoles sont Dalits… Le travail forcé au village reste une pratique courante : il s’agit d’activités non rémunérées, au service personnel de familles des castes supérieures (travail agricole sur les parcelles des hautes castes, travaux domestiques…). Si les dalits ne s’y soumettent pas, ils subissent un ostracisme ou un boycott social, on ne leur donne plus de travail au village. Hommes, femmes et enfants trouvent également du travail non qualifié, souvent saisonnier, comme ouvriers dans les chantiers de travaux publics et privés, les carrières, les briqueteries, et la sous-traitance industrielle. Des villages entiers de Dalits migrent saisonnièrement vers les villes à la recherche d’un travail, ou pour mendier. De plus en plus de femmes travaillent dans de petits ateliers ou à domicile dans la confection, la taille de pierres artificielles, la fabrication de beedis (cigarettes locales), de bracelets etc. Des activités aux salaires de misère, et ne bénéficiant d’aucune protection de la législation du travail. Des secteurs où l’on trouve aussi une forte proportion de travailleurs liés («bonded labor»), une forme d’esclavage pour dette qui en Inde concerne au minimum dix millions de personnes, en majorité des Dalits, et que les statistiques officielles refusent de prendre en compte. Certaines organisations parlent même de 65 millions. Ce travail à vie pour rembourser une dette se transmet souvent de génération en génération, et concerne donc beaucoup d’enfants. Il concerne également des secteurs de production à l’exportation, dont les tapis sont un exemple significatif. |
| LES CODES SOCIAUX ET LES INTERDITS |
| Les Dalits sont considérés comme «impurs» par les castes supérieures. Si une personne de caste supérieure est touchée par un «intouchable», ou même si l’ombre d’un intouchable tombe sur elle, elle se considère comme «polluée» et doit en principe procéder à des rituels de purification. Cette notion d’impureté est une des «justifications» fondamentales des discriminations qui se perpétuent aujourd’hui. La loi les condamne… Elles continuent d’être scrupuleusement appliquées, évoluant avec la «modernité». Toute rébellion entraîne des mesures de rétorsion, incendies des villages Dalits, meurtres et viols…, par les gens de caste. Les mariages inter castes avec les Dalits sont fortement prohibés : transgresser cette interdiction provoque également, en milieu rural, les pires violences. Les Dalits doivent s’adresser aux gens de caste avec humilité, se courber, baisser les yeux…. L’interdiction traditionnelle d’avoir une moustache, de porter des chaussures, une montre, d’être vêtu d’un pantalon, a évolué vers une obligation, fréquente dans les villages, de retirer leur montre ou leurs chaussures pour s’adresser à des gens de caste. En principe, certaines rues sont prévues pour eux et ils ne doivent pas parcourir les mêmes rues que les gens de caste. Cette pratique tend à disparaître, mais les Dalits doivent enlever leurs chaussures pour emprunter ces rues. Il est interdit à un Dalit de manger ou boire avec des gens de caste. Un interdit toujours très fort en milieu rural : un non-Dalit préférera jeûner plutôt que de manger avec des Dalits. L’anonymat relatif des grandes villes dilue cet interdit, mais pas totalement : restaurants interdits aux Dalits, repas sur les chantiers pris à part des autres ouvriers … Dans les cafés de village, les Dalits doivent souvent rester à l’extérieur, et sont servis dans des verres différents : en terre cuite pour les Dalits, métalliques pour les gens de caste. L’utilisation croissante des verres jetables en plastique permet cependant d’atténuer cette discrimination. Dans les écoles et collèges, les enfants Dalits doivent en général rester à l’écart au fond de la classe, et ne pas manger ni boire avec les enfants de caste. Dans les collèges privés, ils ont souvent des dortoirs séparés. Par contre à l’Université, pour les rares Dalits qui y accèdent grâce au système des quotas, ces interdits tendent à s’effacer. Les Dalits n’ont pas accès au temple des gens de caste hindous, et ont donc leurs propres divinités qu’ils vénèrent dans de modestes temples séparés. Ces discriminations se sont transmises aux autres religions : les églises chrétiennes prévoient pour eux des bancs (voire des lieux) séparés, et des zones distinctes dans les cimetières. Une différenciation qui se retrouve également chez les musulmans, ainsi que dans les autres religions minoritaires. Les Dalits doivent remplir certaines obligations dans la vie du village :
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