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Nos correspondants au Sud / Gaëlle - Brésil / Des nouvelles... octobre 2007
Nos correspondants au Sud


GAELLE - BRESIL


Des nouvelles ... octobre 2007


31/10/07
I Conférence Internationale Vozes de Nuestra América à Fortaleza et Visites dans le Recôncavo

Bonjour à tous !!

Après presque 2 semaines de vadrouille, je peux enfin vous donner quelques nouvelles... Et comme vous avez du vous en rendre compte lors de mon 1er envoi, en général c'est long...
Et cette fois, vous avez le droit à 2 romans pour le prix d'un mail !
Le 1er est consacré aux visites d'assentamentos et acampamentos du MST dans la région du Recôncavo, proche de Salvador, que j'ai faite la semaine du 15 octobre.
Et le 2e concerne la I Conférence internationale Vozes de Nuestra América à laquelle j'ai participé avec certains membres du MST du 22 au 26 octobre à Fortaleza.

Les prochaines nouvelles seront en direct de São Paulo, où je vais continuer le stage pour FdH depuis le Service des Relations Internationales du MST et où je vais retrouver les companheiros Geraldo, Dulcenea, Ana, Gabriela, etc.

Je vais donc quitter, ce dimanche 4 novembre, la ville de Salvador et l'Etat de Bahia où j'aurais passé 5 mois, où j'ai organisé ma petite vie, où j'ai rencontré des gens et, me suis fait de nouveaux amis, où je me suis habituée à la culture brésilienne et à la nourriture, où je me suis baladée, où j'ai profité de la plage et du soleil, où j'ai découvert les réalités pas toujours roses d'une favela et des conditions sociales et économiques d'une majorité de bahianais, bref où je me suis vraiment bien plue !!! Mais bon, je sais déjà que je reviendrais, j'ai tellement d'invitations à honorer !!

Mais d'un côté je suis aussi impatiente de connaître São Paulo, une des plus grandes mégalopoles du monde... Je sens que je vais me perdre plusieurs fois...

Suite au prochain épisode donc, et bonne lecture !!
A bientôt.

Gaëlle

 

Le 10 octobre 2007, Salvador, BA, Brésil.

Mes premiers pas au sein du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST)

Bonjour à tous!

Jusqu’à maintenant, certains d’entre vous m’ont connu en tant qu’ancienne stagiaire FdH, pendant l’été 2006 à Paris, d’autres à l’occasion du dernier week-end VdM et de l’AG en mai dernier et d’autres par les articles que j’ai pu envoyer sur le GEC AmLa ces derniers temps.

Je viens de passer 4 mois au sein d’une petite association locale d’aide à l’enfance et à la famille, Associação Criança e Família, dans un quartier pauvre de la périphérie de Salvador, à Bahia, pour un stage de validation de ma 2ème année de master, Droit et Pratique de la Solidarité Internationale. Ces 4 mois ont été riches en expériences, en rencontres et en découverte et j’en garde d’excellents souvenirs !

Pour les 2 mois à venir – et qu’il me reste au Brésil, mon retour étant prévu pour début décembre – je vais avoir l’opportunité de cotoyer le Mouvement des paysans ruraux Sans Terre (MST). Afin de mettre à profit ma présence au Brésil, Bénédicte de FdH à Paris m’a mise en contact avec le MST sur place, afin que je puisse enrichir mon expérience dans le secteur de la solidarité internationale. J’avais déjà eu l’occasion d’avoir un premier contact avec le MST, et les membres du Service des Relations Internationales du Mouvement, lors de ma participation au Ve Congrès National du MST organisé à Brasilia, du 11 au 15 juin dernier.

J’ai commencé le 1er octobre dernier un stage auprès du secrétariat du MST dans l’Etat de Bahia qui va s’étaler sur un mois, au bout duquel je vais voyager jusqu’à São Paulo pour poursuivre le stage au sein du Service des Relations Internationales du MST.

