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«
JANADESH 2007» UNE MARCHE POUR LE RESPECT DES DROITS HUMAINS EN INDE |
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Emmanuel Louail, étudiant en agriculture en stage en Inde
a rencontré Thanga Raju, alors qu’il témoignait de
son parcours de vie, dans le cadre d’un camps, pour des jeunes issus
de familles fortement exclues, organisé par Ekta Parishad. « Je suis issu d’une famille de « travailleurs liés » (bonded labor) qui a vécu dans l’état du Tamil Nadu avant de s’installer dans l’état du Madya Pradesh, situé au centre de l’Inde pendant plusieurs générations. Pour des raisons que je ne connais pas bien, mes ancêtres ont migré vers le Nord à la recherche de conditions de vie meilleures et d’un travail. Ma famille était vraiment dénuée de tout. Elle n’avait
ni maison, ni argent, ni terres pour se nourrir. Le propriétaire des lieux a prêté de l’argent à mes parents pour subvenir aux besoins vitaux immédiats, de notre famille. En échange, ils devaient travailler pour lui jusqu’à ce qu’ils remboursent cette dette. Ils n’ont pas eu le choix, car il leur fallait un minimum d’argent. Ils sont donc rentrés dans un cercle vicieux sans fin. Lorsque je suis né, mes parents travaillaient toujours dans cette carrière à casser de la roche à la masse, dans des conditions atroces. En effet, avec le système d’intérêts astronomiques imposé par les « zamindars » (patrons), la dette de mes parents s’était amplifiée. Comme cette dette est héréditaire, à partir de l’âge de 10 ans, à mon tour, j’ai du casser des cailloux au même titre que mes parents. Les conditions de vie et de travail étaient inhumaines. Je devais casser 500 cailloux par jour. Normalement, cela correspondait
à un salaire de 500 roupies par mois mais aucun membre de ma famille
n’était payé car notre patron nous disait que cela
servait à rembourser la dette ! C’est ainsi que nous nous
sommes tous retrouvés dans la condition de « travailleurs
liés ». Un jour, je me suis échappé seul, sans rien, ni personne. Je n’en pouvais plus de cette torture que l’on nous imposait tous les jours. De toutes façons, je ne pouvais pas connaître pire situation que celle que je connaissais alors ! J’ai vécu de petits travaux au noir qui m’ont permis de survivre. J’ai du laisser ma femme et toute ma famille derrière moi. Je savais que nous n’étions pas les seuls dans cette situation. J’ai eu vent que dans un village proche du nôtre, 80 familles vivaient, dans une situation similaire. J’ai donc commencé mon enquête à partir de là. Durant 8 ans, j’ai rencontré seul, à travers toute l’Inde, 15 000 personnes dans notre situation. Dans chaque endroit que je traversais et pour chaque cas de violation des droits, je collectais des témoignages. Le nom précis des villages et les conditions exactes dans lesquelles ces gens vivaient. Un jour, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a dit qu’un certain Rajagopal combattait aux côtés des paysans sans terre et des travailleurs liés. Il m’a dit qu’il fallait que j’aille le voir pour lui parler de ma situation et de mon expérience de 8 ans. Rajagopal m’a dit qu’il allait prévenir la police. Ainsi, 8 ans après mon départ, ma famille a enfin été libérée ainsi que les 15 000 autres personnes rencontrées. Les « tigres » eux, n’ont toujours pas été inquiétés par la justice ! Aujourd’hui, à 47 ans, je vis avec ma famille, près de Pondicherry et j’aide une association. Alors, « Janadesh », bien sur que j’y participerai ! Je sais que si j’ai rencontré à moi seul 15 000 personnes dans cette situation, il y en a beaucoup d’autres qui vivent encore aujourd’hui, dans ces conditions. Regardez le village où nous sommes, tout le monde vit dans les champs mais personne n’a de « patas » (droit a la terre). Personne ne possède ce droit à la terre donc, tout le monde travaille pour des propriétaires ! Moi qui ai connu cette situation dans les carrières de pierre, je sais que dans l’état du Tamil Nadu, ce sont des milliers d’autres personnes qui connaissent cette vie dans les champs de riz. Dans les autres états du pays, c’est la même chose ! Un des problèmes est qu’en Inde, il n’y a pas une
législation unique qui régie l’accès à
la terre. Il y en a plusieurs et elles sont parfois contradictoires ! Je sais que « Janadesh » va changer beaucoup de choses pour
ces millions de personnes humiliées et bafouées dans leurs
droits. Cet type de « padyatra » (Marche) a déjà
fait beaucoup pour les populations pauvres de l’Inde !
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