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MANU ET BRENDA - INDE
Lire
l'article sur leur départ en Inde (Ouest France - 29/09/07)
Au
début du mois d’octobre 2007, Brenda et Emmanuel s’envoleront
pour l’Inde afin de participer à Janadesh, marche organisée
par le partenaire indien de Frères des Hommes, Ekta Parishad,
en faveur de la lutte pour l’accès à la terre
et à l’ensemble des dignités humaines dont sont
souvent privées les populations paysannes des pays du Sud.
Leur présence en Inde pour cette mobilisation est loin d’être
le fruit du hasard. Fort d’une première expérience
enrichissante sur le terrain auprès de notre partenaire en
Inde, Manu voit cette nouvelle aventure comme « l’aboutissement
d’un an et demi de projet ». En effet, il avait eu l’occasion
lors de son premier stage en Inde (avril-septembre 2006) d’assister
aux préparatifs de cette mobilisation et de rencontrer de
nombreux paysans et familles de paysans mobilisés autour
de cet évènement. Détenteur d’un BTS
agricole d’analyse et de conduite des systèmes d’exploitation,
il avait notamment réalisé lors de son voyage un film
sur la problématique agraire que souhaite mettre en relief
Janadesh. Un outil de sensibilisation qu’il lui aura été
fort utile à son retour en France, lors de diverses manifestations
qu’il réalisa. Il l’a notamment présenté
devant 500 personnes lors d’un forum au sein de son école.
Il a aussi organisé une rencontre à St Mayeux en présence
de Rajagopal, leader d’Ekta Parishad, Jean Pierre Dardaud,
président de l’association « Frères des
Hommes » (FDH) et Charles Josselin, ancien ministre de la
coopération internationale. Il a participé à
la promotion de Janadesh au sein des équipes de FDH (Thouaré,
Crozon, Paris) ou encore lors de journées à thème
(ex : marché paysan de Bordeaux).
Quant à Brenda, si ce périple en Inde constituera
un baptême, elle n’en est pour autant point étrangère
à ce type de voyage et de projet. Elle ne connaît certes
pas l’Asie, mais elle a déjà eu l’occasion
de découvrir les continents latino-américains et africains.
Titulaire d’un BTS économique sociale et familiale,
elle a eu l’opportunité de vivre une expérience
tout autant enrichissante en Haïti. Stagiaire au sein d’une
école dans le Sud du pays, au nom de l’association
« Haïti couleurs, Haïti chaleur », elle a,
entre autres choses, mis en place un projet de réhabilitation
des sanitaires, en aidant à la construction de toilettes
sèches. En effet, il n’y avait auparavant en guise
de sanitaires qu’une fosse d’une dizaine de mètres
chapeauter d’une dalle de béton. L’odeur et la
prolifération des bactéries rendaient alors ces conditions
dangereuses pour la sécurité sanitaire des enfants.
Par la suite, elle est partie 3 mois au Cameroun auprès d’une
association de travailleurs sociaux. Ce stage, par le travail de
recherches et d’analyses qu’il a requis, lui a offert
la possibilité de rentrer en contact avec de nombreux acteurs
associatifs et d’instances gouvernementales du Cameroun. L’essentiel
de son travail a alors consisté en des montages, suivis de
projet et recherche de bailleurs de fonds, ou encore démarchage
auprès des ministères.
Leur complémentarité pour couvrir ce type de mobilisation
apparaît tout de suite plus claire. Comme nous l’explique
Manu : « la problématique de l’accès à
la terre se pose autant au niveau agricole que social et familial.
Ce qui construit la paysannerie, c’est un ensemble de familles
». La lutte contre ce système d’exclusion et
de pauvreté est l’affaire de tous. De plus il voit
un certain gain d’efficacité dans le travail en binôme
: « les interviews sont par exemple plus facile à gérer,
il y en a un qui pose les questions et l’autre qui prend des
notes ».
Car ce projet original est autant audacieux qu’ambitieux.
