Le monde rural, acteur essentiel de
changement
Depuis
toujours les Hommes ont eu recours à l’agriculture, la
pêche et l’élevage pour assurer leur survie. Cette
fonction nourricière vitale pour tous est aujourd’hui fragilisée.
Le monde rural est également confronté aux questions qui
font débat dans nos sociétés telles que la paupérisation
grandissante, la répartition inégale des richesses, la
participation citoyenne aux politiques nouvelles, l’accès
et la gestion des ressources naturelles, la lutte en faveur du respect
des droits, la quête de sens, de repères et d’identité…
FDH et ses partenaires qui accompagnent depuis 40 ans les populations
rurales marginalisées peuvent témoigner des mutations
politiques et sociales observées en matière de développement
et de défense des droits et, de construction d’une citoyenneté
dont les combats bénéficient à l’ensemble
de la communauté humaine.
Brosser le portrait du monde rural dans les pays du Sud pourrait revenir
à réaliser un tableau bien sombre !
En effet, malgré la diversité des contextes politiques,
économiques, sociaux, culturels et environnementaux… de ces
pays, un constat commun à tous s’impose, les populations
qui y vivent doivent faire face à des problèmes structurels
et conjoncturels difficiles à vivre et complexes à résoudre.
Souffrant de la faim, vivant dans des conditions sanitaires contestables,
de faible niveau scolaire et parfois très isolés, les ruraux
sont confrontés à de grandes difficultés d’accès
aux ressources naturelles (terre, eau…), à des moyens techniques
(formation, équipement, technologie, information…) et financiers
(micro-crédit…).
Très vulnérables, leurs droits les plus élémentaires
sont fréquemment bafoués par de grands propriétaires
terriens, des usuriers, des employeurs leur imposant des conditions de
travail proches de l’esclavage pour un salaire misérable
et, des représentants des pouvoirs publics (police, justice…)
dont les décisions relèvent souvent plus de l’arbitraire
que de la loi…
Dans l’espoir d’échapper à la pauvreté
et pensant y bâtir un avenir meilleur, des millions de ruraux ont
migré vers les villes aux cours des décennies passées.
La majorité d’entre eux s’y sont retrouvés socialement
et économiquement exclus. Installés dans des habitats de
fortune (bidonvilles), ils sont confrontés à la précarité
d’emplois dans la construction ou le travail domestique… qui
les enferme souvent dans le cercle vicieux de la survie.
FDH qui accompagne les ruraux ayant migré dans les centres
urbains, a toujours tenu à soutenir ceux qui sont restés
sur place et n’ont pas succombé aux mirages de la ville et
de l émigration.
Depuis 40 ans, nous menons des projets initiés et mis en place
par les populations afin de permettre leur développement non seulement
économique, mais également social, politique, culturel et
environnemental.
Les résultats déjà obtenus sont des preuves tangibles
qu’avec une véritable volonté, des dynamiques porteuses
peuvent émerger et faire de ces zones pourtant sinistrées,
le berceau de pratiques pouvant avoir des répercussions positives
sur l’ensemble de la société.
Des acteurs d’un développement
solidaire
FDH et ses partenaires du Sud mènent des projets d’accompagnement
des ces populations en grandes difficultés en les soutenant dans
le renforcement de leurs capacités d’organisation, de négociation,
de maîtrise de techniques, d’amélioration de leurs
revenus et, de revalorisation de leur culture…
En Bolivie, Coraca
Protal a permis à des descendants de paysans devenus
chômeurs suite à la fermeture de mines de s’organiser
pour réinvestir des terres vierges et reprendre la production agricole
vivrière, plutôt que d’aller grossir les bidonvilles
des cités alentours. Grâce à des formations et à
des efforts communs pour valoriser le potentiel agricole de ces terres,
des centaines de familles vivent et travaillent aujourd’hui dans
la dignité. Elles ont par exemple relancé la production
et la consommation du « locoto » (piment local)
jusqu’à Cochabamba, ville principale de la région,
rendue accessible par la construction d’une route négociée
avec les autorités. Fortes de ces expériences, ces familles
ont décidé d’organiser des circuits de tourisme solidaire,
nouvelle source de revenus et moyen original de faire partager leurs traditions
indiennes.
Au Rwanda, pays où les terres cultivables manquent,
Duhamic-Adri
accompagne les ruraux dans la création d’emplois et la diversification
de leurs activités. Des dizaines d’entre eux suivent des
cours de menuiserie artisanale et de maîtrise du processus artisanal
(accès au crédit, gestion, commercialisation…) qui
leur ont permis de participer à l’amélioration de
l’habitat dans 2 régions rurales et urbaines du pays, tout
en agissant de manière positive sur l’environnement en participant
à un projet de reboisement.
Ces exemples prouvent qu’en dépassant une vision exclusivement
économique des problèmes rencontrés par ces populations
en difficultés on est en mesure d’apporter des réponses
durables et porteuses à des problèmes structurels et conjoncturels.
