![]() |
||||||||||
|
PORTRAIT [à la rencontre de …]
SENEGAL
Pour Mame Diarra, la fatalité n’existe pas
Membre de l’association Marième Bousso pour la formation de l’enfant non-voyant qu’elle a créée, Mme Mbacké a ouvert une école pour non-voyants à Dakar. Grâce à elle, 14 enfants de la banlieue dakaroise bénéficient d’une scolarisation. Mame Diara [1] , Dites-nous un mot de votre parcours Je suis née et j’ai grandi à Touba (150km à l’est de Dakar). Je n’ai pas été élevée par mes parents. J’ai vécu chez la sœur de mon père jusqu’à mon mariage. Comme toutes les jeunes filles des campagnes sénégalaises je ne suis jamais allée à l’école. J’ai toujours été femme au foyer et évidemment, je ne pensais pas pouvoir diriger une école avant d’accoucher de ma fille non-voyante. D’où l’idée de créer une école pour non-voyants ? Lorsque ma fille Marième est née, nous savions déjà mon mari et moi que nous aurions des problèmes pour la mettre à l’école. A ses 6 ans, nous l’avons emmenée dans une institution normale mais je savais qu’elle n’y ferait pas grand-chose. Nous sommes allés à deux, trois reprises à Thiès où se trouve la seule école spécialisée, pour voir comment on pourrait s’organiser mais cela nous paraissait difficile à gérer. Nous avons donc pensé à ouvrir un établissement et en faire profiter d’autres enfants dans la même situation que Marième.
Votre entourage a été compréhensif ? Au début cela a été très difficile, on ne s’y est investi qu’à deux, mon mari et moi, avec nos propres moyens. J’en ai beaucoup parlé autour de moi. Mais ici les gens ne vous écoutent que quand ça les touche directement, faute de moyens peut-être. En tout cas ma tante qui m’a élevée est très fière de moi et nous soutient énormément, elle adore ma petite fille. Elle me répète souvent que c’est une bonne action et qu’il faut continuer quoiqu’il advienne. Mon père et ma mère aussi nous soutiennent. Et Marième comment vit-t-elle tout cela ? Ma fille, qui a 11 ans, vit très bien son handicap, certaines réflexions désagréables lui rappelant son état ne la font plus pleurer. D’ailleurs, elle dit qu’elle ne voit pas, c’est vrai, mais qu’elle n’est pas handicapée. Elle est très contente de l’école et s’y sent comme chez elle. Elle s’amuse beaucoup plus là-bas que chez moi avec mes autres enfants. Qu’a changé la naissance de votre fille ? Bien des choses ! Même si au début le handicap de ma fille m’a évidemment très affectée, aujourd’hui je me retrouve à travers Marième investie d’une mission : faire en sorte que ces enfants ne se sentent jamais différents des autres. En plus je me retrouve directrice de cet établissement alors que je n’ai jamais été à l’école. C’est une très grosse dépense d’énergie pour moi. Comment fonctionne l’association Marième Bousso ? A la naissance de ma fille, nous avons commencé à penser à une association et à œuvrer dans ce sens mais nous n’avons reçu le feu vert qu’en 2002. Actuellement, je peux dire que seuls mon mari et moi sommes actifs au niveau de l’association. Pourtant nous avons lancé des cartes de membres à 2000 francs CFA (environ 3€) en 2003 pour agrandir l’association et récolter un peu d’argent. Quelles sont désormais les perspectives de l’association ? Il faut régler les problèmes financiers car jusqu’ici mon mari et moi assumons entièrement les dépenses. Et la plupart des enfants sont issus de familles modestes ne pouvant subvenir aux frais. Heureusement le groupe Western Union nous a offert un car pour assurer le transport des enfants. Nous avons également sollicité l’aide du gouvernement et attendons toujours des réponses. Aujourd’hui, notre projet est d’acquérir un terrain plus grand et de transformer l’école en internat. Ensuite nous aimerions qu’après le concours d’entrée en 6 e , nos élèves puissent intégrer un collège puis un lycée normal accompagnés d’un professeur spécialisé pour leur situation.
[1] Mame Diara Mbacké : gmac@sentoo.sn
|