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TEMOIGNER [culture solidaire]
BANGLADESH
Entretenir sa mémoire collective grâce à la langue maternelle

SOMMAIRE  

PARTICIPER [citoyen engagé]

MANIFESTER [combat public]

INDE
Surendettés, les paysans ne récoltent que des pertes
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

FORMER [savoir pour agir]

COOPERER [partage des moyens]

INFORMER [confronter les idées]

TEMOIGNER [culture solidaire]

PORTRAIT [à la rencontre de ...]

 

Les 12 coups de minuit retentissent à Dacca, et en ce 21 février le président Lajuddin Ahmed est le premier à déposer une guirlande au pied du Monument des Martyrs. Au milieu de l’Ekushey Book Fair [1], un événement de la plus haute importance destiné à promouvoir le bengali, le pays n’oublie pas ce jour phare du 21, date à laquelle est célébrée la journée mondiale de la langue maternelle, ici et un peu partout autour du globe. Cette tradition a maintenant 55 ans et vient du Bangladesh. Depuis que le 21 février 1952, cinq étudiants de Dacca ont été tués par la police pakistanaise [2] parce qu’ils exigeaient que le bengali, langue parlée par 95% des Bangladais, soit reconnue comme langue officielle.

Rassemblement autour du bengali 

Plus de 800 volontaires du BNCC [3], se sont transformés en guide d’un jour, tous au service de la population. Quelque 10 000 agents de sécurité ont aussi été déployés autour du Monument et du campus de l’université de Dacca, là où se situe le mémorial. Et tout s’est bien déroulé. Des organismes gouvernementaux et non gouvernementaux ont aussi mis la main à la pâte pour marquer cette journée. La Fondation du bengali et l’Institution Nazrul ont organisé des forums de discussion, des récitals de poèmes , des concours de peinture et de graphes pour les jeunes . Ce qui allait en droite ligne de l’Ekushey Book Fair qui, durant un mois s’attache à promouvoir le bengali. Organisée par l’Académie du Bangla sous le patronage du ministère de la Culture, quelque 300 maisons d’éditions y ont participé. Plus de 50% de leurs ventes annuelles s’y écoulent généralement avec des ristournes allant jusqu’à 20%.

 
  Plus question de différences sociales ou de castes lorsqu’il s’agit de fêter ses héros /
© Hershad Ahmed

Ainsi, l’Union des auteurs suédois est venue se joindre au festival national de poésie organisé les 17 et 18 février par le Jatiya Kabita Parishad [4] à la mémoire du défunt poète Shamsur Rahman. Quant à la Nazrul Manch, place dédiée au poète Nazrul Islam, qui a beaucoup Ĺ“uvré pour le bengali, elle a été le centre de nombreux rassemblements culturels durant ce mois.
Cette année encore, ils ont été des milliers à stopper leur activité le 21 afin de rendre hommage aux héros nationaux. Des milliers venus dans la capitale bangladaise pour déposer des fleurs autour du monument des étudiants martyrs, le Shahid Minar. Habillés pour la plupart en noir et blanc ils ont chanté une élégie  - « Amar bhaiyer rakte rangano ekushey february ami ki bhulite pari » [5] - dans les rues de la ville, ornées pour l’occasion de l’alphabet bangla et du drapeau national. Les universitaires se retrouvent aussi autour d’un autre monument, érigé spécialement dans l’enceinte de l’université de Dacca, et qui représente les jeunes défunts.

Le peuple bangladais ne veut pas oublier le lourd sacrifice qu’a représenté la mort de ces jeunes. Il ne suffit pas seulement d’ériger le 21 février en fête nationale, mais de faire prendre conscience à tout le pays de ce que ce jour représente.

A grande occasion, grande mobilisation 

Des personnalités du pays telles que le député Ahter Ahmed Siddique, le maire de la ville de Dacca, Sadeque Hossain Khoka, des diplomates étrangers et membres d’organisations internationales, se sont ainsi succédées devant les symboles jusqu’au milieu de la journée. 
Le combat que menaient ces jeunes du Mouvement pour la langue, et pour lequel ils ont donné leur vie, a fait prendre conscience au monde de l’importance des langues maternelles. Objectif actuel : éviter que la mondialisation omniprésente ne  les fasse disparaître. Reconnu finalement par le gouvernement pakistanais, deux ans après la mort des étudiants en 1954, le bengali ou bangla est devenu un symbole et sa commémoration est appelée Ekushey [6] ou Shaheed Dibas [7]. Ce 21 février est à chaque fois l’occasion pour les 150 millions de Bangladais de rendre hommage à ces étudiants sacrifiés. Ils s’appelaient Abdul Jabbar, Rafiq Uddin, Abdus Salam, Abul Barkat et Shafiur.


Notes :

[1]  La foire aux livres du mois de Ekushey (février) : vente de livres sur le bengali qui débute quelques jours avant Ekushey

[2]  De 1947 à 1971, le Bangladesh actuel était appelé le Pakistan oriental

[3]  Bangladesh National Cadet Core 

[4]  Association de poètes et d’artistes locaux

[5]  « Pourrais-je oublier le 21 février coloré par le sang de mes frères »

[6]  Du bengali Ekush qui veut dire 21 et Ekushey pour dire 21e jour du mois de février

[7]  Martyr’s Day : jour des martyrs


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