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MAIA - INDONESIE
Des nouvelles ... septembre 2007
Lundi 24 septembre
Bonjour à tous!
Je fais une entorse a la règle pour ne pas vous parler de travail,
mais pour vous raconter un bout de mon week-end touristique à Jakarta
(comme quoi, c'est possible...)
Après une semaine au siège de KPA à Bandung, j'ai
retrouvé Jakarta, sa moiteur, sa circulation, son agitation, sa
pollution. Figurez-vous que pour ce qui est de la chaleur, je m'y fais
et j'apprécie même plutôt!
Pendant le week-end j'ai décidé de me faire des petites
escapades, abandonnant le ramadan, et laissant mes collègues se
reposer au frais. Destination le 'centre' de Jakarta... Mais avant il
a fallu y aller... ce qui ne fut pas une mince affaire. Après deux
bus (où joueurs de musique, mendiants et autres vendeurs ambulants
-des coupe-ongles, à manger, des porte-clefs...- se succèdent)
et un changement âprement négocié, je suis donc arrivée
sur la place, immense, de l'indépendance. Une petite visite au
tout petit musée national (avec des tas de statues hindous et bouddhistes
qui m'ont rappelé mes cours de l'histoire de l'art du Japon), puis
LE monument national. Sorte d'obélisque géant qui se termine
par une espèce de flamme dorée... Les Indonésiens
l'appellent 'la dernière érection de Suharto' (Suharto étant
le premier President de l'Indonésie, papa de l'indépendance).
Au sous-sol, une histoire 'officielle' de l'Indonésie (très
drôle... on y apprend par exemple que les Papous ont toujours voulu
faire partie de l'Indonésie et qu'ils ont choisi leur adhésion
au pays par referendum - alors que seul quelques notables ont pu voter).
J'ai pu monter en haut (160 mètres environ), j'espérais
avoir une jolie vue sur Jakarta, voir la mer (Jakarta est un port à
la base) au Nord et les volcans au Sud... Je n'ai vu, en raison de la
chaleur et de la pollution (mais surtout la pollution) que des immeubles
dans un périmètre de 500 mètres environ (et encore,
je suis gentille)... Mais euh ça valait quand même le coup...
rien que pour ne pas oublier que la pollution n'est pas un mythe et que
vive Greenpeace.
Et puis le lendemain, j'ai décidé de continuer à
visiter Jakarta. Pour visiter Jakarta, faut se lever de bonne heure. Mais
alors pour visiter Jakarta deux jours d'affilés, faut se lever
vraiment de bonne heure! Je me suis donc levée vraiment de bonne
heure. Direction 'Batavia', la vieille ville, et le port. La vieille ville,
en ce dimanche matin de ramadan, et sous un soleil de plomb, était
presque déserte. Ajouter en plus à cela une ambiance de
ville abandonnée car le centre regorge de vieux bâtiments
de l'époque de la colonisation néerlandaise livrés
a eux mêmes, tombant en miettes (le toit qui s'est écroulé,
les murs fissurés,...) et inhabités. Une vague impression
de ville fantôme. Je me suis donc dirigée vers le port, en
faisant attention au soleil et surtout aux voitures (rien n'est prévu
pour les piétons, il n'y a même pas de trottoirs... d'ailleurs
les Indonésiens marchent très peu, même sur des courtes
distances: ils prennent la mobylette ou les petites camionnettes de transport
en commun). Je n'ai pas été déçue du voyage.
Le port est rempli de bateaux très colorés faits en bois
(et sans clous... ils viennent des Célèbes, une des nombreuses
îles indonésiennes, et leurs commandants sont les descendants
des pirates... assagis et enrichis par le commerce), avec des mats immenses...
Et tout autour grouillent les ouvriers, qui ont la peau brulée
par le soleil, sont maigres comme des clous et ont les muscles très
taillés. Ils s’affairent sous un soleil étourdissant,
et charrient des camions aux bateaux du bois, des cageots de fruits, des
sacs d'engrais... Un travail épuisant, qui explique bien que là-bas,
ramadan ou pas, tout le monde boit et mange. Et tout autour, une nuée
de marchands ambulants... Bref, une escapade très frappante...