Ils envisagent en effet après avoir participé à
la marche de Janadesh et au sit-in prévu devant le Parlement,
de rallier l’Europe de l’Ouest par la terre, de manière
à faire perdurer symboliquement le message de cette mobilisation
et d’informer sur leur passage, populations comme organisations,
de l’initiative courageuse des paysans indiens pour l’accès
à la terre. Tout au long de cette expérience, Janadesh
va donc leur servir de porte d’entrée pour traiter
de la problématique de l’accès à la terre
d’une façon beaucoup plus large, au Sud comme au Nord,
ainsi que pour échanger sur les réalités des
différents pays. Pour nos deux aventuriers, « la mondialisation
économique laisse de côté l’aspect social
et familial, il faut que nos populations occidentales prennent en
considération ce qui se passe ailleurs et aient connaissance
de ce type de combat »
Partant pour six mois, ils ont prévu de nous faire vivre
leur expérience très certainement riches d’enseignements
via un blog et envisagent la conception de deux reportages vidéos
en interpellant le public sur une question anodine mais ô
combien de plus en plus sérieuse : « Et vous, vous
mangerez quoi demain ? »
Premiers pas vers les missions humanitaires auxquelles ils espèrent
participer à l’avenir, ils envisagent donc de pouvoir,
à terme, se servir de la marche Janadesh pour sensibiliser
le public français sur les problèmes d’accès
à la terre.
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Des nouvelles...
A la fin du mois de janvier 2008, Manu et Brenda nous
envoyaient de leurs nouvelles. Ils étaient alors en Roumanie, et
partageait avec nous le début de leur voyage.
Un voyage et des échanges enthousiasmants
Cela fait maintenant déjà trois mois et demi que nous sommes
partis et nous découvrons tous les jours un peu plus ce monde souvent
mal considéré (par la société et par les politiques)
qu'est le milieu agricole. Pourtant, ce sont ces artisans de la nature
qui permettent à tout à chacun de manger tous les jours,
et qui entretiennent nos paysages. Beaucoup d'entre nous connaissent les
problèmes relatifs à ce milieu (accès à la
terre, pérennité des exploitations,…) mais très
peu connaissent les enjeux auxquels les paysans sont confrontés,
la vie et les combats qu'ils mènent au quotidien. De l'Inde à
la Roumanie (où nous sommes actuellement) ce sont à chaque
fois dans des contextes bien différents que la population fait
face aux nouvelles règles du jeu imposées par la mondialisation.
Face à cela, certains citoyens ont choisi de se mettre ensemble
pour constituer des forces de propositions adaptées à chaque
pays. Lorsque ce n'est pas le cas, ils ont bien du mal à se faire
entendre ou tout simplement à comprendre ce qu'il se passe dans
les hautes instances.
Nous avons ainsi pu rencontrer des paysans sans-terre qui ont réussi
à se faire entendre ensemble et pacifiquement en Inde, et des paysans
qui ne veulent plus se mettre ensemble en Roumanie (par peur de retourner
dans un phénomène de collectivisation, résultat du
traumatisme post communiste). Partout l'action citoyenne a une importance
capitale pour l'avenir de chacun. C'est pour en témoigner que nous
réalisons ce projet. Beaucoup de surprise nous attendent encore
pour les prochains mois de ce « road trip ».
Janadesh
Nous avons commencé notre périple par ce pays mystique qu'est
l'Inde. Le premier mois à surtout été consacré
à la grande marche « Janadesh », une des campagnes
dans laquelle Frères des Hommes était très impliquée
depuis plus de deux ans avec son partenaire de longue date, Ekta Parishad.
Durant un mois cette marche de paysans s’est étalée
sur près de 350 km foulant la route national en direction de la
capitale pour demander au gouvernement l'application de la réforme
agraire votée il y a… 60 ans, lors de l'indépendance
en 1947. Cela a été pour nous un moment très fort
de notre voyage.
La détermination de ces paysans de l'ombre (ils sont pour la plupart
de la caste des intouchables) était sans relâche. Avec le
soutien de la communauté internationale venue d'Afrique, d'Europe,
d'Amérique ou d'Asie, ainsi qu'un suivi médiatique national
et international important, ces « sans voix » ont réussi
à se faire entendre. Une première étape vers la vraie
indépendance de l'Inde, espérons-le. C'est aussi un exemple
de plus pour le monde entier que l'union, dans la paix, fait la force.
Visite dans le village de Bankey Bazar
Suite à cette marche, nous sommes allés dans le village
de Ram Lakhan, un travailleur social intouchable, à Bankey Bazar
dans le Bihar, un état du Nord Est de l'Inde, près du Népal.
Cela nous a permis de voir comment vivent au quotidien certains des marcheurs
croisés pendant la marche Janadesh.
