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Nos correspondants au Sud / Romain - Pérou / Des nouvelles... août 2007
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ROMAIN - PEROU

Des nouvelles... août 2007

Le 28 août 2007 - Feria du 3eme type

Comme je vous l’ai dit, la semaine dernière je n’ai pas eu beaucoup de temps pour alimenter le blog… En effet, après un lundi et un mardi très chargés niveau boulot, plus un mercredi dans la sierra, j’ai participé jeudi dernier à la 1ère feria sur le développement économique et touristique de la zone sud de la vallée de Montaro, organisée à Chilca.
L’objectif de cette foire était de réunir sur un même lieu les producteurs, les financeurs et les associations de développement de la région afin de montrer aux nombreux habitants que Chilca n’est plus cette ville qui, dans les années 80, a accueilli dans l’urgence les nombreux desplazados (= déplacés) fuyant le terrorisme du Sentero luminoso (= Sentier lumineux), mais bien un centre économique de premier choix, susceptible d’attirer beaucoup plus d’investisseurs.

En effet, Chilca abrite un très grand nombre de producteurs et artisans qualifiés, capables de répondre assez facilement à la demande locale aussi bien en terme de production de papas, de cuyes et de fleurs, que de textile et d’artisanat. Le souci est que ceux-ci sont encore méconnus dans la région…
La feria était donc l’occasion d’exposer sa production et, pour certains producteurs, d’obtenir des conseils sur la marche à suivre pour obtenir davantage de financements et de débouchés commerciaux. On leur recommande souvent de se regrouper en association afin de créer des synergies et des minis économies d’échelle qui diminueront leurs coûts de production. Ce gain de productivité leur permet ainsi d’atteindre un objectif non seulement régional, mais aussi national, voire international pour le cas des cuyes.

La feria a donc débuté par une inauguration avec tout le gratin politique local et régional. Et une inauguration de feria à Huancayo, ce n’est pas l’inauguration de la foire à la charentaise de Trifouillis-les Oies, avec en guest star M. Dupont, maire depuis 25 ans et grand amateur de vin. Non, non, non. C’est tout d’abord la fanfare du collège qui nous joue l’hymne national du Pérou, ponctué d’un Viva el Perú, viva émis par une foule qui en connaît toutes les strophes par cœur. C’est ensuite des petits discours très emportés qui nous rappellent que le populisme est encore une marque de fabrique made in South America. C’est enfin le brindis (= toast) porté par ces mêmes orateurs, composé de vino semi seco (= sorte de vin rouge sucré) et d’une empanada de carne (= chausson à la viande). Pour clôturer la cérémonie, tout ce beau monde visite un à un chaque exposant, non sans oublier de compléter la empanada par tous les petits plats qu’ils glaneront au gré des différents stands … Autant dire que les producteurs de textile ont rencontré un intérêt assez limité.

De mon côté, j’étais chargé sur place de recueillir les toutes dernières informations et photos pour l’article que je rédigeais pour Résonances, le bulletin mensuel de mon association en France. J’en ai ainsi profité pour aller rendre visite au stand de Brody Erik, que j’avais justement interviewé quelques jours avant… Pour me remercier du futur article, son association de producteurs m’a offert une écharpe en laine de brebis faite à la main (qui ne sent pas, je précise).

Mais ce qui se passe quand on est blanc et un peu plus grand que les autres au Pérou (bien qu’en France, la taille ne soit pas un de mes atouts … quoique Sarkozy a quand même remporté les présidentielles), c’est que l’on se fait tout de suite repérer comme gringo. Et un gringo avec un appareil photo, ça ne laisse pas indifférente la conseillère en communication du président du conseil régional de Junín. Celle-ci m’a donc demandé, avec insistance, d’interviewer son patron, aún cinco minutitos (= même cinq petites minutes). Pour ne pas me mettre toute l’assistance à dos, je m’exécutai et commençai à discuter de la nouvelle politique touristique de la région qui compte en faire une étape incontournable à toute visite de Cuzco… Malheureusement, à la question « Vous connaissez mon nom ? », j’ai commis LA boulette en sortant un petit « Euh … non », qui m’a valu un Ohhhhh d’embarras émis par tous les conseillers de M. Huaro, suivi d’un long silence. Enfin, Vladimiro, pour les intimes, s’est montré compréhensif et m’a sorti de ce grand moment de solitude en me faisant remarquer que la chanson que jouait l’orchestre était française, le Boléro de Ravel.

