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PORTRAIT [à la rencontre de ...]
Joël Girard, philosophe populaire dans
l'économie solidaire du Brésil

SOMMAIRE  

PARTICIPER [citoyen engagé]

Venezuela  : l’université contribue à la vie des quartiers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

MANIFESTER [combat public]

Les paysans boliviens obligent le parlement à voter . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

FORMER [savoir pour agir]

Les pêcheurs honduriens protègent l’environnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

COOPERER [partage des moyens]

INFORMER [confronter les idées]

TEMOIGNER [culture solidaire]

PORTRAIT [à la rencontre de ...]

 

Français d’origine, installé à Camaragibe, commune de la région métropolitaine de Recife, Joël s’est « brasilianisé » au fil du temps. Seul l'usage, parfois, de la traduction littérale d'expressions bien françaises trahit une double culture. Pour Benoît [1] qui l’a rencontré, situer en quelques lignes ce personnage haut en couleurs, au parcours atypique, représente un véritable défi. Touche à tout, il a été, est et sera tour à tour traducteur, entrepreneur, inventeur, artisan, éducateur social, philosophe populaire…

Rêvant d'un monde juste et solidaire, respectueux de notre écosystème, Joël s'emploie corps et âme à rapprocher sa vision de ses pratiques quotidiennes. Il est animé par la profonde conviction que ce monde-là est possible ! 

«  Joël, dans quoi s’enracine ton
engagement ? » 

«Je suis convaincu que je suis moi-même acteur de la transformation. Comment prétendre accompagner le changement si l'on ne parvient pas à s’appliquer ses propres principes? Cette question, je me la pose chaque jour… » 


Sous une plume lucide, malheur aux belles théories qui se révéleraient peu compatibles avec les réalités populaires. Dans un style simple et accessible, Joël, autodidacte, observe des problématiques d’ordre social. Critiques bien senties et concepts innovants lui ont même valu la reconnaissance de l’Institut de la philosophie de la libération [2] !

 
  Joël Girard dans son atelier
© Benoît Pironneau

«  Comment es-tu devenu philosophe populaire? » 

« Pendant de longues années, ma mère et mon grand-père ont échangé une correspondance soutenue. A la mort de mon grand-père en 1978, j’ai hérité de cette tradition familiale. J’ai ainsi pris l'habitude de coucher sur papier mes pensées. En 2002, m'estimant suffisamment mûr, j’ai commencé à écrire, au Brésil, mes premiers textes philosophiques sous le pseudonyme de Francis [3]


Ne nous méprenons pas. Joël n'est pas un doux rêveur isolé des réalités matérielles. Chaque jour il doit assurer la subsistance de sa famille. Il fait partie de ces millions de Brésiliens à très faibles revenus qui survivent plus qu'ils ne vivent, un pied en dedans, un pied en dehors de la société.

«  Quel regard portes-tu sur ce monde à part ? » 

« C’est un monde de résistance. Quand on m’a coupé l’électricité, comme la plupart de mes voisins, j’ai fait un branchement clandestin. Chez les "semi-exclus", les laissés-pour-compte, les luttes individuelles représentent l'ultime refuge. Elles symbolisent la créativité du peuple, sa capacité à rester digne.» 


Acteur de divers festivals, formations et forums sociaux, Joël est aussi bénévole au Centre de travail et de culture de Recife. Son objectif : s’engager pour la construction d’une économie solidaire. 

«  Comment cela se traduit-il ? »

« J’ai par exemple mis mon terrain à disposition pour la création en milieu urbain d’un jardin potager, avec "Familles unies" [4], un collectif de quatre familles qui y consacrent deux demi-journées par semaine. Ce jardin renforce la cohésion et offre un complément alimentaire de qualité. Ce n’est pas simple de maintenir une dynamique de groupe quand ces activités n’assurent pas un revenu suffisant mais on persévère.

Je suis aussi inventeur de figurines miniatures. Comme ça marche bien, je commence à former des gens du quartier qui m’appuient pour développer une production collective.  

Récemment, j’ai lancé l’idée d'une caisse de microcrédit au détour d’une conversation. Ça a tout de suite plu et le projet suit son cours. »  


Au-delà de l’homme si attachant au parcours ingénieux, ce que l’on voit, c’est le lien social qui, visant à concilier principes solidaires et impératifs de survie, se construit peu à peu dans une dynamique populaire…

Une rencontre de Benoît Pironneau

FDH


Notes :

[1]  Correspondant local de FDH dont nous reproduisons ci-dessus une partie des commentaires (italique) et de l’interview

[2]  Association, située à Curitiba, dont la réflexion porte sur la réalité afro-latino-américaine, l’économie populaire solidaire et l’éducation populaire : http://www.ifil.org

[3]   francisfilopop@yahoo.com.br

[4]  Ce projet est financé dans le cadre du programme emblématique du gouvernement Lula : Faim zéro ( Fome Zero ).


En cas de reproduction de cet article, veuillez indiquer les informations suivantes : Source : Frères des Hommes - www.france-fdh.org

Frères des Hommes