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PORTRAIT [à la rencontre
de ...]
Joël Girard, philosophe populaire
dans
l'économie solidaire du Brésil
Français d’origine, installé à Camaragibe, commune de la région métropolitaine de Recife, Joël s’est « brasilianisé » au fil du temps. Seul l'usage, parfois, de la traduction littérale d'expressions bien françaises trahit une double culture. Pour Benoît [1] qui l’a rencontré, situer en quelques lignes ce personnage haut en couleurs, au parcours atypique, représente un véritable défi. Touche à tout, il a été, est et sera tour à tour traducteur, entrepreneur, inventeur, artisan, éducateur social, philosophe populaire… Rêvant d'un monde juste et solidaire, respectueux de notre écosystème, Joël s'emploie corps et âme à rapprocher sa vision de ses pratiques quotidiennes. Il est animé par la profonde conviction que ce monde-là est possible ! «
Joël, dans quoi s’enracine ton «Je suis convaincu que je suis moi-même acteur de la transformation. Comment prétendre accompagner le changement si l'on ne parvient pas à s’appliquer ses propres principes? Cette question, je me la pose chaque jour… »
« Comment es-tu devenu philosophe populaire? » « Pendant de longues années, ma mère et mon grand-père ont échangé une correspondance soutenue. A la mort de mon grand-père en 1978, j’ai hérité de cette tradition familiale. J’ai ainsi pris l'habitude de coucher sur papier mes pensées. En 2002, m'estimant suffisamment mûr, j’ai commencé à écrire, au Brésil, mes premiers textes philosophiques sous le pseudonyme de Francis [3].»
« Quel regard portes-tu sur ce monde à part ? » « C’est un monde de résistance. Quand on m’a coupé l’électricité, comme la plupart de mes voisins, j’ai fait un branchement clandestin. Chez les "semi-exclus", les laissés-pour-compte, les luttes individuelles représentent l'ultime refuge. Elles symbolisent la créativité du peuple, sa capacité à rester digne.»
« Comment cela se traduit-il ? » « J’ai par exemple mis mon terrain à disposition pour la création en milieu urbain d’un jardin potager, avec "Familles unies" [4], un collectif de quatre familles qui y consacrent deux demi-journées par semaine. Ce jardin renforce la cohésion et offre un complément alimentaire de qualité. Ce n’est pas simple de maintenir une dynamique de groupe quand ces activités n’assurent pas un revenu suffisant mais on persévère. Je suis aussi inventeur de figurines miniatures. Comme ça marche bien, je commence à former des gens du quartier qui m’appuient pour développer une production collective. Récemment, j’ai lancé l’idée d'une caisse de microcrédit au détour d’une conversation. Ça a tout de suite plu et le projet suit son cours. »
Une rencontre de Benoît Pironneau FDH
[1] Correspondant local de FDH dont nous reproduisons ci-dessus une partie des commentaires (italique) et de l’interview [2] Association, située à Curitiba, dont la réflexion porte sur la réalité afro-latino-américaine, l’économie populaire solidaire et l’éducation populaire : http://www.ifil.org [3] francisfilopop@yahoo.com.br [4] Ce projet est financé dans le cadre du programme emblématique du gouvernement Lula : Faim zéro ( Fome Zero ).
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