C'est aussi le moment où Georges et Jean-Yves, journalistes de
France 3 ont choisi pour venir s'intéresser à la situation
des paysans sans terre indiens. Grâce à eux, cette semaine
fut particulièrement enrichissante. Pour comprendre comment vivent
ces populations « oubliées », nous sommes allés
quelques jours dans un petit village bihâris, près de Bankey
Bazar loin des villes, accessible seulement à pied ou en vélo.
Les populations qui y vivent sont entièrement occupées par
l'agriculture de subsistance. Les plus riches vendent une partie de leur
lait au marché de Bankey Bazar. Pour les paysans sans terre, une
des activités principales est d'aller dans la forêt à
10 km de là pour y chercher du bois et le vendre sur le marché.
Il est ensuite utilisé pour faire des toits et diverses autres
constructions. Officiellement, cela est interdit car les forêts
sont protégées.
Ils ont le droit de collecter seulement le bois mort le samedi et le dimanche.
Cette activité étant la seule source de revenu pour beaucoup
et à des fins de survis, ils bravent les interdit en coupant les
branches encore en place. Les plus pauvres d'entres eux y retournent aussi
en semaine. C'est ainsi qu'on peut voir tôt le matin un défilé
de tas de bois de plus de 30 kg sur les têtes des vieillards et
des femmes qui ont parcouru plus de 10 ou 20 kms. L'espérance de
vie dans ces villages est très faible. Malgré ces conditions
de vie extrêmes, ce sont ces populations qui ont foulé 350
km de bitume à 25 000 afin d'obtenir la reconnaissance de leurs
droits aux ressources naturelles.
A la découverte d’un nouveau partenariat
Retour à la gare pour la prochaine étape. Nous allons maintenant
en direction du sud de l'Inde dans le territoire de Pondichéry
où une association de développement local nous attend. Après
plus de deux jours de train nous y sommes arrivés. L'INDP est une
organisation créée par Augustin Brutus, un ancien membre
de Frères des Hommes qui est retourné dans son pays pour
aider les populations les plus démunies.
Cette rencontre a été très intéressante pour
nourrir notre réflexion sur la notion de partenariat actuelle telle
que l'entendent certaines ONG ou institutions des pays occidentaux. S'il
fallait retenir une réflexion de lui, elle serait la suivante :
« pour beaucoup d'organisations des pays occidentaux, le partenariat
se fait ainsi : vous (les occidentaux) êtes les cerveaux et les
porte-monnaie et nous sommes les mains qui ne sont souvent bonnes qu'à
écouter les cerveaux, quitte à répéter vos
erreurs. Est-ce cela le partenariat ? Mais à quel moment le partenariat
va dans l'autre sens ? A quel moment vous écoutez ce que nous avons
à vous apprendre ? ». Cette phrase résume très
bien ce que nous sommes venu chercher. En France et en Europe, on sait
que notre système de développement à trouvé
ses limites. Malgré cela, nous tentons d'imposer notre mode de
développement à ces populations. Mais à quel moment
les avons-nous écoutés, eux et leurs besoins ?
Ce que nous retenons principalement de cette rencontre est que dans un
pays dit « démocratique » comme le notre, nous nous
devons de connaître un minimum les autres pays du Nord comme du
Sud devenus tous voisins par la mondialisation. Notre pouvoir de citoyen
n'est plus national mais international. C'est pourquoi il est important
de s'informer sur ce qu'il se passe ailleurs, y compris pour en prendre
exemple, et y compris dans les pays du Sud.
L’Iran au-delà des préjugés
Après ces quelques jours passés dans le Sud, nous sommes
montés sur Bangalore pour y prendre un avion direction Téhéran,
la capitale de l'Iran. N'ayant reçu qu'un visa de transit, nous
ne sommes resté qu'une semaine dans ce pays. Pour dire juste quelques
mots sur ce magnifique pays, les gens nous ont accueilli les bras ouverts
malgré la barrière de la langue (très peu d’habitants
parlent anglais) et de l'alphabet (même les chiffres étaient
différents des nôtres). Ils sont aussi très ouverts
d'esprit et curieux de ce qu'il se passe à l'étranger. Je
vous invite à consulter notre blog pour en savoir plus (particulièrement
sur la condition des femmes : labelleaventure.uniterre.com).