Loin du tourisme 'classique', et pourtant je suis vraiment ravie d'avoir
pu assister à une matinée ordinaire au port.
Fin du week-end touristique, je me replonge dans le travail pour ma dernière
semaine en Indonésie... Que le temps passe vite!
A bientôt, bonne semaine a tous,
Maia
19 septembre 2007
Bonjour à tous,
Voici quelques nouvelles indonésiennes un peu plus personnalisées
que les comptes-rendus précédents (que vous n'avez pas manque
de lire, j'en suis certaine ;-))... sur le ramadan!
Le pays vit donc au rythme du ramadan depuis bientôt une semaine,
ce qui le transforme considérablement. Dans les rues, la multitude
d'échoppes et de marchands ambulants qui vendaient plats préparés,
friandises, jus de fruits, encas,... disparaissent jusqu'à la rupture
de jeûne, vers 18h. Ce qui fait un sacré vide sur les trottoirs
et au bord des routes! Dans la journée, les Indonésiens
pivotent donc sur le mode ralenti, afin de pouvoir tenir jusqu'au bout.
Je suis donc forcée de me mettre sur le même rythme, et d'apprendre
la patience... deux caractéristiques qui ne font par spécialement
partie de mon patrimoine génétique!
Le ramadan, comme vous pouvez vous en douter, est un formidable moment
de convivialité. Non seulement sur le moment, quand on est tous
dans la même situation de faim et soif, mais aussi au moment de
la rupture du jeûne et du partage de plats spéciaux (la rupture
se fait en deux étapes: une soupe ou un mélange sucré/salé,
généralement chaud, puis un repas normal), et enfin à
trois heures du matin... quand vous vous levez pour manger avant le lever
du soleil. Bon, je dois avouer que le lever à trois heures du matin
pour avaler riz, poisson séché, tofu et haricots fermentés
ne sera pas ce qui me manquera le plus à mon retour!
Tiens, à propos du riz, connaissez vous la consommation annuelle
et par habitant en riz d'un Indonésien? 150 kg... je ne suis pas
douée en maths et vous laisse faire le calcul, mais ça fait
beaucoup... A titre de comparaison, au Japon elle a chuté à
50 kilos suite à l'augmentation du pouvoir d'achat et à
la diversification de l'alimentation qui en a découlée.
Pour moi cependant, le ramadan est une formidable expérience à
partager avec les Indonésiens, et c'est aussi un vecteur d'intégration
formidable (comme ils ne s'attendent pas à ce qu'une occidentale
non musulmane le fasse, ils sont super contents que je suive le rythme).
Tous les Indonésiens que j'ai rencontré le font, et sont
très pieux. Les plus engagés dans les mouvements sociaux
tiennent à s'appuyer sur l'islam d'une part afin de rallier l'immense
majorité de la population et d'éviter que ce ne soit l'Etat
qui se serve de la religion pour manipuler la population; et d'autre part
parce que s'appuyer sur l'islam permet d'éviter d'être accusé
de communistes - alors que la réforme agraire continue d'être
associée au communisme, qui fait frémir de larges pans de
la population.
A bientôt pour d'autres nouvelles,
Maia
P.S: et pour la route... savez vous comment on dit un 'blanc' en indonésien?
Un 'Boule' (avec un accent, prononcer boulet donc)... je trouve ça
assez, euh, amusant! (imaginez vous au milieu d'un petit bled avec une
nuée d'enfants qui, à votre passage, crient àn'en
plus finir boulet! boulet! boulet!)
12 septembre 2007
Bonjour à tous!
Me revoilà pour vous donner quelques nouvelles fraiches indonésiennes
(enfin, fraiches, hum, on se comprend, ici il fait chaud!).
Par ou commencer ? J’ai d’abord passé un moment à
Bandung au siège de Pergerakan. Cette phase ‘bureau’
m’a permis de me familiariser avec l’organisation, les salariés,
les militants qui gravitent autour. J’ai aussi rencontré
des activistes et paysans de passage.
J’ai ainsi eu l’occasion de rencontrer Mukti-Mukti, chanteur
local, sacré phénomène... et ami de Pergerakan. Son
studio est dans la même maison que les bureaux de Pergerakan. Il
relaie les causes de Pergerakan à travers ses concerts et tournées
à travers les campagnes.
