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Frères des Hommes - www.france-fdh.org
MANIFESTER / AFRIQUE DU SUD
Après la cabane en paille ou en bois la population
revendique la cabane en briques

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Voilà plus de deux ans qu’ils se battent contre le gouvernement pour rendre leur dignité aux pauvres. Pour les membres du mouvement Abahlali Base Mjondolo [1], les morts par assassinat, dont deux perpétrés durant la nuit du 29 au 30 avril, ne se comptent plus. Mais la conviction qu’ « on a le droit d’exister dans la cité, le droit de vivre, de rire, d’aimer » est plus forte. Et cela, « même si on habite dans les shacks [2] », comme l’explique Raj Patel, membre de l’association.

Pourquoi mener un tel combat ? 

Leur lutte commence le 18 mars 2005 lorsque des bulldozers rasent la terre du Kennedy Road [3] à Durban, quartier longtemps promis pour le logement des plus démunis, de ceux qui habitent les huttes. Le gouvernement prévoyait, dans son désir d’urbanisation, d’y implanter une usine. Les habitants des huttes ont passé leur vie depuis la fin de l’apartheid à attendre du gouvernement qu’il les loge décemment, qu’il mette à leur disposition du matériel sanitaire et médical. Le nombre de personnes vivant dans ces cabanes augmente quotidiennement. Les actions réalisées en faveur de ces populations pauvres est beaucoup plus faible qu’au temps même de l’apartheid. Ajouté à tout ceci, les autorités veulent urbaniser encore plus, au détriment des habitants des cabanes, les « shackdwellers » [4]. Les huttes sont donc régulièrement brûlées, sans pour autant que la population soit relogée. Deux personnes sont mortes le 30 avril dernier, cinq sont portées disparues et cent individus se sont rajoutés au nombre des sans domicile. Nombreux sont ceux qui ont été arrêtés pour s’être opposés à la destruction de leurs habitations ou parce que membres de Abahlali. Et ceci malgré les multiples manifestations initiées par le mouvement, avec toujours plus de participants. Comme au Forum social mondial de février dernier à Nairobi, où ils ont montré leur détermination derrière les inscriptions  : No Land, No House, No Vote (pas de terre, pas de maison, pas de vote). Mais ils ne veulent pas "juste" montrer au monde entier que ce n’est pas pour cette vie qu’ils ont combattu l’apartheid. Ce que réclament Abahlali et ses partisans est pourtant simple. Ils veulent "juste" que les autorités répondent à leur besoin : retrouver un logement et disposer de services de base tels que l’eau, les sanitaires ou l’électricité.

 
  Marche silencieuse de Abahlali à Foreman Road près de Kennedy Road / © Abahlali

Une participation populaire comme réponse aux problèmes 

A plusieurs reprises, les membres de Abahlali ont essayé de rentrer en contact avec le gouvernement. Les multiples pétitions, envoyées à leur municipalité, puis au ministère du Logement et même à la présidence, ont toujours essuyé des refus. Face donc à l’indifférence des autorités, le mouvement des pauvres a décidé de se prendre en charge. Abahlali organise ainsi la santé communale à Kennedy Road et s’occupe de l’éducation des enfants. Même s’il n’y a pas encore d’école implantée dans cette communauté, il est permis aux enfants d’aller s’instruire avec ceux de la classe moyenne. L’idée d’une université d’Abahlali est apparue l’année dernière et les membres du mouvement affirment cependant « qu’i l n'y a aucun campus ou programme d'études officiel et que cette idée ne se résume pas à un slogan ».

«  Ce n'est pas pour cette vie qu'on a luttée contre l'apartheid. » Les membres de Abahlali ne demandent que le droit de vivre dignement comme tout citoyen sud-africain.

Cela exprime, en effet, « qu'il y a des “disciples de la vie“ dans les cabanes et que leurs luttes les ont instruits bien plus que les livres», affirme Raj Patel. Des projets sont en cours et notamment celui d’un centre d’information et de dépistage du sida qui tue énormément dans cette communauté. Abahlali fournit une éducation sur la santé, l’hygiène, la nutrition et d’autres pratiques en matière de soins de base. C’est le seul service que le gouvernement ait payé aux shackdwellers, et ils doivent en plus eux-mêmes le faire tourner. Le mouvement s’occupe aussi du relogement des sans domicile, de même qu’il leur fournit nourriture et couvertures. Bref, le mouvement fait beaucoup mais beaucoup est encore bien peu.  


/ ET PLUS SI AFFINITES...

[1]  Abahlali Base Mjondolo : le plus grand mouvement au service des pauvres en Afrique du Sud - www.abahlali.org / rajeevcpatel@gmail.com Contact : Raj Patel

[2]  shacks : cabanes

[3]  Kennedy Road : quartier où règne une grande pauvreté

[4]  shackdwellers : habitants des cabanes


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