J’ai ensuite troqué ma casquette de « journaliste » pour devenir vendeur le temps d’une matinée. Vendeur de quoi me direz-vous ? Vendeur de … Crochas, las Crokantes de Cochas. « Achetez péruvien, pas américain », tel était mon slogan, je l’avoue très réducteur … Mais ça a marché : 40 paquets en une heure et demie, de quoi obtenir le titre honorifique de vendedor estrella (= vendeur phare) de la part de ma collègue Sonia. Le fait que je sois gringo a pas mal aidé non plus comme tentative d’approche…
Voilà pour une petite journée sympathique qui m’en a encore appris davantage sur le Pérou, ses habitants et ses coutumes.
Pour information, si vous cliquez sur les photos vous pourrez les voir dans leur taille originale...

Le 26 août 2007 - Visite chez les producteurs à Cochas

Mercredi 22 août, je suis allé visiter un site où est actuellement implanté un projet de développement économique local, à travers le Consorcio Junin, une ensemble d'ONGs aussi bien péruviennes qu'européennes. Je reviendrai plus longuement dans un autre post sur ce projet. Je me suis donc rendu à Cochas, à environ 3 heures de "route" de Huancayo, en compagnie d'Abelardo et d'un groupe de 10 français du CCFD.

Cochas, c'est une ville perdue dans la sierra, où sont principalement cultivées la papa (= pomme de terre) et depuis peu l'alchachofa (= artichaut) à destination de l'Espagne. Le principal problème de la population sur place était qu'elle vendait sa production de papas sur les marchés environnants, mais ce bien n'étant pas transformé, il ne leur rapportait qu'un maigre sustento (= revenu). L'idée a donc été de créer dans cette même ville une usine de traitement de la pomme de terre, afin de la vendre à terme en papitas (= chips).

J'ai donc pu visiter l'usine construite depuis février 2007, avec à la clé une dégustation des papitas locales, les Crocas, pour "Crocantes de Cochas". Je me suis vite rendu compte que pour bon nombre d'habitants de la ville, l'usine, au-delà de représenter une source de nouveaux emplois, était aussi gage du nouveau dynamisme de Cochas, puisque parallèlement à cette planta de procesamiento de la papa, le projet du Consorcio Junin a permis de construire plusieurs pépinières, non seulement pour la production de meilleures papas, mais aussi pour la culture des glaïeuls, destinées elles-aussi aux marchés de Huancayo.

Après avoir rencontré aussi bien les représentants du projet sur place que les représentants politiques (maire et directeur du département du développement économique local), j'ai pu pleinement prendre la mesure des effets bénéfiques de ce projet car deux paysannes m'ont gracieusement accordé un entretien. Elles m'ont expliqué que dorénavant, elles n'avaient plus à aller vendre leur production de papas au marché à 3 ou 4 heures de Cochas, car l'usine leur reprenait, et ce à plus de 30% du prix du marché. Elles peuvent maintenant acheter une nourriture plus variée, qui leur apporte davantage de protéines, et peuvent aussi compter sur l'aide de leurs nouveaux lamas lors des tâches agricoles quotidiennes.

J'ai enfin pu visiter un élevage de cuyes (= cochons d'Inde), qui garnissent les assiettes de bon nombre de huancayens. Là-encore, le projet a permis de créer un élevage de cuyes au sein d'un collège technique d'agri-élevage. Les élèves qui ont choisi de se spécialiser dans cet animal y apprennent tout de A à Z, c’est à dire de la construction des cages, à l'accouplement en passant par la commercialisation de leurs bêtes.
A midi, la municipalité nous a permis de déguster une succulente pachamanca con trucha. C'est un plat traditionnel des Andes qui consiste à chauffer des pierres pendant deux heures puis à les enterrer dans le sol, et enfin à y ajouter les pommes de terre. Les cuisiniers nous avaient ajoutés une bonne truite pêchée dans la rivière du coin, qui, vous l'imaginez bien, était délicieuse.

