Indonésie : Un retour à
la terre enfin possible
La mise en œuvre d’une réforme
agraire juste et équitable est un enjeu essentiel pour le développement
de l’Indonésie, où la moitié de la population
dépend directement de l’agriculture pour vivre. Depuis 4
ans, FDH soutient l’organisation indonésienne KPA dans son
combat pour l’accès à la terre.
En décembre 2001, l’Assemblée Consultative Populaire
(MPR) adopte enfin un Décret sur la Réforme agraire et la
gestion des ressources naturelles. C’est une victoire pour KPA (Consortium
pour la réforme agraire) qui lutte depuis 8 ans pour la mise en
place de véritables mesures agraires en Indonésie. L’espoir
d’une plus juste répartition foncière semble enfin
renaître pour des dizaines de milliers de petits paysans, expulsés
de leurs terres sous la dictature de Suharto.
Trois décennies de «Nouvel Ordre»
Si la Constitution de 1945 et les lois agraires de 1960 prévoient
un contrôle des ressources naturelles et agricoles par l’Etat,
au profit du bien être de la population, une toute autre réalité
a prévalu pendant le règne de Suharto. 32 ans de Révolution
Verte ont surtout favorisé le développement de l’agro-industrie
et l’enrichissement d’une poignée d’investisseurs
locaux ou internationaux. En offrant aux grandes multinationales implantées
sur le territoire le libre accès aux ressources naturelles, l’Etat
a systématiquement laissé pour compte la petite paysannerie
et les populations indigènes. Privés de tout moyen pour
défendre leurs droits et leurs intérêts, les petits
paysans ont vu leurs conditions de vie se précariser. Durant les
années 70, des dizaines de milliers de paysans ont ainsi été
chassés de leur terre, pour développer des plantations ou
des exploitations minières. Pour survivre, ils sont devenus ouvriers
agricoles sans terre ou ont migrer vers les villes dans des conditions
misérables.
Les conséquences de la crise asiatique
La Révolution Verte a certes réussi à doubler la
production par 10 depuis 1950 et assurer une certaine autosuffisance alimentaire
à l’Indonésie mais ces résultats sont devenus
obsolètes dès lors que la crise asiatique a touché
de plein fouet l’économie indonésienne, en 1997. L’effondrement
des secteurs industriels et agro-industriels ont aggravé la situation
du milieu paysan. Les émeutes de 1998 ont enflammé aussi
bien les villes que les campagnes, en raison, entre autres, des pénuries
de riz. Les groupes les plus touchés par la crise sont les paysans,
particulièrement les paysans pauvres et les ouvriers agricoles.
Avec la diminution de leur pouvoir d’achat, ils perdent aussi les
capacités d’acheter des aliments de base et des engrais.
Au moment de la récolte, les productions ne suffisent pas pour
s’alimenter et ils se retrouvent alors à faire appel à
des usuriers.
De nouvelles perspectives
Aujourd’hui, on dénombre plus de 2 000 cas de conflits liés
à la terre. Ils concernent plus de 250 000 familles expropriées
sans ménagement, dans des conditions parfois très violentes,
et plus de 4 millions d’hectares de terre. La chute du Président
Suharto en mai 1999 et le retour vers plus de démocratie ouvrent
une nouvelle ère de «réformes». Des groupes
de paysans s’organisent alors pour occuper et reprendre le contrôle
des terres dont ils avaient été chassés, notamment
à Java et à Sumatra. Ils y cultivent des cultures vivrières
(riz, soja, maïs, …) pour survivre. Certains paysans tentent
de cultiver des cultures commerciales : gingembre, poivre, melons, …
Mais, outre les menaces qu’ils reçoivent des militaires ou
des compagnies, ils doivent aussi faire face à des difficultés
économiques : manque de capitaux, prix élevés des
intrants, difficultés de commercialisation, fluctuations du marché,
…
L’émergence d’un mouvement paysan
uni
La mise en œuvre de la réforme agraire repose sur une véritable
volonté du gouvernement mais aussi sur l’organisation d’un
mouvement paysan fort et indépendant capable de porter et d’appliquer
cette réforme. Jusqu’à présent muselées
au sein du HKTI, une organisation étatique dirigée par des
militaires et défendant les seuls intérêts de l’Etat,
de nombreuses petites organisations paysannes locales retrouvent aujourd’hui
leur liberté d’expression et d’action. Le Consortium
pour la Réforme agraire, KPA, a été créé
en 1994 pour stimuler la prise en compte des questions agraires dans la
société. Il forme aujourd’hui un véritable
réseau d’ONGs, d’organisations paysannes et d’individus
et compte 140 membres. L’objectif premier de KPA est d’appuyer
la consolidation d’un mouvement paysan indépendant mais il
veut aussi répondre à un autre aspect essentiel : les problèmes
post-réforme agraire, c’est à dire l’amélioration
des structures de production et des activités économiques.
Une action au niveau local
Depuis 1997, FDH soutient KPA dans la mise en œuvre d’un projet
de consolidation de l’organisation paysanne par des initiatives
économiques dans 5 communautés de l’Ouest de Java.
Ce programme touche plus de 500 familles de paysans. Individuellement,
elles possèdent entre 0,2 et 0,8 hectares de terre, qu’elles
ont obtenues après occupation. Le démarrage des activités
de production a été précédé par tout
un travail préparatoire : consultations locales, mise en place
d’un atelier régional de planification, formations des paysans
à la gestion de projet… Chaque communauté a pu ainsi
définir ses besoins. Un système de prêt a été
mis en place par KPA pour l’achat de semences, engrais et pesticides.
Les paysans ont ainsi produit du maïs, du gingembre, des légumes,…
sur des terres mises en commun, en plus des terres qu’ils cultivent
individuellement. Les profits économiques découlant de la
vente des produits agricoles sur le marché sont redistribués
aux bénéficiaires individuels et aux communautés
locales, d’une part (2/3), et à KPA d’autre part (1/3).
Une action au niveau national
Depuis sa création, KPA travaille avec d’autres organisations
locales sur les questions de la restitution des terres aux paysans qui
en ont été chassés et la redistribution de celles
contrôlées par les grands propriétaires et les compagnies
étrangères. La récente adoption du Décret
sur la réforme agraire et la gestion des ressources naturelles
par le MPR consacre plusieurs années d’efforts et de mobilisation
de KPA. Ce Décret offre enfin une référence légale
pour tous les acteurs de la société luttant pour la réforme
agraire. Mais le combat est loin d’être terminé, pour
KPA et ses partenaires, car il faut maintenant obtenir la mise en œuvre
effective de ce Décret par la promulgation de lois et de mesures
concrètes.
Aurélia Lieberherr
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