J’ai aussi pu découvrir Bandung un peu plus, me suis baladée
dans les petites ruelles. J’ai souvent fait l’attraction,
et les contacts avec les enfants ont été chouettes. L’appareil
photo a été d’une grande aide, puisque régulièrement
des gens me demandaient que je les prenne en photo… du coup j’en
ai tout un stock ! Bon, certes, par conséquent les gens posent,
mais du coup j’ai aussi des photos que je n’aurais pas forcément
osé prendre, notamment des portraits, ou encore des petits vendeurs
de rue.
Un petit tour en mobylette (LE moyen de transport pas excellence ici,
au point que les embouteillages de mobylettes et scooteurs ne sont pas
rares), j’ai eu un aperçu de la banlieue sud de Bandung,
où fleurissent les usines de textiles qui chassent les petits producteurs.
Et puis j’ai également eu l’occasion d’améliorer
la dextérité de mes doigts, et j’arrive presque à
manger aussi vite que les Indonésiens (qui avalent leur repas en
5 minutes chrono... !).
Jeudi dernier, j’ai rendu une première visite au SPP, une
organisation paysanne très proche de KPA et de Pergerakan : si
vous replongez dans le Résonances Asie de mars dernier, vous trouverez
un article sur la SPORA, formation menée par les trois partenaires
afin de former des leaders paysans. Cette journée passée
auprès du SPP, à l’occasion d’une formation
à laquelle des membres de Pergerakan participaient, a été
l’occasion pour moi de pouvoir discuter avec des jeunes élèves
des écoles du SPP, avec des femmes paysannes... Un grand bain de
foule très agréable après la phase ‘bureau’
!
J’ai ensuite filé sur Batang, dans la province de Java Centre,
où se tenaient des élections locales. Pour la première
fois dans la région, des membres d’organisations locales,
petits paysans ou travaillants dans des plantations, se présentaient…
et ont été (bon, pas tous…) élus ! Bref, un
grand moment que je partagerai très vite avec vous… c’est
promis ! (en fait j’ai fait à la demande de Pergerakan une
petite présentation Power Point en anglais, et je vais essayer
de l’envoyer… vu la connexion, je ne suis pas sûre d’y
arriver. Auquel cas je vous enverrai les infos la semaine prochaine !)
Ces deux séries de rencontres m’ont absolument bluffé
! Par tant d’énergie, d’inventivité dans l’action,
tant de volonté et de hargne pour un combat commun… Une belle
leçon de vie et d’inspiration pour nos mouvements sociaux
fatigués… Bien sûr, je n’ai qu’un regard
d’extérieur et de surface, et je simplifie, bien sûr
! Mais quand même… J’ai été vraiment impressionnée
!
Toujours de l’extérieur, et malgré un contexte politique
peu favorable, j’ai vraiment l’impression que les Indonésiens
(bon, faut dire aussi que je croise les plus engagés…) ont
une énergie incroyable (mêlée à un grand patriotisme…)
et une réelle volonté de faire bouger les choses. D’ailleurs,
à la TV, dans les journaux, tous les jours des manifs et protestations
font la une.
Le point extrêmement positif d’une telle mobilisation est
qu’elle regorge de jeunes. Au SPP, au FPPB à Batang, des
jeunes (collégiens, lycéens) sont là. Il y a aussi
beaucoup d’étudiants qui gravitent et participent. Ils étudient
le droit, l’économie, l’anthropologie, la sociologie.
Ils sont passionnés, et citent Foucault et Bourdieu à tour
de bras. Bref, un régal pour discuter (quel dommage que l’anglais
ne fasse cependant pas partie de leur cursus…).
A côté de ça j’ai aussi découvert le
Bandung ‘middle-class’, notamment un immense centre commercial
qui n’a rien à envier aux nôtres, avec immense complexe
cinéma, magasins et restos en quantité innombrable, grande
surface (Carrefour !)… Assez frappant, d’autant que j’y
suis allée juste à mon retour de Batang…
Voilà pour cette semaine !