Par des formations techniques, la reconnaissance de leurs potentiels humains
et de leurs identités et, une meilleure maîtrise des mécanismes
de décisions, ces milliers de ruraux ont su conquérir une
confiance individuelle et collective pour devenir acteurs de leur destin
en ne subissant plus leur environnement comme une fatalité.
Contribuer à la construction de sociétés
plus democratiques
Bien que souvent très marginalisés et bafoués dans
leurs droits économiques, sociaux, politiques et culturels, les
ruraux savent être très actifs dans l’impulsion et
la construction de pratiques démocratiques.
Au Brésil, le MST
est devenu un mouvement social dont les actions dépassent très
largement la lutte pour la réforme agraire et l’amélioration
des conditions de vie et de travail des paysans sans terre. Nombre de
ses membres sont souvent des victimes non reconnues de brutalités
et parfois de massacres orchestrés par de grands propriétaires
terriens avec la complicité de représentants de pouvoirs
locaux. Refusant catégoriquement le recours à la violence,
le MST s’attache par voies légales à la recherche
de la vérité et à donner de la visibilité
aux violations de la loi en toute impunité si fréquentes
au Brésil, pays inégalitaire s’il en est.
En Inde, les
Dalits, tribaux et autres catégories discriminées membres
d’IRDS ont partagé leur expérience de
défense des droits avec des ruraux et d’urbains touchés
par le tsunami. Après le départ des caméras du monde
entier, ces victimes ont subi la volonté d’entreprises de
tourisme, d’exploitation du gaz… et de certaines autorités
de les déloger de leurs lieux de vie pour raison économiques
contraires à leurs intérêts. Ces exclus dispensent
des conseils juridiques et accompagnent ces populations dans leur processus
de négociation.
Aux Philippines, PDRN
qui s’est créé suite à l’éruption
du Pinatubo est très active auprès des ruraux vivant dans
des zones menacées par les catastrophes naturelles, très
fréquentes dans la région de Pampanga. Elle soutient leurs
activités de réhabilitation économique et sociale.
Ses résultats obtenus lors des inondations de l’été
2002 en matière d’organisation des secours d’urgence,
d’évaluation des besoins… dans les villages isolés
a conduit les autorités régionales à solliciter la
présence des représentants de PDRN et des villages au sein
des « conseils régionaux de prévention des risques ».
Depuis, ils participent à l’élaboration de politiques
publiques, signe d’une reconnaissance officielle de la pertinence
et de la qualité de leur mobilisation collective.
En Haïti, l’absence d’un Etat de droit
fait de l’arbitraire, l’insécurité et les difficultés
de subvenir à leurs besoins, le lot quotidien des haïtiens.
Le CRESFED y
mène un projet ambitieux en faveur de l’avènement
de la démocratie, par la formation en milieux rural et urbain.
Le but est de développer les compétences de responsables
d’associations et d’animateurs de terrain. Favoriser la participation
citoyenne à la vie sociale, économique et culturelle des
communautés et du pays tout en renforçant les capacités
d’élus locaux à la reconstruction du tissu social
et à la gestion locale, est un de ses objectifs principaux. La
réintroduction de l’instruction civique dans les programmes
scolaires est d’ailleurs un de ses chevaux de bataille.
Malgré des conditions de vie et de travail très difficiles,
les populations rurales s’organisent pour être plus forts
dans un esprit non corporatiste, mais au nom de la défense du droit
et de l’intérêt général. Conquérir
la parole, prendre des responsabilités individuelles et collectives,
développer des capacités de concertation, de négociation
et d’action sont autant d’atouts pour une meilleure participation
de toutes les composantes des sociétés.
Dans un contexte mondial où les lieux de prise de décision
(OMC, BM, FMI, ONU…) et les critères de référence
sont définis par un nombre restreint d’individus et d’institutions,
il est important que les citoyens se donnent des outils pour mieux comprendre
et participer aux débats.
Au sein du monde rural souvent perçu comme garant de la tradition
émerge de plus en plus des acteurs de changement, de progrès
qui savent faire entendre leur voix et créer des liens avec le
reste de la société sur la défense du droit à
l’alimentation, à la santé, à l’éducation… ;
la prévention des conflits, l’accès et la gestion
raisonnée des ressources naturelles, et au delà les dangers
du brevetage du vivant, les traités de libre-échange… :
des questions cruciales qui nous concernent tous.
Sabine Benjamin
CORACA PROTAL: Corporation Paysanne d’Agriculteurs
et d’Eleveurs
MST : Mouvement des Sans Terre
IRDS : Fédération pour le droit à
la terre des Dalits
PDRN : Réseau de lutte contre les catastrophes
dans la région de Pampanga
CRESFED : Centre de Recherche et de formation Economique
et Sociale pour le Développement
UGPM : L’ Union des Groupements de paysans
de Méckhé
Consortio Junin : est composé de l’Association
du Travail pour le Développement, l’ Equipe d’Education
et d’Autogestion Sociale et l’ Institut de Développement
Urbain
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