Dalits : l’oppression n’est
pas une fatalité
En Inde, les Dalits, ou Intouchables, sont l’objet
d’un système de discriminations proche de l’apartheid.
Depuis 6 ans, FDH soutient le Réseau de Groupes d’Action
Sociale, qui lutte pour la défense des droits de Dalits et des
populations marginalisées.
L’Inde est la plus grande démocratie du monde. Pourtant,
de larges couches de la population vivent dans la marginalisation, en
proie à des discriminations quotidiennes. La grande majorité
sont des Dalits (signifiant « homme brisé »), plus
connus sous le nom d’Intouchables. Représentant 17 à
20% de la population indienne, soit 170 à 200 millions de personnes,
ils vivent au ban d’une société qui les rejette, au
nom du système de castes. Victimes d’une ségrégation
sociale et économique, 90% d’entre eux vivent en dessous
du seuil de pauvreté, dans des conditions de misère extrême.
Des discriminations quotidiennes
En 1947, la Constitution interdit l’intouchabilité, mais
elle reste cependant une pratique courante. Tous les jours, les Dalits
voient leurs droits fondamentaux bafoués. L’accès
aux ressources communes (puits dans un village, électricité,
pâturages communaux, etc.), leur est refusé, particulièrement
en milieu rural. Considérés comme « impurs »,
ils doivent vivre dans des villages, à l’écart des
gens de caste, et n’ont pas le droit d’entrer dans les temples.
Un système de quotas a été instauré pour leur
garantir des places dans l’éducation et des postes dans l’administration
publique, mais les résistances sont fortes et les Dalits ont beaucoup
de mal à faire prévaloir leurs droits.
Ils sont par ailleurs cantonnés aux tâches les plus pénibles,
jugées dégradantes et impures : collecte des ordures et
des excréments, ramassage des morts et des carcasses d’animaux,
tannerie, etc. Et lorsqu’ils osent protester, ils sont violemment
réprimés.
L’accès à la terre
Dans les campagnes, où vivent une grande majorité des Dalits,
le système de castes est encore plus ancré qu’en ville.
Les terres sont concentrées dans les mains de grands propriétaires
: 12% des familles possèdent 60% de la terre. Les Dalits y travaillent
comme ouvriers agricoles et ce, dans une grande précarité.
Acculés à la misère, ils sont souvent contraints
d’emprunter de l’argent aux propriétaires terriens.
Ils deviennent alors des « travailleurs liés » (bounded
labourers), attachés au propriétaire jusqu’au remboursement
total de leur dette (somme initiale plus des intérêts très
élevés), c’est-à-dire le plus souvent à
vie. Une forme d’esclavage, totalement interdite par la loi. Quant
à l’accès est la terre, il leur est refusé.
Pourtant, un droit ancien exige que les communes attribuent des terrains
aux Dalits.
Des travailleurs très vulnérables
Hommes, femmes et enfants trouvent également du travail non qualifié,
souvent saisonnier, dans les chantiers de construction, les carrières
de pierre, les briqueteries ou bien encore la sous-traitance industrielle.
Embauchés sans contrat, ils ne bénéficient pas de
la législation du travail et travaillent bien souvent dans des
conditions extrêmes. Le travail à domicile est très
courant, notamment pour les femmes et les enfants, dans le secteur du
petit artisanat : taille de pierres semi-précieuses, fabrication
de « beedis » (cigarettes locales), etc. Rémunérés
à la pièce, ils sont exploités et isolés.
La nécessité de s’organiser
Depuis plusieurs années, les couches les plus marginalisées
de la population tentent de s’organiser en groupes d’action
sociale pour promouvoir et défendre leurs droits civiques et économiques.
Afin de renforcer ces initiatives, souvent limitées à un
secteur géographique (ville ou village) ou économique (ouvriers
agricoles, du secteur informel, travailleurs liés, etc.), un réseau
s’est créé dans le Sud du pays, avec le soutien de
FDH et de l’ONG indienne FEDINA*. Le Réseau de Groupes d’Action
Sociale a ainsi été mis en place en 1996. Il regroupe une
douzaine d’organisations présentes dans trois états
(Karnataka, Kerala et Tamil Nadu) et appuie l’action d’une
centaine de petits groupes de base de Dalits, de travailleurs liés,
d’ouvriers ou de femmes, soit environ 128 000 personnes.
Des actions locales, nationales et internationales
L’une des priorités du Réseau est d’organiser
les Dalits dans les villages, de les mobiliser dans la lutte pour leurs
droits. Des systèmes d’épargne-crédit sont
ainsi mis en place afin de fournir des fonds pour le remboursement des
dettes ou éviter à d’autres ouvriers dans le besoin
de se lier à un propriétaire. Les groupes d’ouvrier(e)s
de tous les secteurs s’organisent pour obtenir des conditions de
travail décentes et des salaires plus justes. L’éducation
et la formation sont deux volets importants du projet. Les enfants sont
peu à peu réintégrés dans le système
scolaire avec l’organisation de classes dans les villages et de
nombreuses sessions de formation sont organisées pour les adultes.
Des campagnes de lobbying sont menées au niveau national afin de
sensibiliser la population et les autorités aux problèmes
de Dalits et de faire appliquer les législations en vigueur. Des
actions de revendications pour l’accès à la terre
ou le respect du quota des emplois publics sont également entreprises.
Enfin, FDH œuvre en France et en Europe, pour relayer la parole
des Dalits au niveau international, au sein du Collectif Dalit. Créé
à l’initiative de FDH et de deux autres associations (ADER,
Fondation France Libertés), ce Collectif réalise des actions
de sensibilisation destinées du grand public (expositions, rencontres,
etc.) et de la communauté internationale.
Aurélia Lieberherr
*Foundation for Educational Innovations in Asia
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