Le premier jour de stage m’a mise tout de suite dans le bain des actions du MST. Après une rapide présentation du secrétariat par la responsable, Beth, et des personnes y travaillant, j’ai accompagné la coordinatrice du Mouvement pour l’Etat de Bahia, Lucinha, et la responsable du secteur Education, Dejacira, (je ferais un récapitulatif plus tard des différents secteurs, de la structure du Mouvement et du secrétariat de Bahia, ainsi que des personnes y travaillant) à une “Jornada de luta”, “Journée de lutte”, organisée dans les locaux de l’INCRA (Institut National de la Colonisation et de la Réforme Agraire) de Salvador. Le 25 septembre dernier, plusieurs militants et membres d’“acampamentos” et “assentamentos” (1) se sont rassemblés afin de faire pression sur les représentants de l’INCRA et le Secrétariat de l’Etat de Bahia pour l’Agriculture (2). Depuis le mois d’avril dernier, où une “pauta” (lettre de revendications), a été adressée à l’INCRA et au gouvernement de Bahia, aucune réponse n’avait été adressée au MST. Cette “pauta” demandait l’expropriation de propriétés de terres non utilisées, l’amélioriation des conditions de vie dans les acampamentos et assentamentos de l’Etat de Bahia, c’est-à-dire la réhabilitation de maisons, de routes, des structures électriques et d’alimentation en eau, l’amélioration des structures scolaires et de formation, la distribution de graines et semences.

Pendant une semaine, les militants ont occupé les couloirs et les salles de réunions de l’INCRA, jusqu’à être reçus “officiellement” par des représentants de l’institut et du gouvernement de l’Etat de Bahia. J’ai donc assisté à la réunion du 1er octobre, à l’occasion de laquelle le Secrétaire d’Etat de l’Agriculture et la Secrétaire d’Etat de l’Education ont annoncé les mesures qui allaient être prises dans les mois à venir.
Ont été annoncées la construction de 3000 maisons d’ici à fin novembre et la réhabilitation de 5000 maisons d’ici à décembre, la création de 4 centres de formation d’ici au 15 novembre, la réhabilitation de 300 km de routes d’ici à décembre, l’accélération du processus d’expropriation des terres non utilisées à partir du 15 octobre, la distribution de 3 millions de réals de graines et semences à partir du 15 octobre, ainsi que la distribution d’équipements audiovisuels et de livres dans les écoles et centres de formation du Mouvement.

Ces promesses sont bien jolies mais comment pourraient-elles réellement être accomplies en si peu de temps, quand on sait que ces revendications ont été présentées par le MST en avril dernier ? Que le Mouvement va présenter une nouvelle “pauta” dès avril 2008 ? Et que les mesures prises par les différentes structures du gouvernement de l’Etat de Bahia ne sont pas toujours – voire jamais, et c’est bien pour ça que le MST organise régulièrement des actions de pression comme celles-là – suivies d’actes concrets ?
Cependant, la journée du 1er octobre s’est terminée par la fin de la mobilisation. Tous les militants et membres du MST espèrent que les paroles seront suivies d’actes, mais ils sont bien conscients que les améliorations dans les acampamentos et assentamentos prendront encore du temps... Et même si des améliorations seront effectivement réalisées, cela n’empêchera pas les besoins dans les acampamentos et assentamentos d’être constants.

Cette mobilisation pour faire pression sur l’INCRA et le Secrétariat d’Etat pour l’Agriculture n’a pas été isolée et organisée seulement à Salvador mais dans la plupart des grandes villes du pays, Rio de Janeiro, São Paulo, Belo Horizonte, Fortaleza, etc. (3)

