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Philippines : Travail, sécurité et dignité pour les habitants de Pampanga

Le 15 juin 1991, après 6 siècles d’inactivité, le volcan Pinatubo s’est réveillé. Il a provoqué 1 000 morts et un désastre écologique et économique dans la région de Pampanga. Depuis cette date, FDH et son partenaire, l’association philippine PDRN travaillent avec les populations afin de prévenir et gérer les risques naturels toujours latents, développer des activités économiques pérennes et permettre à chacun de prendre son destin en main.

Suite à l’irruption du Pinatubo, la région de Pampanga, aussi appelée le « grenier à riz » des Philippines a vu ses dizaines de milliers d’hectares de rizières et de forêt dévastées et stérilisées pour un temps. Des centaines de milliers de personnes ont été plongées dans un total dénuement (destruction des habitations et des récoltes, problèmes de ravitaillement en eau, en nourriture…).

Présente dans la région de Pampanga depuis 1990, FDH a remarqué le travail exceptionnel d’aide d’urgence réalisé par PDRN juste après l’éruption. Ainsi est né le partenariat entre nos deux organisations. Au début, le travail mené en commun fut centré sur le renforcement de la capacité institutionnelle de PDRN, l’appui à la gestion des risques et à la création d’organisations communautaires dans les villages.

Puis, très vite, FDH et PDRN partageant la même préoccupation pour le développement durable, ont décidé d’adjoindre la réhabilitation et la diversification des activités économiques à leur programme d’actions, tout en poursuivant la formation à la prévention et à la gestion des risques naturels, toujours fréquents dans la région.

Treize ans après, FDH et PDRN poursuivent l’accompagnement de milliers de familles qui luttent au quotidien pour vivre et travailler dans la dignité et la sécurité. Qui mieux que les acteurs et les bénéficiaires de ce projet peuvent témoigner de leur vécu et des résultats obtenus ensemble ? Nous avons donc décidé de leur laisser la parole.

Gloria Aguilos a 49 ans. Fille et femme de marin, elle a 5 enfants et 5 petits enfants. Gloria est la « comptable » du groupe communautaire créé, avec le soutien de PDRN, dans le village de Mabuanbuan comptant 600 habitants.

« Après 20 ans d’utilisation, notre bateau a rendu l’âme. C’est à cause de l’augmentation du taux de sel dans les fleuves suite à l’éruption du Pinatubo. Depuis cette catastrophe, il y a eu aussi beaucoup d’accidents avec les barres de sable et de boue qui se sont créées après l’éruption. On s’est retrouvé face à un problème de survie. Sans bateau nous ne pouvions pas aller à la pêche, et sans poisson, nous ne pouvions pas vivre. Nous voulions à tout prix racheter un bateau, mais les taux d’intérêt proposés par les usuriers locaux qui vont jusqu’à 20% rendaient l’investissement non viable. Alors, je me suis adressée au fonds de crédit local mis en place par l’organisation communautaire de mon village grâce à l’appui de PDRN et FDH. Le programme étant très simple, j’ai adhéré au fonds de roulement avec un investissement initial de 100 pesos (2€). Depuis, j’ai le droit d’emprunter jusqu’à 5000 pesos (100€) si je suis bien les règles pour les remboursements.
Nous avons emprunté 3 fois pour financer l’achat de notre bateau. En trois mois nous avions tout remboursé ! Notre bateau permet à mon mari d’aller à la pêche tous les jours et d’assurer ainsi un revenu digne pour toute notre famille.

L’accès à ce fonds de roulement nous a donné de l’espoir à tous. Nous nous rendons compte qu’avec organisation, discipline et mobilisation, nous pouvons changer notre sort.
Beaucoup d’enfants ne vont pas à école secondaire, les miens y vont grâce à mes revenus améliorés suite à l’emprunt.

Avant la création de ce fonds de roulement local en 1998, je ne me permettais pas de rêver d’une vie meilleure, gagnée par nos propres efforts et à travers le groupe communautaire.
Je voudrais que notre village soit un exemple pour d’autres. Je voudrais leur dire, oui, c’est possible ! »

Edna Gregorio, 32 ans, mariée et mère de 3 enfants vit dans le village de Baruya gravement touché par l’éruption du Pinatubo. Les activités économiques du village, majoritairement agricoles, ont été rendues impossibles par cette catastrophe naturelle.

