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MANIFESTER [combat public]
INDE
Surendettés, les paysans ne récoltent que des pertes

SOMMAIRE  

PARTICIPER [citoyen engagé]

MANIFESTER [combat public]

INDE
Surendettés, les paysans ne récoltent que des pertes
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

FORMER [savoir pour agir]

COOPERER [partage des moyens]

INFORMER [confronter les idées]

TEMOIGNER [culture solidaire]

PORTRAIT [à la rencontre de ...]

 

Le taux de suicide parmi les paysans indiens a atteint son paroxysme ! Le gouvernement n’arrivant pas à endiguer la crise, seules les organisations paysannes indiennes sont susceptibles de redonner force et volonté de se battre à ces agriculteurs désespérés. Parmi les nouveaux pays émergents, l’Inde est sur le devant de la scène. Colosse aux pieds d’argile, son avancée économique ne profite cependant pas à tous. La militante Vandana Shiva [1] parle d’une politique économique qui «vise à détruire les petits paysans et à transformer l’agriculture indienne en une vaste entreprise d’agriculture industrielle».

Le suicide comme symbole de protestation 

La grande majorité des paysans indiens vit dans une précarité sans précédent. Les chiffres sont révélateurs : la proportion de paysans sans terre est passée de 35% en 1998 à 55% en 2005 et dans l’ensemble de l’Inde, plus de 43,4 millions de familles rurales sur environ 89 millions sont touchées par le surendettement.
Les causes en sont multiples. Tout d’abord, les paysans sont de plus en plus dépendants de semences OGM [2], plus chères, dont la croissance nécessite l’investissement dans le développement de nouvelles techniques agricoles. Ensuite, les banques ne veulent pas prêter d’argent aux paysans et ceux-ci se voient obligés d’emprunter à des usuriers à des taux exorbitants – jusqu’à 40 % par an - pour financer leurs intrants [3] et matériels agricoles. Enfin, pour peu que la mousson ait du retard ou qu’elle détruise les plantations, les paysans se retrouvent piégés, ne pouvant pas rembourser leurs emprunts, et sont traqués par les créanciers qui les menacent de l’expropriation de leur terre.

 
  Malgré le ciel souvent bleu, les nuages s’amoncellent de plus en plus au dessus de la tête des paysans / © FDH

Devant cette accumulation d’embuches et comme ultime moyen pour protester, ils choisissent le suicide. Désespérés, ils en viennent à diluer quelques millilitres de pesticides dans leur bouteille d’eau et se laissent mourir à l’orée de leurs champs. Entre 2001 et 2006, selon des sources officielles du gouvernement indien, près de 6 000 suicides ont été dénombrés dans l’état du Karnataka, 1 835 dans l’Andhra Pradesh, environ 1 000 dans celui du Maharashtra et plus de 200 dans le Kerala. 

L’union permet de faire face à l’adversité… 

Débat national permanent, ce phénomène ne semble pas être une priorité pour le gouvernement. Heureusement, bon nombre d’organisations, comme le RGAS , luttent pour défendre les intérêts de ces paysans et leur redonner la volonté de se battre pour retrouver leur droit, leur dignité et une vie décente. Le RGAS regroupe dans le sud de l’Inde une vingtaine d’organisations fédérant elles-mêmes près de 150 groupes, soit près de 150 000 personnes et leurs familles.

Le taux de suicide dans le sud de l’Inde atteint 58 décès pour 100 000 habitants alors que la moyenne mondiale est de 14, 5 pour 100 000 !

Sa mission : la sensibilisation afin d’aider les paysans à retrouver l’estime d’eux-mêmes ; la formation afin de rompre l’ignorance qui mène à l’exploitation ou au surendettement ; le renforcement de l’organisation des paysans pour favoriser la revendication de leurs droits ; l’accompagnement dans leur démarche de recours à la justice ; enfin, un soutien dans la création d’activités économiques grâce notamment à un système de microcrédits. En 2006, plus de 15 000 foyers paysans avaient déjà bénéficié de ces microcrédits. A Bangalore, 30 prêts au total ont été accordés, soit environ 14 000 €, afin d’aider à la construction ou la réparation de maisons, pour lancer de petites entreprises ou encore pour couvrir des frais liés à la santé ou à l’éducation.
La crise agricole constitue le revers de la médaille d’une Inde qui grandit. Mais les organisations paysannes n’ont jamais été aussi nombreuses et soudées et de fait, la pression sur le gouvernement aussi forte, en témoigne la marche Janadesh [4] organisée en octobre prochain par le mouvement Ekta Parishad afin de protester contre les conditions précaires des paysans.


Notes :

[1]  Directrice de la Research Foundation for Science, Technology and Ecology  (Fondation de recherches en sciences, technologie et écologie) à Delhi

[2]  Organisme Génétiquement Modifié

[3]  Elément entrant dans la production d’un bien (matière première, main d’Ĺ“uvre)

[4]  25 000 ruraux parcourront à pieds les 250 km qui relient Gwalior à Delhi où ils rejoindront les 100 000 manifestants pour un sit-in organisé devant le parlement. Lire l’article « les paysans indiens en marche pour leur terre. Acte 1» dans Résonances n°9  


Réseau de Groupes d’Action Sociale (RGAS), membre de l’association FEDINA, partenaire de FDH - fedinablr@gmail.com > Contact : Duarte Barreto

Ekta Parishad est partenaire de FDH - www.ektaparishad.org - info@ektaparishad.org > Contact : Rajagopal P.V.


En cas de reproduction de cet article, veuillez indiquer les informations suivantes : Source : Frères des Hommes - www.france-fdh.org