La suite de ma 1ère semaine au sein du MST a surtout consisté à consulter les documents qui avaient été mis à ma disposition pour en savoir plus sur le Mouvement, les activités du secrétariat mais aussi l’évolution des luttes sociales au Brésil et dans d’autres pays comme le Mexique ou Cuba. Ça m’a permis au passage de raffraîchir un peu ma culture générale, ce qui ne fait pas de mal ! J’ai eu aussi l’occasion de discuter avec quelques-uns des représentants de secteurs du MST au sein du secrétariat afin d’en savoir plus sur leur travail et les objectifs des secteurs mais aussi connaître un peu leur parcours.
La plupart sont issus de milieux ruraux et leur famille ont été impliquées dans les luttes sociales pour la terre parfois bien avant que le MST ne soit créé en 1984 dans les Etats du sud du Brésil – en 1987 dans l’Etat de Bahia. Les plus jeunes – nombreux et conscients qu’ils sont la “relève” du Mouvement – sont nés et ont grandi dans des acampamentos ou assentamentos, leurs parents et grands-parents ont été militants, etc. Ils ont donc connu depuis leur enfance les réalités, les revendications et les enjeux du Mouvement. Les autres ont l’expérience et les connaissances du Mouvement et cela a été parfois même plus intéressant et instructif d’entendre raconter la création et l’évolution du MST à Bahia par un militant plutôt que de lire tout ça dans un livre !

Du 5 au 7 octobre, j’ai accompagné les représentants des secteurs Communication-Culture (Rosalvo et Vagner) et Jeunesse (Elielson) à une rencontre de jeunes organisée dans la petite ville d’Itaberaba (la ville du meilleur ananas du Brésil parait-il !), dans l’intérieur de l’Etat de Bahia. On a été hébergé chez Lucinha, la coordinatrice du MST-Ba. L’arrivée chez elle a annoncé la couleur du week-end… Message de soutien à l’élection de Lula sur le portail, à l’intérieur de la maison des portraits du Che, un drapeau du MST, des livres par dizaine sur le Mouvement, les revendications sociales et la réforme agraire, etc. Son mari fait partie du mouvement, leur fils de 5 ans est un « Sem Terrinha » (un Petit Sans Terre) (4), et elle est impliquée dans le Mouvement depuis l’âge de 15 ans.
Au cours de plusieurs discutions, j’ai pu me rendre compte que la critique du système, de la globalisation, de l’agronégoce et de la recherche du capital étaient omniprésents. Plusieurs fois, Rosalvo du secteur Communication-Culture a fait la remarque que les produits du Brésil (café, ananas, sucre, cacao, etc.) de 1ère qualité étaient exportés en priorité vers les Etats-Unis et l’Europe, et que les Brésiliens les plus pauvres – quand ils ont les moyens – n’avaient accès qu’aux produits de 3ème ou 4ème qualité. Et cette réalité est malheureusement valable pour la plupart des pays du Sud, impliqués malgré eux dans le processus de la mondialisation.
Un autre sujet qui est revenu plusieurs fois dans les conversations a été la publication le 3 octobre dans la revue VEJA d’un article critiquant les formations universitaires brésiliennes mises à disposition des jeunes du MST, ainsi qu’un article redigé à l’occasion des 40 ans de la mort de Che Guevara, démystifiant le symbole qu’il peut représenter pour des générations de militants sociaux.

La rencontre, “Encontro de Juventud e Comunicação da Chapada Diamantina”, organisée par les secteurs du MST Jeunesse et Communication-Culture, a eu lieu le 6 et 7 pour la première fois dans un lieu public, le collège d’Etat de Itaberaba. Elle a reçu le soutien et la participation de la DIREC 18 (18ème Direction Régionale d’Education), l’EMBASA (Entreprise Bahianaise d’Eau et Assainissement), le PRONERA (Programme National d’Education au sein de la Réforme Agraire) et la SEDES (Secrétariat de Développement Social et de Combat contre la Pauvreté). Elle a rassemblé, sur le thème “Jeunesse rurale, jeunesse urbaine, à la recherche de nouvelles perspectives pour la Chapada Diamantina”, environ 200 personnes, jeunes d’acampamentos et assentamentos du MST, jeunes militants d’autres mouvements sociaux, ainsi que des étudiants des universités de Salvador. (5)

