Imprimer cette page

COOPERER [partage des moyens]
Mexique : les revendications pour l’école
mobilisent l’assemblée populaire

SOMMAIRE  

PARTICIPER [citoyen engagé]

Venezuela  : l’université contribue à la vie des quartiers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

MANIFESTER [combat public]

Les paysans boliviens obligent le parlement à voter . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

FORMER [savoir pour agir]

Les pêcheurs honduriens protègent l’environnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

COOPERER [partage des moyens]

INFORMER [confronter les idées]

TEMOIGNER [culture solidaire]

PORTRAIT [à la rencontre de ...]

 

Depuis mi-décembre dernier de nombreux prisonniers sont relâchés des prisons de l’état d’Oaxaca. Ces libérations tiennent lieu de victoire pour des milliers de Mexicains. Que leur reprochaient les autorités ? Rien qui vaille devant la justice, si ce n’est d’avoir soutenu des enseignants en grève, d’avoir résisté face à une féroce répression organisée par le gouverneur de l’état, M. Ulises Ruiz, et pour nombre d’entre eux d’appartenir à l’Assemblée Populaire des Peuples d’Oaxaca (APPO). Car les tensions sont fortes entre les autorités fédérales et la population d’Oaxaca, capitale de l’état du même nom au sud du Mexique, peuplée en majorité d’indigènes. 

Tout commence en mai dernier, quand plus de 40 000 enseignants du Syndicat national des travailleurs de l’éducation manifestent pour obtenir l’amélioration de leurs conditions de travail : salaires mais aussi moyens pour les écoles (eau, sanitaires, électricité, matériel, etc.). Dans cet état riche en matières premières (or, argent, pétrole, plomb, charbon…) où la population fait cependant partie des plus pauvres du pays, le syndicat fait valoir ses revendications depuis plus de 25 ans. Pour toute réponse, Ulises Ruiz - élu frauduleusement et connu pour être répressif et corrompu – leur envoie ses forces armées. Face à cette violence institutionnelle, la population soutient les manifestants et très vite le mouvement se radicalise. « Nous sommes engagés dans la transformation démocratique du pays », raconte Flavio Sosa, l’un des porte-parole du mouvement.

 
  Soutien de nombreuses associations
mexicaines aux enseignants grévistes
© APPO

Dans cet état où la tradition indigène dominante place l’«assemblée» comme l’instance suprême dans l’organisation sociale, la population a créé l’APPO, en réponse aux violences faites aux enseignants et face au refus des autorités de proposer des réponses adaptées. Regroupant plus de 350 organisations qui réunissent la quasi-totalité des fonctionnaires, les communautés paysannes, syndicales, indigènes, ouvrières, etc., l’APPO soutient les enseignants grévistes et réclame la destitution du gouverneur de l’état. A la recherche d’une organisation politique propre, elle rejette désormais la façon d’être gouvernée. « Il s’agit du droit à l’autodétermination des peuples » explique Carlos Brea, porte-parole de l’Union des communautés indigènes de la zone nord de l’isthme, elle-même membre de l’APPO.

Bientôt c’est le blocage complet dans l’état. Car pendant que des barricades sont montées par milliers en ville et que des bâtiments publics (écoles, mairies, universités) occupés, Ulises Ruiz utilise ses polices et milices pour poursuivre sa brutale répression. Ses méthodes pour faire taire la population en colère  ? Mauvais traitements, séquestrations, tortures, arrestations injustifiées, disparitions, emprisonnements, assassinat d’une vingtaine de personnes et manipulation de la presse pour criminaliser l’APPO et ses membres, dont les nombreux responsables sont écartés et forcés au silence.

Aujourd’hui, Ulises Ruiz reste en place, car le nouveau président du Mexique, M.Calderón, élu en juillet dernier à la présidence du Mexique à la suite d’une manipulation des urnes [1], a besoin de lui pour gouverner dans un pays où il est confronté à une résistance populaire déjà très forte. Partout dans le pays, des Assemblées populaires des peuples se créent, organisations qui remettent radicalement en cause la façon dont ils sont gouvernés. Même si ces derniers mois les autorités d’Oaxaca ont cherché par tous les moyens à affaiblir cette lutte populaire en emprisonnant plusieurs dizaines de représentants du mouvement, « l’APPO vit, la lutte continue !» comme le clament bon nombre de citoyens mexicains.

FDH


Notes :

[1]  Lire l’article «Un nouveau mouvement social s’empare des rues de Mexico » dans Résonances latino-américaines n°7.
Source : RISAL - Réseau d'information et de solidarité avec l'Amérique latine : http://risal.collectifs.net



En cas de reproduction de cet article, veuillez indiquer les informations suivantes : Source : Frères des Hommes - www.france-fdh.org

Frères des Hommes