Demain je repars au SPP pour quelques jours cette fois, avant de filer
sur Jakarta pour vivre un peu avec KPA. Et le ramadan commence demain…
Je vous raconterai !
Bonne semaine a tous, et a bientôt !
Maia
02 septembre 2007
Bonjour à tous,
Voici donc les premières nouvelles d'Indonésie, où
je suis arrivée jeudi dernier. J'y serai pour un mois (seulement,
mon séjour préalable ayant été écourté
pour raisons médicales). Il s'agit de la continuation de mon stage
au siège de FDH, ou j'avais essentiellement travaillé sur
Résonances.
Je suis allée directement à Bandung jeudi chez Pergerakan,
partenaire de FDH. Bandung est en altitude... du coup la chaleur est tout
à fait supportable. Il fait beau, mais il y a de l'air. Heureusement
pour moi, quelques-uns « parlottent » anglais... et comme
c'est de l'anglais mondialisé, on se comprend parfaitement!
La première surprise culturelle? Peut-être la vie ultra-communautaire
ici. Le bureau de Pergerakan est en fait une grande maison et il y a sans
arrêt du monde de passage. Ils vivent toute la semaine ensemble,
certains passent le week-end au bureau. C'es le cas de ceux qui n'ont
pas d'autre logement, mais même parmi ceux qui ont une maison ailleurs,
nombreux dorment sur place ou restent jusqu'a 11h ou minuit. Et ils passent
tout leur temps en groupe. A travailler, à manger, à regarder
la TV, à jouer aux cartes, à discuter, à se taire...
mais tout ça ensemble sans jamais s'isoler. Quand je me suis levée
ce matin, ils étaient sept (!!) assoupis devant la TV sur des matelas
improvisés.
Mon programme est "évolutif" (il change régulièrement...).
Normalement je reste à Bandung jusqu'en milieu de semaine, puis
j'irai rendre visite au SPP, autre partenaire, plus dans la campagne mais
non loin de Bandung. J'irai passer du temps à KPA (dernier partenaire
de FDH) dans un second temps à Jakarta.
Hier Dianto (à la fois « Papa » de KPA et de Pergerakan)
m'a amenée voir des plantations de thé qui datent de l'époque
coloniale (d'ailleurs, il est assez plaisant de voyager dans une région
où ce n'était pas la France colonisatrice, ça permet
de se sentir moins coupable... et les relations sont plus faciles -même
si en tant qu’européenne, je suis quand même plus proche
des colonisateurs hollandais qu'un Indonésien...).
Cette "visite" a été l'occasion d'une vraie présentation
politique et sociale du problème des grandes plantations où
les travailleurs ne possèdent pas la terre mais sont juste des
exécutants sous-payés (payés au kilo de thé
ramassé très exactement, ils vivent parfois dans les plantations...)
de grosses compagnies. Paradoxe suprême, en Indonésie on
ne trouve que du café, thé et tabac de seconde classe. Les
produits de qualité partent en Europe...
J'ai aussi eu l'occasion de voir des "resorts", sortes de petits
villages fermes gardés par des policiers, avec tous les services
et loisirs à l'intérieur (piscine, karaoké,...).
Sont installées des villas luxueuses (souvent résidences
secondaires qui plus est...) où les riches Indonésiens peuvent
vivre tranquillement, loin de la compagnie fort peu agréable des
pauvres. Comble du comble, ces "resorts" sont parfois propriétés
des compagnies de thé, qui coupent les plantations pour spéculer
sur le dos des travailleurs, sous couvert de "diversification économique"
et, pire, d'"agro-tourisme".
Voila pour l'instant ce que j'ai eu l’occasion de voir. Le reste
du temps, je m'imprègne de la vie ici, j'apprends à connaitre
les partenaires, prends le temps de discuter... Je découvre l'Indonésie
avec joie et curiosité (culinaire, notamment, bien que je ne sois
pas fan des pattes de poulet!), accompagnée des amis partenaires
qui sont aux petits soins.
Voilà pour les premières nouvelles, rapides mais finalement,
je ne suis là que depuis trois jours... Suite donc au prochain
épisode!
Excellente semaine a vous tous,
Maia
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