Le premier jour (06/10) de la rencontre a debuté par une pléniaire analysant la conjoncture actuelle des mouvements sociaux et les perspectives des jeunes militants. Les inégalités d’opportunités et de perspectives entre les jeunes des campagnes et des villes – tant dans le cadre des études que du marché du travail ou de l’accès aux infrastructures culturelles et de santé – ainsi que l’influence de la télévision sont apparues comme des thèmes récurrents du débat. D’autres problématiques abordées ont été celles de la migration des jeunes ruraux vers les villes, la violence, la consommation de drogues, l’influence de la globalisation et la prédominance de la recherche du profit, etc. Les intervenants ont insisté sur la nécessaire participation des jeunes des campagnes et des villes dans les mouvements sociaux, afin qu’ils puissent occuper l’espace public et faire valoir leurs propres revendications mais pour cela, il faudrait aussi que le gouvernement et la société brésilienne mettent à disposition de ces jeunes des structures adaptées leur permettant de participer au processus de décision, d’organiser des évènements sociaux et culturels, etc. De plus, pour les représentants du MST, il apparait nécessaire que les jeunes ne “fuient” pas vers les villes mais qu’ils s’organisent en tant que jeunes “acampados” et “assentados” et s’appropient les idées et les revendications du Mouvement afin de poursuivre la lutte pour la réforme agraire que leurs parents et grand-parents ont commencé et ainsi pouvoir vivre des richesses de la terre.
Le débat a été précédé d’une “mística”, petite “cérémonie d’ouverture” musicale abordant des aspects de la réalité brésilienne actuelle comme l’agronégoce, la latifundisme, la violence, les discriminations et les valeurs défendues par le MST comme la réforme agraire, la paix et l’égalité. Le reste de la matinée a ensuite été animé par le responsable Jeunesse du secrétariat d’Itaberaba et le groupe de percussions “Estrelas do MST”, “Etoiles du MST”.

L’après-midi, plusieurs groupes de travail ont été organisés sur des thèmes touchant la jeunesse brésilienne actuelle, comme Culture africaine, Travail esclave et dégradant, Avortement et Violence contre les femmes, Education formelle et populaire, Médias et Communication, Ecologie et Education, Jeunes et Réforme agraire.
Ça a été plutôt dur de me décider pour tel ou tel groupe car tous les sujets étaient intéressants mais j’ai finalement opté pour celui traitant de la question des femmes. Le débat a été très intéressant et j’ai eu l’occasion de découvrir les opinions des unes et des autres, car bien évidemment il n’y avait que des filles !! Des thèmes comme la définition des genres, l’égalité dans le monde du travail et au sein de la société, le droit à l’avortement, les violences physiques et psychologiques ont suscité de longs échanges. Et cela a été l’occasion pour les jeunes filles du MST mais aussi d’autres mouvements de faire part de leurs experiences. Malgré le fait que de plus en plus de femmes réussissent à accéder aux instances de décisions du Mouvement, elles sont encore victimes de nombreuses inégalités et de violations de leurs droits.
Etant la seule européenne dans la salle, on m’a demandé comment était la situation en France. Et force a été de constater que la situation des femmes n’est pas bien meilleure ici et là-bas, certes dans des contextes économiques et sociaux très différents mais les mêmes sujets reviennent, en particulier en ce qui concerne l’égalité au travail ou la violence contre les femmes.