Cette journée s'est terminée par une visite de Comas et de son nouveau système d'irrigation. Là encore le projet du Consorcio Junin a offert aux producteurs de nouvelles perspectives de production, puisque tout un versant de la montagne est désormais cultivable, augmentant par la même occasion, leurs revenus.
Je ne m'étends pas davantage sur toutes ces infrastructures car il est fort probable qu'elles fassent elles aussi l'objet de nouveaux post dans les prochains mois.

En revanche, je ne peux m'empêcher de vous décrire ces magnifiques paysages que constitue la sierra, côté selva (= forêt amazonienne), pas côté costa. La forêt amazonienne n'étant pas très loin, les montagnes sont vertes à foison, offrant des paysages maraîchers magnifiques. On voit ainsi défiler tout l'éventail des couleurs au travers de ce périple : du vert foncé des champs de papas, au vert clair des champs d'artichauts, en passant par le rouge et le blanc des glaïeuls, et enfin le bleu de la rivière Tulumayo. Ce panorama laisse quelques fois place à des terres non cultivées, où lamas, alpagas, vaches et autres ovejas (= brebis) paissent tranquillement en attendant leur berger qui tente difficilement de gravir les fortes pentes de la sierra. Enfin, au détour d'un versant, on se laisse très rapidement charmer par un des innombrables lacs de la région, où des pêcheurs élèvent les truites qui feront l'objet d'un des mets les plus appréciés à Huancayo, le ceviche de trucha.
Après une très grosse journée, je me séparais des français du CCFD, à qui j'avais assuré un travail de traduction bien fatigant pendant les quelques heures où nos chemins se sont croisés, et je ne tardais pas à m'endormir car dès le lendemain matin, je me réveillais tôt pour la feria de Chilca.

Le 18 août 2007 - Le développement économique local (DEL)

Plusieurs « missions » m’ont été confiées respectivement par l’ONG française et l’ONG péruvienne. Entre autre, je vais aider la municipalité de Chilca, un quartier de Huancayo, à mettre en place son plan de développement économique local (PDEL). En effet, ici, les autorités veulent mettre l’accent sur les nombreuses micro-entreprises qui constituent le tissu économique de la région, auxquelles il faut ajouter un vaste réseau d’artisans et producteurs.

Les micro entreprises sont par définition présentes en ville car elles ont besoin d’avoir une rente journalière que seule une concentration suffisamment forte de population peut offrir. Ainsi, on peut donner l’exemple de ces très nombreux restaurantes qui se comptent en quantités exponentielles ici, et qui, même face à une concurrence exacerbée, ne trouveront que des débouchés ici à Huancayo. L’objectif sera alors d’améliorer par exemple l’hygiène afin d’attirer davantage de clients.

Les artisans, tout comme les producteurs, se trouvent dans la campagne. Ils sont confrontés à deux problèmes majeurs.

Le premier d’entre eux est une incapacité à satisfaire la demande locale, régionale ou nationale due à une productivité trop faible, elle-même causée par la vétusté de l’appareil productif ou des techniques de production inefficaces. Le PDEL pourra par exemple fournir un capital de départ pour investir dans des machines et des infrastructures plus performantes… C’est par exemple le cas des éleveurs de cochons d’Inde, les fameux cuys, de plus en plus prisés par les nord-américains et les japonais, et dont je vous ai joint la photo d’un élevage.

Le second problème est lui plus préoccupant : le manque de débouchés. Le côté positif est que dans un premier temps ils produisent assez pour satisfaire la demande locale. Mais cela ne semble pas suffisant pour leur garantir un bon sustento. L’objectif du PDEL sera alors d’améliorer la commercialisation des produits, par exemple, en améliorant leur qualité afin de séduire des clients européens ou américains plus exigeants.

Cependant LE plus gros frein au développement local à la fois pour les artisans et les producteurs reste le trop grand nombre d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur final. En gros, le but est d’appliquer le même principe que le commerce équitable, à savoir diminuer le nombre d’intermédiaires au maximum afin que le producteur reçoive un revenu décent réellement en phase avec son travail.

En connaissant pour l’instant très peu sur le sujet, je ne pourrai m’étendre davantage, et j’espère bien maîtriser davantage ses tenants et aboutissants d’ici mon retour en France.