C'est simple, nous n'avions rien vu de ce que ce que l'on peut entendre
parler par rapport à l'Iran et c'est un pays dont nous ne connaissons
rien ou presque,…dommage, il y a tant de choses à découvrir
! Le plus dommage peut être est que nous n'avons pas réussi
à rencontrer d'organisations paysannes. Peut être que ce
sera l'objet d'un autre projet ? Qui sait ? C'est un pays qui a fortement
éveillé notre curiosité.
Paysans turcs et brésiliens, un même combat
Après Téhéran puis Tabriz, au nord-ouest du pays,
près de la frontière turque et après 36 heures de
bus, nous sommes arrivés à Izmir, à l'ouest de la
Turquie. Nous y sommes allés pour rencontrer Abdullah, leader de
la fédération des syndicats agricole turque membre de la
Vía Campesina, une organisation internationale de paysans.
Le 9 décembre 2007, une manifestation symbolique se déroulait
devant une multinationale d’OGM dans la zone industrielle d'Izmir.
Leur objectif était d'apporter leur soutien aux paysans sans-terre
brésiliens, assassinés quelques mois plus tôt sûrement
en raison de leur opposition aux cultures d'OGM. Une fois encore, la parole
des paysans a été étouffée. Il était
aussi intéressant pour nous de participer à cette manifestation
car nous avions interviewé à ce propos deux Brésiliens
membres du MST lors de la marche en Inde. Cette occasion nous permettait
alors de créer un lien entre ces trois pays et montrer que certaines
problématiques nous concernent tous.
L'histoire des syndicats turcs est aussi intéressante car très
récente. Cela fait seulement quatre ans qu'ils existent ! Ce n'est
que depuis que les OGM, par exemple, commencent à se faire connaître.
Du fait du manque de structure de communication actuelle (syndicats, ONG,
institutions,...) et du manque de formation, ce sont bien souvent des
paysans manquants de perspectives d'avenir que nous avons rencontré.
Ainsi, la Turquie qui était un des principaux et des meilleurs
producteurs de coton, s'est retrouvée très peu compétitive
par rapport au coton subventionné américain. Les paysans
ne sont pas organisés et très peu informés. Ils n'ont
donc pas pu faire face à cette concurrence très forte.
Heureusement, les organisations paysannes ont de plus en plus d'influence
sur la fixation des prix de leurs produits. Les négociants doivent
de plus en plus passer par les syndicats professionnels (organisés
en secteurs de production) pour acheter leurs produits : les agriculteurs
sont ainsi un peu moins vulnérables. Parfois, il y a aussi un soutien
juridique qui est apporté lors des nombreux conflits qui arrivent
entre les négociants et les agriculteurs. Si la situation ne changera
pas du jour au lendemain, les paysans impliqués dans ces organisations
sont pleins d'espoir et d'initiatives qui devraient, c'est à souhaiter,
améliorer la situation.
Vers l’Europe de l’Est, à suivre !
Izmir, Istanbul, Késan,…et c'est à présent
le tour de Sofia la capitale de la Bulgarie. C'est le moment des fêtes
de fin d'années. L'occasion aussi de fêter le passage à
l'année 2008 et à plus forte raison fêter la fin de
la première moitié du projet. Il est l'heure de faire le
point. Il nous reste sept pays à visiter avant d'arriver en France
(Roumanie, Hongrie, Slovaquie, Pologne, Allemagne, Pays Bas, Belgique
puis…retour à la maison). Deux mois nous paraissent bien
courts pour approfondir nos rencontres et nos recherches sur chaque pays.
Nous décidons donc de passer les fêtes et d'aller directement
en Roumanie. Nous devrions aussi passer environ une semaine dans chacun
de ces pays. Au moins deux semaines seront consacrées à
la Pologne compte tenu de la qualité des contacts que nous avons
sur place et de la richesse de leur histoire citoyenne.
Déboussolés et incertains face à l'avenir, c'est
ainsi que nous avons ressenti les paysans rencontrés en Roumanie.
Moins de 20 ans après la chute du communisme, ce pays doit adapter
ses infrastructures, ses lois et sa population à une politique
libérale par définition opposée à la précédente.
De plus, il n'y a pas, pour le moment, de politique stable dans le pays
car les ministres changent très souvent (quatre ministres de l'agriculture
l'an dernier). C'est un pays en pleine transition. C'est aussi un pays
qui nous a offert de très riches rencontres avec des politiciens,
des professeurs d'université, des étudiants, des paysans
ou des vétérinaires. Autant de personnes qui nous on fait
découvrir l'étendu du travail qu'il y a à fournir
en terme de développement, mais aussi les qualités énormes
qu'ils ont. C'est un pays qui possède une des meilleures terres
du monde.