Au cours de mes 4 premiers mois au Brésil, j’ai d’ailleurs pu me rendre compte de la réalité vécue par les adolescentes dans les quartiers périphériques de Salvador, et cela a été confirmé au cours de ce groupe de travail.
Le problème des grossesses précoces est très présent dans ces quartiers, par manque d’informations et de précautions des jeunes, et parfois même des parents qui ne veulent pas que leur fille prennent la pillule trop jeune ou bien qui sont contre l’usage de tout type de b contraception dû à la religion. Or les adolescentes tombent enceintes de plus en plus jeunes. Au cours de mon 1er stage, j’ai discuté avec des futurs mamans de 13 ans et avec des jeunes filles de 16-18 ans attendant leur 2ème bambin ! Dans le cas de femmes un peu plus âgées, il n’est pas rare qu’elles aient 4 à 5 enfants, et j’ai rencontré une famille dont la mère avait 7 enfants dont 4 filles, 2 d’entres elles de 16 et 18 ans avaient déjà respectivement 1 et 2 petits. Ce qui fait encore plus de bouches à nourrir et de soins à prévoir, et pour des familles où les revenus ne sont pas fixes, on comprend tout de suite que la vie de tous les jours est très difficile… Donc dans beaucoup de cas, les jeunes filles préfèrent avorter, soit par choix, soit sous la pression de la famille mais il est aussi fréquent que les adolescentes décident d’avorter en cachette. L’avortement est encore interdit au Brésil mais il est pratiqué illégalement dans de nombreuses cliniques où seules les classes aisées peuvent se rendre. Pour les jeunes filles des classes défavorisées, la solution est de recourir à des médicaments, ce qui n’est pas sans risques. Le médicament peut ne pas fonctionner et le bébé peut naître avec des malformations, la maman peut ne pas supporter le médicament et décéder, etc. Parfois, les jeunes filles en viennent à des actes désespérés... La semaine dernière, une jeune fille de 25 ans dans l’Etat de Minas Gerais a eu recours à ces médicaments qui a provoqué la naissance prématurée de l’enfant, et paniquée, elle a abandonné l’enfant enveloppé dans un sac au bord d’une rivière... Une chose qu’on peut voir arriver en France certes, mais quand on connait les conditions économiques, sociales et sanitaires d’une grande part de la population brésilienne, on peut malheureusement imaginer que cela arrive tous les jours…

Après cette petite parenthèse, j’en reviens à la rencontre du MST…
Le soir du 6/10 a été organisée une soirée culturelle. Le film “Uma onda no ar” (Une onde dans les airs) a été diffusé. Il reprenait l’histoire vraie de la création d’une radio communitaire dans une favela de Belo Horizonte dans les années 90. Au Brésil, une loi autorise les petites radios communitaires mais celles-ci n’ont le droit d’émettre qu’à basse fréquence, soit environ à 1km à la ronde, ce qui était vraiment très peu pour les jeunes du film qui voulait diffuser au plus grand nombre leurs idées et les réalités de leur favela. Aujourd’hui, l’Association brésilienne de radiodiffusion communautaire (Abraço, mot qui veut dire aussi “étreinte”) se mobilise pour changer cette loi et permettre que les petites radios de quartier aient plus de place dans le “jungle” des radios brésiliennes. D’ailleurs, le MST a réussi à mettre en place deux radios communautaires dans deux assentamentos du Recôncavo, la région entourant la Bahia de Todos os Santos (la Baie de Tous les Saints) de Salvador.
Après le film, une troupe de théâtre de rue de la petite ville de Boa Vista a fait une représentation d’une vingtaine de minutes, évoquant les revendications des mouvements sociaux présents lors de la rencontre, le contexte de la lutte pour l’accès à la terre et pour la réforme agraire au Brésil, ainsi qu’une critique de la société capitaliste. Ensuite, le groupe de percussion qui avait animé la matinée a joué un petit moment, avant de laisser la place à des danseurs de rues, puis à un groupe de chanteurs hip-hop assez connus à Salvador pour leurs revendications en vue d’une société brésilienne plus égalitaire, sans racisme ni discrimination, puis a été organisé un “forró”, genre de bal aux rythmes mélant samba et bossa nova, très populaire dans le Nordeste.
Pendant ce temps, un documentaire sur la grande marche organisée par le MST, avec le soutien de la Via Campesina, en 2005 a été diffusé. Cette marche est partie de l’Etat de Goiânia le 1er mai pour arriver à Brasilia le 17 mai, rassemblant plus de 12 000 personnes, hommes, femmes et enfants, sur plus de 200 km. Cette manifestation, qui a bénéficié de la participation massive des militants et des familles des acampamentos et assentamentos, a eu pour but de faire pression sur le Président Lula afin qu’il mette en place, comme il l’avait promis pendant sa campagne électoral, des mesures effectives de réforme agraire. La marche a également été l’occasion de manifester contre la politique des Etats-Unis. Exactement les mêmes demandes et critiques contre la globalisation et l’agronégoce qui ont été faites en juin dernier lors du Ve Congrès National... Dans ces cas-là, on peut se demander si ce n’est pas un peu décourageant de demander toujours la même chose... Rosalvo et Beth, à qui j’ai eu l’occasion de poser la question, admettent que parfois l’envie vient de baisser les bras mais le soutien entre les militants et les familles et la conscience que la réforme agraire ne sera effective que grâce à la lutte de chacun font que la mobilisation et les revendications sont toujours aussi fortes. C’est d’ailleurs pour ces mêmes raisons que le MST est le seul mouvement social au Brésil a être encore actif depuis plus de 20 ans et qu’il est devenu une référence, voire un modèle, pour les autres mouvements, ce qui peut parfois porter à confusion. Entre autres anecdotes qui m’ont été racontées, je vous donne l’exemple des nombreux Mouvements de Travailleurs Sans Toit, dont le sigle est seulement différencié par l’ajout de l’initiale de la ville où il agit, MSTS pour Salvador.