Edna, qui était une jeune femme à l’époque, a vu les revenus de sa famille diminuer dramatiquement. Son père a dû quitter ses terres devenues incultivables pour entreprendre une activité de barbier. Son mari, lui, s’est reconverti en ouvrier journalier agricole et dans la construction. Les salaires modestes obtenus par ces activités n’ont toutefois pas permis de subvenir aux besoins de la famille. Edna a donc pris la décision d’y contribuer en se lançant dans la vente de repas sur un stand mobile. « Au début mon père m’a prêté un peu d’argent pour l’achat de mon stand, mais j’ai été obligée d’emprunter de l’argent à un usurier pour acheter mon stock d’ingrédients. Ses taux d’intérêt, supérieurs à 10% par mois, me permettaient à peine de dégager des bénéfices et contribuer à la caisse familiale.
En adhérant à l’organisation villageoise mise en place avec l’aide de PDRN, j’ai appris qu’il existait un programme de micro-crédit géré par nous mêmes. Naturellement, j’ai tout de suite voulu m’inscrire à ce programme, mais on m’a expliqué qu’il fallait se former d’abord. Les ateliers de formation sur le micro-crédit animés par PDRN m’ont été extrêmement utiles. Ils m’ont permis de comprendre mes propres responsabilités envers le groupe.
Maintenant, je comprends que je sers la communauté en servant les intérêts de ma famille. J’ai emprunté 3000 pesos (60€) au fonds communautaire pour acheter des ingrédients pour mon stand. Maintenant, je peux préparer des plats plus diversifiés car j’ai plus d’ingrédients. J’achète du riz, du porc, des œufs de cailles, de la farine, des légumes, des noix de coco…. Le taux d’intérêt qui est de 5% par mois me permet de dégager un bénéfice. Je peux donc contribuer à assumer les dépenses familiales. Je n’ai plus besoin de m’adresser aux usuriers de la région. Je suis sortie du piège de l’endettement grâce à cet emprunt.
De plus, une partie des intérêts que je rembourse au fonds de roulement du village alimente directement la caisse communautaire qui nous permet de monter des petits projets de développement dont tous les habitants du village profitent.

Par exemple, nous avons financé un programme de nettoyage du village réalisé par certains villageois. En contrepartie, les bénévoles qui ont participé à cette action reçoivent à manger.
Au sein de ma famille, je ressens aussi la différence. Au début mon mari n’était pas très convaincu de l’utilité de ma participation à ce fonds de micro-crédit. Maintenant, non seulement il a compris, mais il y a des périodes où j’ai tellement de travail qu’il vient m’aider sur mon stand !
Les ateliers de formation organisés par PDRN m’ont aussi appris l’importance de l’épargne. Maintenant, je participe à hauteur de 14 pesos (0.28€) par semaine à un plan d’épargne mis en place par notre organisation. Cet argent servira pour l’éducation de mes enfants. La conscience de ma contribution à la vie de la communauté a été réveillée par mes activités au sein du groupe. J’aimerais pouvoir donner aux autres ce que le groupe m’a aidé à obtenir. »

Malgré un contexte très difficile, le travail par les villageois, avec le soutien de PDRN et de FDH a porté ses fruits. En effet, ensemble nous avons réussi à faire évoluer notre travail d’aide d’urgence vers un véritable programme de développement économique et de citoyenneté par la formation. Les organisations de bases qui avaient pour vocation initiale exclusive de former à la prévention et à la gestion des risques se sont transformées en lieux de participation active à la vie économique et sociale et, à l’émergence de citoyens. Ainsi, des milliers d’individus sont passés du statut de victimes à celui d’acteurs de leur propre destin et de celui de leur communauté. Car, comme le dit le proverbe, «si tu veux monter un projet pour une année, sème du riz ; pour dix ans, plante un arbre ; pour toute une vie, éduque les gens ».

Sabine Benjamin

* PDRN = The Pampanga Disaster Response Network ou Réseau de lutte contre les catastrophes dans la région de Pampanga



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