16 août 2007

Bonjour à tous,

Comme vous avez dû en entendre parler ce matin dans les quotidiens français, hier soir à 19h00 (02h00 du matin en France) le Pérou a été secoué par un tremblement de terre d’une amplitude de 7,9 sur l’échelle de Richter.
L’épicentre du terremoto était situé dans l’océan pacifique à environ 170 kilomètres à l’ouest des côtes de Pisco (cliquer sur l'image). Les villes les plus touchées sont bien entendues celles situées sur le littoral, principalement Pisco, Ica et Chincha. Un malheur n’arrivant jamais seul, les Etats-Unis ont immédiatement décrété le Pérou, l’Equateur et la Colombie comme zone à haut risque de tsunamis, provoquant l’évacuation d’urgence de villes comme Lima. Cependant, l’état d’urgence a été levé dans la matinée …

Bilan à l’heure actuelle : plus de 380 morts, 800 blessés graves et des villes comme Ica et Pisco, les plus proches de l’épicentre, détruites à 70% selon les autorités locales. Aux dégâts humains, il faut aussi ajouter les dégâts matériels qui continuent de s’aggraver. Ainsi, cette nuit, des villes comme Chimbote, Huancavelica et Huaraz ont été privée d’électricité et de téléphone pendant près de 5 heures. Enfin, le réseau routier, déjà défaillant, a lui aussi été touché, freinant encore davantage l’avancée des secours dans les zones les plus isolées.

Face à la gravité de la situation, le président Alan García a décidé, lors d’une allocution télévisuelle spéciale, de suspendre les cours aujourd’hui, et a invité toutes les forces de police à aider l’armée déjà en place à secourir les blessés et venir en aide aux nombreuses personnes isolées touchées par le séisme.

Ici à Huancayo, nous avons bien entendu ressenti le séisme puisque la seconde réplique du terremoto a eu lieu à seulement 70 kms au sud-est de la ville. J’étais avec Sonia, la secrétaire du bureau d’ADEC-ATC, enceinte de deux mois, lorsque s’est produit le premier tremblement. Nous avons senti le sol bouger, et ce qui pouvait paraître au début comme un simple mal de tête s’est vite mué en un sentiment assez particulier mêlant peur et excitation. Pour quoi un mal de tête ? Tout simplement parce qu’un tel événement est incroyable, au sens premier du terme, au point que lorsqu’il se produit, on pense tout d’abord que quelque chose ne tourne pas rond dans sa tête. Mais après s’être regardé avec Sonia, nous avons tout de suite compris que quelque chose d’anormal se passait. Nous sommes donc tous sortis dans la rue, au son des « Jesús, Jesús, Jesús » émis par des péruviens dont je découvrais alors la formidable foi en Dieu. Je dois dire que j’ai été surpris par le calme qui a prévalu, et cela tient en grande partie au fait que les habitants priaient en se tenant par la main. Même si cette séquence surréaliste d’un peuple ultra croyant n’a duré que quelques minutes, laissant place par la suite à des discussions plus « logiques » autour du séisme, il est certain que cela restera un grand souvenir de mon séjour au Pérou.

En rentrant chez moi, je demandai à tout le monde si tout allait bien, et j’appris que le plafond de chaque étage s’était fissuré pendant le séisme, vestige d’un tremblement de terre particulièrement destructeur.

Mais si la solidarité reste de mise dans ce genre de situation, les populations locales doivent maintenant faire face à un problème tout aussi important sur le plan personnel : le vol des maisons abandonnées par des groupes organisés qui montrent par de tels actes que le malheur des uns fait bien souvent le bonheur des autres ... Mes pensées vont bien entendues à toutes ces familles qui, vivant au jour le jour, n’ont pu investir dans des maisons solides, et dont les murs se sont malheureusement effondrés, laissant place à un spectacle d’autant plus effroyable pour elles que toutes leur vie s’y trouvait consignée.

14 août 2007

Salut à tous,

C'est bon, comme vous le savez je suis au Pérou.
Tout se passe bien ici, quoique je commence à avoir sacrément mal au ventre. Serait-ce un début de tur***a ?
Cet email pour vous donner le lien du blog que j'ai créé pour vous faire partager mon séjour ici à Huancayo : http://romainferretti.over-blog.com/
J'essaierai de le mettre à jour aussi souvent que possible, mais ça prend pas mal de temps ...

Voilà, en espérant que vous aurez plein de commentaires à laisser !

A bientôt, Romain


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