Désolée pour les nombreuses parenthèses et pour mon récit qui se ralonge de minutes en minutes, mais plus j’écris et plus mon inspiration grandit...
Le dernier jour de la rencontre (07/10) a commencé par une pléniaire reprenant les normes générales du Mouvement, qui a été suivie par des groupes de travail sur l’organisation de la vie en acampamentos et assentamentos. Je suis arrivée en retard ce jour là donc je ne peux pas trop vous parler de cette partie mais j’aurais l’occasion de me rattraper après mes visites dans des acampementos et assentamentos la semaine prochaine ! L’après-midi s’est poursuivi avec la mise en commun des groupes de travail mais je n’y ai pas assisté car mon bus pour rentrer à Salvador était à 14h.

J’enverrai prochainement des photos de la rencontre.
Voilà pour ma 1ère semaine qui a été très riche en rencontres et en informations !
Cette semaine, je vais poursuivre mon travail de documentation sur le Mouvement, continuer mes petits entretiens avec les responsables des différents secteurs travaillant au secrétariat.
Suite au prochain épisode, c’est-à-dire sans doute la semaine du 29 octobre. La semaine prochaine, je vais visiter des acampamentos et assentamentos et la semaine d’après je vais participer à une conférence rassemblant plusieurs pays d’Amérique Latine à Fortaleza.

D’ici là, à bientôt !!
Et bravo à celles et ceux qui ont réussi à me lire jusqu’à la fin !!
Gaëlle.

_____________

(1) Acampamentos = occupations des terres de grandes propriétés non utilisées, regroupement de 30 à 1000 familles selon les acampamentos.
Assentamentos = campements “officiels” reconnus par le gouvernement et par l’INCRA et recevant des subventions pour l’amélioration des conditions de vie.
(2) http://www.mst.org.br/mst/pagina.php?cd=4268 & http://www.mst.org.br/mst/pagina.php?cd=4260 (articles du MST, en portugais)
(3) http://www.mst.org.br/mst/pagina.php?cd=4259 (article du MST, en portugais)
(4) D’ailleurs, en ce moment est organisé la 7e rencontre des Petits Sans Terre de l’Etat du Paraná, à l’occasion de la semaine des enfants (le 12/10 est férié à cette occasion). Cf. article du MST http://www.mst.org.br/mst/pagina.php?cd=4331
(5) http://www.mst.org.br/mst/pagina.php?cd=4307 (article du MST, en portugais)


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