Notre expérience est riche en surprises et en rencontres. Elle
nous permet d'alimenter nos réflexions tant au niveau du développement
durable et de la solidarité internationale qu'au niveau de l'importance
de la citoyenneté à travers le monde. Le fait d'avoir participé
à la marche indienne et de voir que ces paysans ont, avec rien
d'autres que de la détermination et du temps, réussi à
faire avancer leur cause nous a donné beaucoup d'énergie
pour affronter l'avenir. J'espère que ces quelques phrases vous
permettront de ressentir un échantillon de ce que l'on vit et de
ce que l'on veut vous faire partager.
Nous rentrons d'ici la fin mars. A bientôt,
Brenda et Manu
01/11/07
Quelques impressions sur Janadesh... ?!
Bonjour à tous,
Je vous envoie juste quelques impressions mais un peu en vrac parce que
je n'ai pas eu le temps de préparer quoi que ce soit, mes parents
sont arrivés et les journées sont chargées.
Comme vous le savez peut être, le 28 au soir, la marche est arrivée
à Ramlila Maidan, grand terrain situé au beau milieu des
immeubles, à 4 km du siège du gouvernement. 25 000 marcheurs
qui viennent des villages, qui vivent dans des conditions d'un autres
temps, arrivent au milieu de la capitale en plein développement.
Cela fait comme un énorme anachronisme.
Les marcheurs sont très motivés. Malgré un mois
de marche, où par moments il n'y avait plus un mot sur 5, 7 km
de marche, ce soir là, il avait une énergie venue de l'espérance
d'une amélioration des conditions de vie de leurs enfants. Ils
se préparent aux quatre derniers kilomètres qu'il reste
à faire le lendemain matin. Vers 10 h ils seront devant le gouvernement.
Nous rentrons à la Gandhi Peace Foundation (GPF) située
à quelques km. Le lendemain matin, nous partons vers 8h30. 100
mètres avant le ground, nous apercevons des policiers. Plus nous
nous approchons, plus ils sont équipés (gilets pare-balles,
bouclier, camion lance eau avec des grillages sur les fenêtres,
de très nombreuses voitures de police). L'issue de la marche ne
s'avère pas du tout positive, en tout cas, tout nous laisse penser
que nous allons être bloqués. C'est une ambiance pleine de
tension. Ils sont des milliers de policiers. Quand nous leurs demandons
leur nombre, ils nous disent que leurs ressources en hommes sont illimitées.
L'eau manque, la situation ne va pas pouvoir durer.
En discutant avec plusieurs participants, on s’aperçoit
que personne ne sait trop ce qu'il va se passer. Malgré tout, de
très nombreux médias nationaux et internationaux sont présents,
beaucoup de réalisateurs ont suivi toute la marche, nous savons
que les médias se battent pour relayer l'info. L'Inde est un pays
démocratique, ils ne peuvent pas se permettre ce qui se passe en
Birmanie. Mais alors pourquoi ce blocage?
Nous apprenons enfin que le ministre va arriver vers 17 heures. Nous
avons donc le temps d'aller faire deux-trois choses à la GPF et
de revenir. Arrivés à la GPF, nous apprenons que le ministre
est arrivé plus tôt que prévu, que la marche est une
victoire... Renversement total de situation. Le gouvernement a accepté
de créer une haute commission pour l'accès à la terre
dans le mois.
Rajagopal y siègera. Malgré tout, beaucoup de revendications
n’ont pas été obtenues... Histoire à suivre.
Le soir nous restons avec les marcheurs, tout le monde fait la fête,
c'est incroyable !
Deux marcheurs nous demandent de les filmer. 30 secondes après,
ils sont une trentaine et ils réalisent pour nous une prouesse
chorégraphique, personne n'en croit ses yeux, c'est la fête
partout ! C'est l’un des moments les plus intenses que nous ayons
vécu à travers notre petite vie. On se demande où
ils trouvent cette énergie. Bien qu'ils fassent la fête,
dans nos interviews, certains nous confient clairement que l'application
des promesses reste à faire et que jusque là, ils restent
très prudents.
Le mois prochain est donc à surveiller de près.
Bisous, bonne journée, bonjour aux autres,
Manu
Nous retournons sur la marche
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